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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 07:15

 

 

Si le poète se décourageait

 


Si le poète se décourageait,

les feuilles tomberaient des arbres -

et leurs branches prendraient

le profil de potences.

Si le poète se décourageait,

les femmes enceintes

ne donneraient plus la vie,

ne donneraient plus jamais la vie.

Mais de grâce et de misère, le poète,

de grâce et de misère,

meurt toujours, toujours,

avant de se décourager.

 

 

 

 

Nichita Stănescu

(1933–1983)

Art poétique (Artă poetică)

Traduit du roumain par Jan H. Mysjkin

 

 

 

 

Nichita Stănescu est né le 31 mars 1933 à Ploieşti, d’une mère russe et d’un père roumain ; il meurt, peu après son cinquantième anniversaire, à Bucarest, le 13 décembre 1983. Il a été proposé à deux reprises, en 1978 et 1980, pour le prix Nobel de Littérature.

 

Nichita-Stanescu.jpg

 

Il est l’auteur d’une vingtaine de recueils de poésie ainsi que de nombreux articles et textes en prose de caractère théorique, regroupés par lui peu avant sa mort mais publiés effectivement seulement après décembre 1989, sous le titre La Physiologie de la Poésie.

 

 

N.de-Stael.-Oiseaux-en-vol-1951.jpeg

Nicolas de STAEL

Oiseaux en vol, 1951

 

 

 

N-de-Stael.-Nature-morte-au-marteau-1954.jpeg

Nicolas de STAEL

Nature morte au marteau, 1954


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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 06:10

 


Deux professeurs de lettres se sont emberlucoqués d'exhumer de vieux dictionnaires les mots que nous avons oubliés. Miscellanées.

 

 

 

Tiens, le ciel s'abeausit (se mettre au beau), cet après-midi il sera parfaitement concolore (de couleur uniforme). Pourvu qu'il ne s'emboucane pas 

lire la suite, clic-clic

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 06:00

 

 

 

La Cigarette

     

    Oui, ce monde est bien plat ; quant à l’autre, sornettes.

    Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,

    Et pour tuer le temps, en attendant la mort,

    Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.

     

    Allez, vivants, luttez, pauvres futurs squelettes.

    Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord

    Me plonge en une extase infinie et m’endort

    Comme aux parfums mourants de mille cassolettes.

     

    Et j’entre au paradis, fleuri de rêves clairs

    Ou l’on voit se mêler en valses fantastiques

    Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques.

     

    Et puis, quand je m’éveille en songeant à mes vers,

    Je contemple, le cœur plein d’une douce joie,

    Mon cher pouce rôti comme une cuisse d’oie.


 

Jules LAFORGUE

Le Sanglot de la Terre (et autres premiers poèmes), 1880

 

 

Jules Laforgue fait partie de ces poètes de la deuxième moitié du XIXe siècle au destin tragique, comme Baudelaire, Verlaine ou Rimbaud.

Inadapté à la société, malade, peu reconnu en tant que poète, il meurt à l'âge 27 ans en laissant une œuvre inachevée. Dans ce sonnet publié alors qu'il n'a que vingt ans, le poète raconte comment, fumant une cigarette, il part dans un voyage onirique qui l'éloigne du réel sordide et le conduit vers un univers imaginaire… plus plaisant. On imagine mal ce poème au programme de nos chères têtes blondes  dans leurs belles classes ensoleillées. Principe de précaution oblige…

 

*  *

 

 N.VIAL.jpg

Nicolas VIAL

L'homme qui fume

 

 

Né en 1955, Nicolas Vial à étudié à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art puis à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il est avant tout connu pour ses dessins de presse dans les plus grands journaux français.
Illustrateur au Monde depuis 1982, il publie également des dessins dans Le Journal du Dimanche, L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Temps, Connaissance des Arts, Beaux-Arts, Télérama, etc.
En 2002, le public découvre pour la première fois Nicolas Vial l’artiste-peintre grâce notamment à une exposition de peintures marines au Musée National de la Marine de Paris, qui lui vaudra la distinction de Peintre officiel de la Marine en 2008.
Parallèlement, de nouvelles oeuvres étaient exposées en France et à l’étranger: New York, Los Angeles, Venise, Trieste, Zeebruge...

 

 


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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 11:59

 

 

 

 

A TON OMBRE

 


A TON OMBRE, A TON

ombre toute mal-sonnée aussi

j’ai donné sa chance,

 

 

 

elle, elle aussi

je l’ai lapidée à coups de moi-même,

moi le droit-ombré, le droit-

sonné –

étoile à six branches

à laquelle tu as

adonné ton silence.

 

 

 

aujourd’hui

adonne ce silence où tu veux,

 

 

 

catapultant du sous-sacralisé par l’époque,

depuis longtemps, moi aussi, dans la rue,

je sors, pour n’accueillir aucun cœur,

jusque chez moi dans le pierreux-

multiple.

 

 

Paul CELAN

Partie de neige

Traduction Jean-Pierre Lefebvre, 2007

 

 

 

Vieuxcimetierrejuifprague.jpg

Vieux Cimetière juif, Prague

 


      *   *

 

Deinem, auch deinem

 

 

Deinem, auch deinem

fehldurchläuteten Schatten

gab ich die Chance,

 

 

ihn, auch ihn

besteinigt ich mit mir

Gradgeschattetem, Grad-

geläutetem – ein

Sechsstern,

dens du dich hinschwiegst,

 

 

 

heute

schweig dich, wohin du magst,

 

 

 

 

Zeitunterheiligtes schleudernd,

längst, auch ich, auf der Strabe,

tret ich, kein Herz zu empfangen,

zu mir ins Steinig-Viele

hinaus.

 

 

 Etoile-david-cimetiere-juif-targo.jpg

Etoile

Cimetière juif de Tîrgu frumos, Roumanie

 

(...) étoile à six branches

à laquelle tu as

adonné ton silence. (...)

 

 

 

 


Pour aller un peu plus loin, on pourra lire ici un article de Bruno COGEZ, daté du 2 juillet 2003, publié dans le Portail des Balkans.

 


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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:00

 

 

 

Le silence répand son vide

 

Le silence répand son vide ;
Le ciel, lourd d’orage, est houleux ;
On voit bouger, tiède et limpide,
Le vent dans un mimosa bleu.

Prolongeant sa douceur étale,
Le jour ressemble aux autres jours ;
Un craintif et secret amour
Rêve, sans ouvrir ses pétales.

– Ainsi, pour longtemps en jouir,
La Hollande, en ses vastes serres,
Par des blocs de glace resserre
Les tulipes qui vont s’ouvrir…

 

Anna de Noailles

Poème de l'amour

 

 

 

tulipes-sous-le-glace.jpg

La Hollande, champs de tulipes sous la neige. 2012

 

 

 

"– Ainsi, pour longtemps en jouir,
La Hollande, en ses vastes serres,
Par des blocs de glace resserre
Les tulipes qui vont s’ouvrir…"


          *

 

Monet--tulipes--1886.gif

Claude MONET (1840-1926)

Champs de tulipes en Hollande, 1886

©Musée d'Orsay Paris

 

*

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 06:02

 

 

 

Sous le charme tant de sa calligraphie que de ses talents de dessinateur, nous avons contacté Olivier MARSAN pour lui demander de nous autoriser à publier certains de ses travaux qui nous régalent. 

 

Olivier MARSAN :

"J'enseigne en maternelle (école Jean Jaurès) près de Bordeaux en Moyenne Section. 

Il m'arrive parfois de douter du bien fondé de mon travail - est-ce une bonne chose de mettre des images sur des mots et de dénaturer  l'intention initiale du poète en tirant la couverture à moi ? -."

 

NUAGENEUF :

"Oui !"

 

 

CROS-Matin-de-decembre.jpg

Cros.-Matin-de-dec.-illustr-jpg

 

Cros-suite.jpg

©OlivierMarsan

 

 

 


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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 06:06

 

 

 

 

 

Le mordeur 

 

 

 

Longue bougie, éclairez son visage.

 

Naquit mordeur, enfant de terre ;

 

Mordit fort au lait de sa mère.

 

Longue bougie, éclairez son visage.

 

 


 

Mordit à la pomme d’enfance

 

Lisse de jus et de croyances,

 

Mordit au chiffre, à la grammaire.

 

Longue bougie, éclairez son ardoise.

 

 

 

Mordit au sein de ses chéries,

 

Lavande, oeillet, chardon, framboise.

 

Mordit le doux, mordit l’amer.

 

Longue bougie, éclairez ses prairies.

 

 

 

Limailles, clous, feux et labeurs,

 

Mordit au bois, mordit au fer ;

 

Pour manger, peines qu’il faut faire.

 

Longue bougie, éclairez sa sueur.

 

 

 

Mordit au sel, mordit au gel,

 

Mordit au gel et à la guerre.

 

Homme de troupe, homme ordinaire.

 

Longue bougie, éclairez sa gamelle.

 

 

 

Mordit aux draps de maladie.

 

Dieu, qu’il est tôt, ma fleur de vie ;

 

Lavande, oeillet, chardon, fougère !

 

A peine mordue et finie.

 

 

NORGE

publié dans “Remuer ciel et terre” aux défuntes éditions Labor

 

 

 

 

 

dali-Enfantgeopolitique-1943.jpg 

DALI

Enfant géopolitique observant la naissance de l’homme nouveau, 1943

 

Dalí écrivait en 1973 : « L’Histoire ne me concerne pas. Elle me fait aussi peur que les sauterelles ». Il écrit également qu’elle ne l’a jamais intéressé en raison de son caractère anecdotique. Les anecdotes de sa propre vie en revanche acquièrent un caractère historique dans sa mythographie. Et c’est en appliquant le fruit de ses réflexions psychanalytiques au comportement des peuples qu’il propose d’expliquer l’histoire humaine. 
Ici, le monde devient littéralement l’œuf que Dalí décortique pour s’auto-révéler et, se faisant, révéler le monde à lui-même. L’Enfant géopolitique observant la naissance de l’homme nouveau, peint en 1943 aux États-Unis, jouant de ces confusions entre microcosme et macrocosme, fait sortir l’homme nouveau du continent nord-américain.

Source : Centre Pompidou.

 

 


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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 06:40


 

Le sketch de Raymon DEVOS est une tragédie glaçante dont le texte est

admirablement haussé par le choix de l'accompagnement musical qu'est

cette 5e étude de Sor. L'osmose est parfaite entre le texte parlé et la mélodie

qui exprime ce que le texte ne veut pas dire par pudeur.

 

 

 

 

Après qu'il a dit "Pourquoi pas ma femme pendant qu'il y est ?", le silence du désespoir qu'on peut voir envahir lentement son cœur et surtout son visage est saisissant. Ces quelques secondes de gros plan, invisibles si on est assis dans un fauteuil au théâtre, font frémir. Raymond DEVOS a du génie.


 

 

 

 

Etude de SOR-Op 35, No22

Partition de l'Etude de Fernado Sor (1778-1839)    

 

 

 

Un autre Raymond, Raymond MORETTI

a merveilleusement peint son ami DEVOS.    

 

 

Moretti-devos7.jpg 

 

 

 

 

 

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 10:00

 

 

 

Pour Célestine

 

 

 

 

 

Paroles et Musique: ©Jean Ridez,1964

 

 

 


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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 06:02

 

 

 

L'écume des jours, Chapitre XXV 



« Pourquoi sont-ils si méprisants ? demanda Chloé. Ce n’est pas tellement bien de travailler…

– On leur a dit que c’était bien, dit Colin. En général, on trouve ça bien. En fait, personne ne le pense. On le fait par habitude et pour ne pas y penser, justement.

– En tout cas, c’est idiot de faire un travail que des machines pourraient faire.

– Il faut construire des machines, dit Colin. Qui le fera ?

– Oh ! Évidemment, dit Chloé. Pour faire un œuf, il faut une poule, une fois qu’on a la poule, on peut avoir des tas d’œufs. Il vaut donc mieux commencer par la poule.

– Il faudrait savoir, dit Colin, qui empêche de faire des machines. C’est le temps qui doit manquer. Les gens perdent leur temps à vivre, alors, il ne leur en reste plus pour travailler.

– Ce n’est pas plutôt le contraire ? dit Chloé.

– Non, dit Colin. S’ils avaient le temps de construire les machines, après ils n’auraient plus besoin de rien faire. Ce que je veux dire, c’est qu’ils travaillent pour vivre au lieu de travailler à construire des machines qui les feraient vivre sans travailler.

– C’est compliqué, estima Chloé.

– Non, dit Colin. C’est très simple. Ça devrait, bien entendu, venir progressivement. Mais, on perd tellement de temps à faire des choses qui s’usent…

– Mais, tu crois qu’ils n’aimeraient pas mieux rester chez eux et embrasser leur femme et aller à la piscine et aux divertissements ?

– Non, dit Colin. Parce qu’ils n’y pensent pas.

– Mais est-ce que c’est leur faute si ils croient que c’est bien de travailler ?

– Non, dit Colin, ce n’est pas leur faute. C’est parce qu’on leur a dit : « Le travail, c’est sacré, c’est bien, c’est beau, c’est ce qui compte avant tout, et seuls les travailleurs ont droit à tout. » Seulement, on s’arrange pour les faire travailler tout le temps et alors ils ne peuvent pas en profiter.

– Mais, alors, ils sont bêtes ? dit Chloé.

– Oui, ils sont bêtes, dit Colin. C’est pour ça qu’ils sont d’accord avec ceux qui leur font croire que le travail, c’est ce qu’il y a de mieux. Ça leur évite de réfléchir et de chercher à progresser et à ne plus travailler.

– Parlons d’autre chose, dit Chloé. C’est épuisant, ces sujets-là. Dis-moi si tu aimes mes cheveux…

– Je t’ai déjà dit… »

Il la prit sur ses genoux. De nouveau, il se sentait complètement heureux.

« Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien en gros et en détail.

– Alors, détaille », dit Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme une couleuvre.

 

Boris VIAN

L'écume des jours

Chapitre XXV 

 

 

 

L.Freud.jpg

 (...) « Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien en gros...

 

 

Freud.-Tete-d-un-enfant--1954.jpg

 (...) « Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien en gros...et en détail. (...)

 

FreudJeune-fille-avec-un-chien-blanc.jpg

– Alors, détaille », dit Chloé, en se laissant aller dans les bras

de Colin, câline comme une couleuvre.

 

 

Lucian FREUD

 


 

  1. Benefits supervisor sleeping, 1995
  2. Tête d'un enfant, 1954  
  3. Jeune fille avec un chien blanc, 1951-1952    

 

 

 

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