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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 06:22

 

 

Le mondain, un poème de Voltaire, de l’Académie française

..."J’aime le luxe, et même la mollesse"...

Découvrir ou redécouvrir le poème Le Mondain écrit en 1736 par Voltaire (1694-1778), élu à l’Académie française, le 2 mai 1746. Avec humour et même provocation, Voltaire livre, avec ce poème,

un véritable hymne aux plaisirs de la vie. 

 

 

 

Regrettera qui veut le bon vieux temps,

Et l’âge d’or, et le règne d’Astrée,

Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,

Et le jardin de nos premiers parents ;

Moi, je rends grâce à la nature sage

Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge

Tant décrié par nos tristes frondeurs :

Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.

J’aime le luxe, et même la mollesse,

Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,

La propreté, le goût, les ornements :

Tout honnête homme a de tels sentiments.

Il est bien doux pour mon cœur très immonde

De voir ici l’abondance à la ronde,

Mère des arts et des heureux travaux,

Nous apporter, de sa source féconde,

Et des besoins et des plaisirs nouveaux.

L’or de la terre et les trésors de l’onde,

Leurs habitants et les peuples de l’air,

Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde.

O le bon temps que ce siècle de fer !

 

Le superflu, chose très nécessaire,

A réuni l’un et l’autre hémisphère.

Voyez-vous pas ces agiles vaisseaux

Qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux,

S’en vont chercher, par un heureux échange,

De nouveaux biens, nés aux sources du Gange,

Tandis qu’au loin, vainqueurs des musulmans,

Nos vins de France enivrent les sultans ?

Quand la nature était dans son enfance,

Nos bons aïeux vivaient dans l’ignorance,

Ne connaissant ni le tien ni le mien.

Qu’auraient-ils pu connaître ? ils n’avaient rien,

Ils étaient nus ; et c’est chose très claire

Que qui n’a rien n’a nul partage à faire.

Sobres étaient. Ah ! je le crois encor :

Martialo n’est point du siècle d’or.

D’un bon vin frais ou la mousse ou la sève

Ne gratta point le triste gosier d’Ève ;

La soie et l’or ne brillaient point chez eux,

Admirez-vous pour cela nos aïeux ?

 

Il leur manquait l’industrie et l’aisance :

Est-ce vertu ? c’était pure ignorance.

Quel idiot, s’il avait eu pour lors

Quelque bon lit, aurait couché dehors ?

Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,

Que faisais-tu dans les jardins d’Éden ?

Travaillais-tu pour ce sot genre humain ?

Caressais-tu madame Ève, ma mère ?

Avouez-moi que vous aviez tous deux

Les ongles longs, un peu noirs et crasseux,

La chevelure un peu mal ordonnée,

Le teint bruni, la peau bise et tannée.

Sans propreté l’amour le plus heureux

N’est plus amour, c’est un besoin honteux.

Bientôt lassés de leur belle aventure,

Dessous un chêne ils soupent galamment

Avec de l’eau, du millet, et du gland ;

Le repas fait, ils dorment sur la dure :

Voilà l’état de la pure nature.

Or maintenant voulez-vous, mes amis,

Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,

Soit à Paris, soit dans Londres, ou dans Rome,

Quel est le train des jours d’un honnête homme ?

Entrez chez lui : la foule des beaux-arts,

Enfants du goût, se montre à vos regards.

De mille mains l’éclatante industrie

De ces dehors orna la symétrie.

L’heureux pinceau, le superbe dessin

Du doux Corrège et du savant Poussin

Sont encadrés dans l’or d’une bordure ;

C’est Bouchardon qui fit cette figure,

Et cet argent fut poli par Germain.

Des Gobelins l’aiguille et la teinture

Dans ces tapis surpassent la peinture.

Tous ces objets sont vingt fois répétés

Dans des trumeaux tout brillants de clartés.

De ce salon je vois par la fenêtre,

Dans des jardins, des myrtes en berceaux ;

Je vois jaillir les bondissantes eaux.

Mais du logis j’entends sortir le maître :

Un char commode, avec grâces orné,

Par deux chevaux rapidement traîné,

Paraît aux yeux une maison roulante,

Moitié dorée, et moitié transparente :

Nonchalamment je l’y vois promené ;

De deux ressorts la liante souplesse

Sur le pavé le porte avec mollesse.

Il court au bain : les parfums les plus doux

Rendent sa peau plus fraîche et plus polie.

Le plaisir presse ; il vole au rendez-vous

Chez Camargo, chez Gaussin, chez Julie ;

Il est comblé d’amour et de faveurs.

Il faut se rendre à ce palais magique

Où les beaux vers, la danse, la musique,

L’art de tromper les yeux par les couleurs,

L’art plus heureux de séduire les cœurs,

De cent plaisirs font un plaisir unique.

Il va siffler quelque opéra nouveau,

Ou, malgré lui, court admirer Rameau.

Allons souper. Que ces brillants services,

Que ces ragoûts ont pour moi de délices !

Qu’un cuisinier est un mortel divin !

Chloris, Églé, me versent de leur main

D’un vin d’Aï dont la mousse pressée,

De la bouteille avec force élancée,

Comme un éclair fait voler le bouchon ;

Il part, on rit ; il frappe le plafond.

De ce vin frais l’écume pétillante

De nos Français est l’image brillante.

Le lendemain donne d’autres désirs,

D’autres soupers, et de nouveaux plaisirs.


    Or maintenant, monsieur du Télémaque,

Vantez-nous bien votre petite Ithaque,

Votre Salente, et vos murs malheureux,

Où vos Crétois, tristement vertueux,

Pauvres d’effet, et riches d’abstinence,

Manquent de tout pour avoir l’abondance :

J’admire fort votre style flatteur,

Et votre prose, encor qu’un peu traînante ;

Mais, mon ami, je consens de grand cœur

D’être fessé dans vos murs de Salente,

Si je vais là pour chercher mon bonheur.

Et vous, jardin de ce premier bonhomme,

Jardin fameux par le diable et la pomme,

C’est bien en vain que, par l’orgueil séduits,

Huet, Calmet, dans leur savante audace,

Du paradis ont recherché la place :

Le paradis terrestre est où je suis.

 

 

 

 

 

Dans ce poème, Voltaire fait le faux éloge de l'âge d'or en opposition à l'âge de fer. Son choix est de vivre dans son époque et non de regretter le passé. Il y a bien eu une progression dans la civilisation avec toutes les avancées et les découvertes. Le luxe, dans une acceptation large, est donc un bienfait collectif qui permet d'avancer dans la recherche du bonheur.

 

Ce texte n'est pas sans rappeler l'épicurisme de Montaigne (cf: Les Essais). Ainsi il s'oppose à Pascal qui pense que la civilisation a corrompu l'homme; il s'oppose également à l'attitude de Rousseau qui lui prône une existence en harmonie avec la nature.

 

 

 

 

dom-pe.-Lagerfeld.jpeg

Dom Pérignon Rosé Guitar Case by Karl Lagerfeld     

100 000 €

3 coupes + 6 flacons des plus précieux millésimes de rosés.

 

 

On regardera cette courte sélection extraite de l'émission Bibliothèque Médicis :   

      http://www.dailymotion.com/video/x56lb_le-bonheur-paradoxal-lcp_news

 

 

 

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 00:05

 


Sous-titre

RENARD, CAPUS & VIRGINIE, un lien pas si étrange que cela.



Nous poursuivons la publication d'extraits arbitrairement choisis

dans le Journal de Jules RENARD.

 

 

 

Le Journal de Jules Renard est un concentré de traits vifs, acérés, parfois violents comme nous l'avions lu  ici (c'était le 6 octobre dernier) à l’encontre d’Edmond Rostand mais où la cruauté pèche par excès de timidité et tente de cacher une voix plus tendre. N’écrit-il pas «  Quelle manie de dire des mots d’esprit aux gens quand on voudrait les embrasser » ? Ne s’autoflagelle-t-il pas, lui l’immense travailleur, quand il écrit « Le travail pense, la paresse songe. » ?

 

Dans un tout autre registre, il est un blog de haute tenue, repris il s'entend dans notre courte liste des blogs recommandés, pour lequel nous requerrons une attention toute particulière en raison de l'immense travail qui y est régulièrement effectué et relaté par Virginie. Virginie y donne en ce moment le fruit de son étude sur Charles DARWIN. Précipitez-vous : c'est ici

 

Alors, quel lien existe-t-il entre Jules RENARD et VIRGINIE ?

Réponse en ligne 18 de cet extrait !

 

 

 

Liste CAPUS. Vingt livres à emporter dans une île déserte 

 

1) Candide - Voltaire

2) Le Mariage Forcé. 1/4 de grosses farces - Molière,

3) Le Barbier de Séville. Le Mariage de Figaro - Beaumarchais,

4) Robinson Crusoë - Daniel Defoe,

5) Gulliver - Swift,

6) Histoire Universelle - Bossuet,

7) Les Brigands - Schiller,

8) Falstaff - Shakespeare,

9) Mme Bovary - Flaubert,

10) Eugénie Grandet. Un ménage de garçons - Balzac,

11) Musset,

12) La Légende des Siècles - Hugo,

13) Précis d'histoire contemporaine - Michelet,

14) Un volume de Dumas,

15) Un volume de Labiche, un d'Augier,

16) Traduction de "L'Ecclésiaste" par Ernest Renan,

17) Un volume de Jules Verne,

18) Origine des Espèces - Darwin,

19) (Pas lu, pour la surprise.)

20) Les Fables de La Fontaine.

 

Jules RENARD

Journal

5 avril 1893

 


   

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 06:19

 

Rimbaud meurt aujourd'hui. C'est il y a 121 ans et

c'est le 10 novembre 1891 à Marseille.

Et c'est hier.

 

 

Enfance

 


Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.

   Il y a une horloge qui ne sonne pas.

   Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

   Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

   Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

   Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

   Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse.

 

 

Arthur Rimbaud 

Les Illuminations. 

Enfance, extrait III (1873-1875)

 

 

ernest rimbauddansparis

 

...Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse. 

 


*  *  *


rimbaud

 

 

...Je ne parlerai pas, je ne penserai rien...

 


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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 05:50

 

 

 

Le Général de Gaulle s'est éteint le 9 novembre 1970.

 

 

 

"Puisque tout recommence toujours, ce que j'ai fait sera,


tôt ou tard, source d'ardeurs nouvelles,


après que j'aurai disparu."



 


  Charles de Gaulle in Mémoires de guerre, tome 3.

 

 

 

 

Faizant de Gaulle

Dessin de Jacques FAIZANT. Le Figaro. 10 novembre 1970. 

 

 

      Le magnifique hommage de Jacques Faizant représente Marianne pleurant ou priant sur le tronc d'un chêne abattu. L'ombre de Victor HUGO est présente et évoque ce vers dans Toute le lyre où se trouve l'éloge de HUGO à Théophile GAUTIER :


(...) Oh ! Quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule ! (...)

 


Les chênes qu'on abat donnera également à André Malraux le titre de son livre paru dès après la mort du Général, en 1971. Ce livre retrace le long dialogue que le Général eut avec Malraux. 

 

 

 

degaulle--ebr-panhard.png

 

Un char EBR Panhard transporte le cercueil du Général depuis

La Boisserie jusqu'à l'église de Colombey.

 

 

 

 

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 06:25

 

 

 

De Jacques DUPIN, dont nous venons de signaler le décès ici

 

 

 

« S’en tenir à la terre, à l’écriture de la terre, et relever du feu — se lever avec le feu… notre rencontre future, des milliers de fois la première, et la seule… la rectitude, la syncope d’une seule nuit… des élans divergent qui se joignent dans l’épissure de la nuit, un cordage trempé, et le pas de l’un glissant sur le corps de l’autre à travers labours et forêts, déserts et glaciers…

un pas, une enjambée, la dernière toujours — et la suivante, désaccordée, ici, tendue, entendue de personne… le pas qui gravit, qui marque la crête, le même pas descend au ravin… le même pas qui se tient plus haut, à l’aplomb de nous, vertigineux, et passe plus loin dans le souffle, dans l’attente du souffle et de la douleur… »

 

 

Jacques DUPIN
 Échancré

 P.O.L, 1990

 

 

 

Né en 1927 à Privas dans le sud de la France, JACQUES DUPIN vécut à Paris depuis 1944. Son premier recueil de poésie, Cendrier du voyage (GLM, 1950), est préfacé par René Char. À partir de 1952, il travaille pour la revue Cahiers d’art, faisant connaissance avec de nombreux artistes comme Constantin Brancusi, Pablo Picasso, Victor Brauner, Wilfredo Lam, Alexander Calder, Jean Hélion, Georges Braque, Nicolas De Staël, Joan Miró et Alberto Giacometti.

 

 

dupin-5.jpg

Jacques DUPIN fut entre autres le biographe de MIRO.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 05:37

 

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...Novembre. Cela fait quelques jours qu’on ne l’a pas vu, tout affairé qu'il est à farfouiller dans les feuilles mortes à la recherche d’insecte craquant ou d’une limace dodue. Le hérisson disparaît fin novembre. Peu avant, il va chercher et trouver un petit coin bien tranquille, dans un tas de bois ou un arbre creux, au pied d’un mur ou d’une haie. Pendant deux jours, il va entreprendre d’installer ses quartiers d’hiver. D’abord rassembler un bon tas de feuilles, ensuite s’y enfoncer carrément, enfin s’y tourner, retourner et re-retourner afin de constituer un nid compact de plusieurs couches bien isolantes.


Herissons.jpg



Après ça, on ne bougera plus ! Le nez dans les pattes, la boule bien ronde, on se laissera envahir par la douce léthargie. Peu à peu, le cœur ralentira jusqu’à ne battre que 8 coups à la minute. Progressivement, la température descendra de 34 à 3-6 degrés !!!
Désormais sa respiration devient imperceptible, si lente que parfois même elle s’arrête... pendant deux minutes, soyons rassurés. Et si le gel extérieur se fait trop fort, le cerveau sonnera l’alarme et le hérisson se réveillera un instant pour faire monter sa température ... avant de se rendormir. D’ici là, attendons le mois de mai…
 
Mai ! N'attendons pas pour dévoiler la suite...Mai. Mais voilà qu’on arrive au bout des réserves de graisse et que la température extérieure dépasse déjà les 10 degrés.
- C’est le moment de faire remonter ma température à moi, se dit le hérisson...
30 degrés à regagner n’est pas une mince affaire ; heureusement, il y a cette graisse brune installée entre ses épaules qui se met à circuler dans tout son corps ; heureusement, réchauffer son cerveau qui va réveiller ses muscles accélère sa respiration et son rythme cardiaque. Et voilà ! Les quatre à cinq mois de sieste sont terminés. Ne reste qu'à se mettre en recherche du partenaire de l’année pour qu’en mai de l'an prochain les petits naissent. La vie reprend !, pense le hérisson.
Mais il omet souvent de demander à quelqu’un de l’aider à traverser les chemins, les routes et les autoroutes.


Lechim Authex

 

 


 

fun-herisson.jpg

 

 

 

 

Le Hérisson

 

 

Bien que je sois très pacifique,

Ce que je pique et pique et pique,

Se lamentait le hérisson.

Je n'ai pas un seul compagnon.

Je suis pareil à un buisson,

Un tout petit buisson d'épines

Qui marcherait sur des chaussons.

J'envie la taupe, ma cousine,

Douce comme un gant de velours

Émergeant soudain des labours.

Il faut toujours que tu te plaignes,

Me reproche la musaraigne.

Certes, je sais me mettre en boule

Ainsi qu'une grosse châtaigne,

Mais c'est surtout lorsque je roule

Plein de piquants sous un buisson,

Que je pique et pique et repique,

Moi qui suis si, si pacifique,

Se lamentait le hérisson.

 

Maurice CAREME

 

 

 

 

 

Valiant-Shield.jpg

...Moi qui suis si, si pacifique...

 

 

 

 

L’exercice Valiant Shield mené dans la partie ouest de l'océan Pacifique le 18 juin 2006 regroupa dans un ensemble de forces combinées 28 navires, 300 aéronefs et environ 20 000 militaires. De gauche à droite : les porte-avions Abraham Lincoln (CVN-72), Kitty Hawk (CV-63) et Ronald Reagan (CVN-76). 

 

 

 


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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 06:38

 

 

 

Prête aux baisers résurrecteurs

 

Pauvre je ne peux pas vivre dans l’ignorance

Il me faut voir entendre et abuser

T’entendre nue et te voir nue

Pour abuser de tes caresses

 

Par bonheur ou par malheur

Je connais ton secret par cœur

Toutes les portes de ton empire

Celle des yeux celle des mains

Des seins et de ta bouche où chaque langue fond

Et la porte du temps ouverte entre tes jambes

La fleur des nuits d’été aux lèvres de la foudre

Au seuil du paysage où la fleur rit et pleure

Tout en gardant cette pâleur de perle morte

Tout en donnant ton coeur tout en ouvrant tes jambes

 

Tu es comme la mer tu berces les étoiles

Tu es le champ d’amour tu lies et tu sépares

Les amants et les fous

Tu es la faim le pain la soif l’ivresse haute

 

Et le dernier mariage entre rêve et vertu.

 

 

Paul Eluard

Derniers poèmes d'amour

 

 

 

 

Inspirés par Gala, Dominique et Nusch,

ces vers comptent parmi les plus beaux poèmes d'amour

de la langue française.

 

 

Gala-et-Dali.jpg

Gala et Dali 

C'est dix ans après la disparition d'Eluard, en 1962, que Seghers a rassemblé en un volume les «Derniers Poèmes d'amour», publiés d'abord séparément dans quatre plaquettes: «Le Dur Désir de durer», «Le Temps déborde», «Corps mémorable» et «Le Phénix».On sait que, parmi les surréalistes, Eluard fut le poète de l'amour. Souvent taxée d'ésotérisme, la poésie d'Eluard montre avec éclat qu'elle peut rester accessible, directe, sans rien sacrifier de la profondeur. Les derniers recueils rassemblés dans ce volume s'imposent par leur simplicité, qui n'exclut ni l'audace ni la gravité.

 

 

Picasso-Portrait-d-Nusch-Eluard.-1941.jpg

PICASSO

Portrait de Nusch

1941

 

 

 

 


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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 06:48

 

 

 

 

Jacques-DUPIN.jpg 

      Jacques DUPIN nous a quitté il y a quelques jours, le 27 octobre exactement. Il avait 85 ans. Nous avions donné ce poème fulgurant le 12 mai de cette année. Nous le publions de nouveau. Bon vent, monsieur DUPIN.

 

 

Paul Celan

 

Comme franchies la stridence, 

la grille,

et sur la dalle de nulle part

fermant les yeux –

 

la parole, de silence comblée,

résonne plus bas. Il vient

 

traversant l’essaim du désastre

faisant corps avec la nuit. 

 

 

 

Dans l’abrupte

l’étroite

gorge du jour se levant

 

mais le souffle secouru

par la neige, il se détache, là, 

comme si le souffle encore

attaquait de nouvelles parois

 

||

 

Par un détour, sa parole,

lui, le plus exposé,

 

sur cette pente, précisément cette pente,

il vient de toucher de l’ongle

une fleur qui se rétracte – et se multiplie…

 

Décorporée sa passion, à la fourche du chemin,

jusqu’à casser le sens, non la fleur,

pour un recueil de rosée

 

 

 

Un cœur dans le cœur comme une pierre

d’éboulis refroidie au soleil, 

une autre voix, du lointain

à tout autre visage accordée – 

 

pierre et voix soustraites

à jamais soustraites à la numération

des mots meurtriers.

 

||

 

Unisson de la blessure

et des plantes amères

où se noue et glisse

une cordée d’espace,

son souffle tire, le souffle du roncier – 

 

une lampe saisie de frayeur

jusqu’à nous se hisse

avec ce qu’a rompu l’incantation

balbutiante, la lumière – 

 

tire un corps de la contre-parole,

un visage lisse après l’ouragan

 

 

 

Risque de chaque mot, vrille

de chaque mot contre soi retournée,

si près de l’obscur

qu’il en touche le fil et la faille

et la voix presque de silence

sous le halètement de la chimère. 

 

Jacques Dupin

M’Introduire dans ton histoire,

 

P.O.L. 2007, pp. 159, 160 et 161.

 

 

 

 

kiefer.jpg

 

... Décorporée sa passion, à la fourche du chemin, ...     

 

 

 

 

 

Toile de Anselm KIEFER

 

*   *   *

 

 

Jacques DUPIN est né en 1927. Il vit à Paris.

 

francis-baconDUPIN-1990.jpg

 

Francis BACON

Portrait de Jacques Dupin, 1990

Collection du FNAC, dépôt au Musée de Picardie en 1992 © Hugo Maertens

 

Francis Bacon, peintre irlandais, naît le 28 octobre 1909 à Dublin de parents anglais. Il décède le 28 avril 1992 à Madrid, à la suite d'une pneumonie.



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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 06:24

 

 

 

Boucherie

 

Dans la boucherie ombragée

Par d’opulents morceaux de bœuf

Officie un prêtre tout veuf.

Son épouse d’ailleurs âgée

Étant morte depuis le neuf Courant,

un vendredi par chance.

Et lui, prince de la balance,

Jette bien rouges sur ce trône

Digne aloyau, rognons béjaunes

Et les grandes langues aphones

Les cervelles conjecturales

Aux florescences sous-marines

Et la tête de veau très pâle

Mais un peu plus rose aux narines.

La date du jour fiancée

Aux œillets du comptoir parmi

Les doux cressons et les pensées

De la clientèle d’ici

Sont bien présents dans ce récit.

Et quel beau ressac pour l’esprit

De ce boucher triste qui songe

Entre tous ses coups de hachoir

Au sort de la chair, de déchoir ;

Tandis que tombe un peu le soir

Et que feu la bouchère plonge

Son récent fantôme au milieu

De ces fantômes demi-dieux

Qui hantent dans la boucherie

Leurs sanglantes allégories.

 

 

NORGE 

Famines, 1950

 

 

 

Norge est né en 1898 près de Bruxelles, à Molenbeek-Saint-Jean. Il s’éteindra à Mougins (Norge est le pseudonyme de Georges Mogin. Mogin est mort à Mougins !) en 1990 .

Mais de fait, dès après la guerre, il s’installe à Saint-Paul-de-Vence où il exerce le métier d’antiquaire. Il avait épousé en 40 une peintre belge, Denise Perrier-Berche.Bien des belges s’installaient à Saint-Paul où l’on ne trouve pratiquement que des galeristes et des antiquaires. On l’a rapproché de Michaux pour la richesse et l’audace d’une langue si bien maîtrisée qu’elle peut tout se permettre, mais il s’éloigne de lui par un humour particulier, déconcertant et drôle, et une très joyeuse fantaisie. 

 

 

 

 

Carracci.jpg

 

 

Annibale CARRACCI

en français Annibal Carrache (1560 -1609)

La Boucherie 

vers 1580

 

 


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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 06:04

 

 

 

 

 

    Le vieil Eguchi en était venu, dans cette maison, à penser que rien n’était plus beau que le visage insensible d’une jeune femme endormie. N’était-ce pas la suprême consolation que ce monde pouvait offrir ? La plus belle femme ne saurait dans le sommeil dissimuler son âge. Un jeune visage est agréable dans le sommeil, même si la femme n’est pas une beauté. Peut-être aussi ne choisissait-on dans cette maison que des filles agréables à voir dans leur sommeil. Eguchi se contentait de contempler de tout près le petit visage, et il lui semblait que sa propre vie et ses mesquins soucis de tous les jours se dissipaient mollement. Il suffirait sans aucun doute de prendre le somnifère et de s’endormir dans cet état d’esprit pour jouir de cette nuit bénie, mais le vieillard paisiblement tenait les yeux clos et restait immobile. Cette fille déjà lui avait permis de se ressouvenir de la femme de Kôbe, et il lui semblait qu’elle devait encore lui accorder quelque autre souvenir, dont le sommeil risquait de le frustrer.

    L’intuition subite que la jeune femme de Kôbe s’était, dès le retour de son mari après deux ans d’absence, trouvée enceinte, et le sentiment que cette intuition devait de toute nécessité être conforme à la réalité, s’était imposés au vieillard qui ne parvenait plus à s’en défaire. Son aventure avec Eguchi ne pouvait, pensait-il, avoir infligé ni honte ni souillure à l’enfant porté et mis au monde par elle. Le vieillard ressentait comme une bénédiction sa grossesse et son accouchement, dès lors qu’il les tenait pour certains. En cette femme vivait et se mouvait une jeune vie. Pour lui, c’était comme si, à cet instant, on lui avait fait connaître sa propre vieillesse. Mais pourquoi cette femme s’était-elle docilement abandonnée, sans répulsion ni réticence ? Comme si le vieil Eguchi n’avait pas vécu près de soixante ans déjà. Il n’y avait chez cette femme rien de vénal, ni rien de frivole. Eguchi s’était senti avec elle moins coupable en tout cas que là, dans cette maison, étendu aux côtés de la fillette endormie d’un sommeil suspect. Jusqu’à sa façon de se hâter, le lendemain matin, fraîche et dispose, pour retourner chez elle auprès de ses petits enfants, que le vieillard avait appréciée en la regardant de son lit. La pensée qu’il se pouvait qu’elle fût pour lui sa dernière femme jeune la lui avait rendue inoubliable, mais peut-être elle non plus n’avait-elle oublié le vieil Eguchi. Sans qu’ils en eussent été profondément blessés ni l’un ni l’autre, et dussent-ils en garder le secret toute leur vie, ni l’un ni l’autre sans doute n’oublierait jamais.

    Il était étrange malgré tout que, parmi les « Belles endormies », ce fût la petite apprentie qui eût, en ce moment, suscité chez le vieillard le souvenir distinct de la femme de Kôbe.

 

 

Yasunari Kawabata, Les Belles Endormies眠れる美女

Prix Nobel de littérature en 1968

(1899-1972)

 

 

 

 

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Les Belles Endormies sont disponibles en poche. Une édition luxueuse mais abordable reste disponible chez Frédéric Clément. 

 

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