Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 06:07

 

Lors de cette journée sans école, profitons-en pour voir ou revoir, petits et grands, cette nouvelle de James THURBER. On trouvera d'abord la vidéo en anglais et une traduction en français (au cas où).

 

 

licorne.png  


Le dessin est (aussi...) de James Thurber.

 

«-Darling,There is a unicorn

in the garden.»

 

« Chérie, il y a une licorne

dans le jardin. »

James Thurber -1939-

 

 

 

Le dessin animé

 

* *

Une traduction 

Un beau matin, un homme assis devant son petit-déjeuner quitta des yeux ses œufs brouillés pour voir qu’une licorne blanche avec une corne d’or au milieu du front paissait paisiblement les roses du jardin. L’homme se rendit dans la chambre à coucher où sa femme dormait encore et la réveilla. « Chérie, il y a une licorne dans le jardin, dit-il. Elle est en train de manger les roses. » Sa femme ouvrit un œil hostile et le regarda. « La licorne est un animal mythique », dit-elle, et elle lui tourna le dos. L’homme descendit lentement les marches qui conduisaient au jardin. La licorne était toujours là. A présent, elle broutait les tulipes. « Tiens, licorne », dit l’homme et il arracha un lys qu’il lui tendit. La licorne le mangea d’un air grave. Le cœur plein d’allégresse parce qu’il y avait une licorne dans son jardin, l’homme remonta au premier et tira à nouveau sa femme de son sommeil. « Chérie, la licorne, dit-il, a mangé un lys. » Sa femme s’assit dans son lit et le regarda froidement. « Tu es dingue, dit-elle, et je vais t’expédier dans une maison de dingues. » L’homme, qui n’avait jamais beaucoup aimé les mots « dingue » et « maison de dingues », et qui les aimait d’autant moins par un matin ensoleillé où il y avait une licorne au jardin, réfléchit un instant. « Nous verrons », dit-il. Il regagna la porte. Puis il retourna au jardin regarder la licorne, mais la licorne était partie. L’homme s’assit au milieu des roses et s’endormit.
Dès que son mari eut quitté la maison, la femme se leva et s’habilla aussi vite que possible. Elle était tout excitée, elle avait le regard triomphant. Elle téléphona à la police puis à un psychiatre ; elle leur demanda de venir chez elle immédiatement et d’apporter une camisole de force. A leur arrivée, les policiers et le psychiatre prirent place dans des fauteuils et la regardèrent avec grand intérêt. « Mon mari, dit-elle, a vu une licorne ce matin. » Les policiers regardèrent le psychiatre et le psychiatre regarda les policiers. « Il m’a dit qu’elle a mangé un lys », dit-elle. Le psychiatre regarda les policiers et les policiers regardèrent le psychiatre. « Il m’a dit qu’elle a une corne en or au milieu du front », dit-elle. Sur un signe du psychiatre, les policiers bondirent de leur fauteuil et s’emparèrent de la femme. Ils eurent du mal à la maîtriser car elle leur opposait une résistance farouche, mais à la fin ils y parvinrent. Au moment où ils lui passaient la camisole de force, le mari rentra à la maison.
« Avez-vous dit à votre femme que vous avez vu une licorne ? » lui demandèrent les policiers. « Non, bien sûr, répondit le mari. La licorne est un animal mythique. » « C’est tout ce que je voulais savoir, dit le psychiatre. Emmenez-la. Monsieur, je suis désolé, mais votre femme est folle à lier. » Ils l’emmenèrent donc, toute jurante et hurlante, et l’enfermèrent dans une institution. Le mari vécut heureux pendant très longtemps.

La morale de l’histoire : gardez pour vous vos idées farfelues tant qu’elles ne sont pas au point.

 

 

 


 

 Quelques mots sur Thurber.

 

James Thurber (1894-1961) est un éditorialiste, humoriste et écrivain américain.

Ses ouvrages en langue française sont difficiles à trouver, à l’exception peut-être de La Dernière fleur, parabole en image traduit en 1952 par… Albert Camus !


Dans son œuvre particulièrement prolifique, « La Vie secrète de Walter Mitty » est sans doute la plus célèbre, en tout cas, la plus connue. Le recueil compte vingt-trois nouvelles et six fables animalières ; il présente des personnages fantasques et naïfs empêtrés dans des situations d'une absurdité cosmique comique. Tel Walter Mitty, le héros de la nouvelle dont est tirée le titre, qui après avoir roulé en silence jusqu'à Waterbury et déposé sa femme chez le coiffeur, part faire quelques courses et se jette dans des divagations toutes plus loufoques les unes que les autres. Devenant tour à tour capitaine de navire, médecin ou tireur d'élite, il nous place en témoin privilégié de ses vies secrètes.

 

Rappelons que cette nouvelle délirante et si réelle à la fois fut lue (par Jean Rochefort, si notre souvenir est exact) au cours de l’émission La Grande Librairie, à laquelle nous avons déjà fait référence et dont nous avons indiqué les liens internet.

 


 

Par nuageneuf - Publié dans : poésies étrangères
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 06:46

 

 

 

 

 

Les deux amis

 

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa (1) :

L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre :

   Les amis de ce pays-là

   Valent bien dit-on ceux du nôtre.

Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,

Et mettait à profit l’absence du Soleil,

Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :

Il court chez son intime, éveille les valets :

Morphée avait touché le seuil de ce palais.

L’Ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ;

Vient trouver l’autre, et dit : Il vous arrive peu

De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme

À mieux user du temps destiné pour le somme :

N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?

En voici. S’il vous est venu quelque querelle,

J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point

De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle

Était à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?

— Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;

J’ai craint qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.

    Ce maudit songe en est la cause.

Qui d’eux aimait le mieux, que t’en semble, Lecteur ?

Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.

Qu’un ami véritable est une douce chose.

Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

   Il vous épargne la pudeur

   De les lui découvrir vous-même.

   Un songe, un rien, tout lui fait peur

   Quand il s’agit de ce qu’il aime.

 

 

 

Jean de La Fontaine

1621-1695

 

Fables

Second recueil (1678), fable 11

 

 

 

Verlaine--Rimbaud.jpg

Deux amis (à gauche Verlaine et à son coté Rimbaud)

 

 

Henri FANTIN-LATOUR

1836 - 1904

Un coin de table, 1872

Henri Fantin-Latour expose au Salon de 1872 Coin de table, représentant une société de poètes réunis à la fin d'un repas. De ces huit convives, la postérité n'en a guère retenu que deux : Verlaine et Rimbaud, assis côte à côte, comme isolés des autres dîneurs, pour l'éternité.

 

 

Cyrano---Le-Bret.jpg

 Deux amis : Cyrano et Le Bret

 

 

 

 


(1)  L'Empire Monomotapa n’est pas une invention de La Fontaine ! C’était un royaume médiéval (1450-1629) situé en Afrique australe et recouvrant les territoires des actuels Zimbabwe et Mozambique. Sa capitale était le Grand Zimbabwe.

 

Monomotapa.jpg

 


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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 05:37

 

 

 

La suite de Cendrillon – 

 

Il n’a pas été dit ce que devint l’équipage de Cendrillon lorsqu’après le second bal de la cour, ayant entendu sonner le premier coup de minuit et ayant perdu sa pantoufle de vair, elle ne le retrouva plus à la porte du palais royal.

 

La fée, qui était la marraine de Cendrillon, n’eut point la cruauté de faire redevenir rat le gros cocher qui avait de maîtresses moustaches, et lézards les six laquais aux habits chamarrés, et, comme elle leur faisait l’honneur de les laisser hommes, elle laissa par la même occasion la citrouille creuse changée en beau carrosse doré et les six souris restèrent six beaux chevaux gris de souris pommelés.

 

Mais au premier coup de minuit, le gros cocher se prend à penser qu’il tirera plus d’argent de la vente du carrosse et des chevaux qu’il ne gagnera en épargnant sur ses gages durant de longues années, et que les six laquais, paresseux fieffés, formeront volontiers une bade dont il sera le chef et qui ira rançonner les voyageurs sur les ds chemins.

 

Et fouette cocher ! L’attelage détala avant que Cendrillon fût arrivée à la porte du palais. Il ne s’arrêta que devant un cabaret où, tout en mordillant un dindon flanqué de deux poulardes et en vidant les pots pleins de vin, cette noble clique vendit les chevaux et la voiture au cabaretier qui en offrait un nombre suffisant de pistoles. Ils changèrent aussi de vêtements et s’armèrent. Le gros cocher, nommé Sminthe, avait pris un déguisement particulier. S’étant coupé les moustaches, il s’habilla en femme et mit une jupe de satin vert, une robe à l’ange et un collier. C’est en cet état qu’il fut en mesure de diriger sans risques ses six fripons de compagnons. Les comptes étant réglés de part et d’autre, ils dirent adieu au cabaretier et quittèrent Paris pour aller ainsi qu’ils le disaient : battre l’antiffe sur le grand trimard.

 

Nous ne les suivrons pas dans leurs exploits sur les routes, dans les foires , dans les châteaux, où la bande se comporta si bien, que dans le court espace de sept années, ils étaient devenus tous si riches qu’ils purent se retirer à Paris où ils vivaient grassement.

 

Durant le temps où il avait vécu habillé en femme, Sminthe avait pris la coutume de sortir peu, ce qui lui permettait de beaucoup penser à combiner les bons coups qu’il faisait exécuter par ses six brigands-laquais- lézards, il avait aussi appris à lire et ramassé un certain nombre de livres parmi lesquels il y avait les Révélations de Sainte Brigitte, l’Alphabet de l’imperfection et malice des femmes, les Centuries de Nostradamus, les Prédictions de l’enchanteur Merlin, et bien d’autres ouvrages plaisants et de même farine. Il prit goût à la lecture et une bonne partie de son temps, après que la bande se fut mise à la retraite, Sminthe le passait dans sa librairie, lisant et méditant sur le pouvoir des fées, sur le peu de chose qu’est l’intelligence ou ruse des hommes et sur les fondements du vrai bonheur. Et le voyant toujours fourré dans son cabinetauxlivres, ses six acolytes qui entre eux ne l’appelaient pas Sminthe mais Lerat, à cause de ses origines ou plutôt de ce qu’ils en savaient, car ils honoraient inconsciemment cet animal comme les sauvages honorent leur totem et les animaux qui y sont figurés, finirent par le désigner sous l’appellation : Lerat de bibliothèque, qui fit fortune et c’est sous ce nom qu’il était désigné dans 1 rue de Bussy où il habitait, qu’il compila maints ouvrages qui n’ont pas vu le jour, mais dont les manuscrits sont conservés à Oxford.

 

Le temps qu’il avait de reste, il le consacrait à l’éducation de ses six brigandeaux, qui tous firent leur chemin, l’un comme peintre qui tirait à merveille les portraits des belles tavernières, le deuxième comme poète qui faisait des chansons que le troisième mettait en musique et reprenait sur le luth, tandis que le quatrième dansait parfaitement des sarabandes où il prenait mille postures gentilles et bouffonnes, le cinquième devint excellent sculpteur et taillait des statues gracieuses dans le saindoux pour les montres des charcutiers, tandis que le sixième, architecte sans second, bâtissait sans cesse des châteaux en Espagne. Comme on les voyait toujours ensemble, bien que personne n’eût vent de ce qu’ils avaient été, on les appelait les Arts, parce qu’ils représentaient à eux six : la Poésie, la Peinture, la Sculpture, l’Architecture, la Musique et la Danse. Et on peut admirer ici combien les surnoms populaires sont sensés puisque « les Arts » étaient bien nommés, ayant été des lézards.

 

Sminthe ou Lerat de bibliothèque mourut en odeur de sainteté et quatre de ses compagnons moururent aussi dans leur lit. Lacerte le poète et Armonidor le musicien leur survécurent et menèrent si mal leurs affaires qu’ils furent contraints pour subsister de recourir à nouveau à leur adresse. Entrés une nuit au Palais Royal, ils emportèrent une cassette. Ils l’ouvrirent en rentrant chez eux et n’y trouvèrent qu’une paire de pantoufles de fourrure blanche et grise. C’étaient les pantoufles de vair de la reine Cendrillon et, au moment où ils se désespéraient du peu de prix de leur trouvaille, les exempts qui avaient trouvé leurs traces survinrent, les prirent et les firent marcher vers le Grand Châtelet.

 

Le délit était si grave et si bien constaté qu’ils ne pouvaient plus espérer se soustraire à la mort. Ils décidèrent de jouer aux dés à qui des deux prendrait tout sur lui et déchargerait l’autre.

 

Le perdant, qui était Armonidor, tint parole et sauva la vie à son compagnon en déclarant qu’il avait proposé à son ami une promenade et que celui-ci ne savait rien de ses intentions. Lacerte retourna donc chez lui et composa les épigraphes de ses amis, mais il mourut un mois après, car son art ne le nourrissait pas et il était consumé d’ennui. Quant aux petites pantoufles de vair, les hasards du temps font qu’on les voit à présent au musée de

 

Pittsbourg, en Pennsylvanie, qui les a cataloguées sous la mention Videpoches (première moitié du XIXè siècle), bien qu’elles soient authentiquement du XVIIè siècle, mais cette appellation donne à penser qu’elles servaient en effet de vide-poches à l’époque indiquée par les archéologues de Pittsbourg.

 

Mais on se perdrait en conjectures si l’on voulait essayer de préciser comment les petites pantoufles de vair de Cendrillon ont passé en Amérique.

 

 

 

Guillaume Apollinaire, 1919.

 

 

 

 

Le-Bernin--1622-1625-.jpg

Apollon et Daphné

Œuvre de Le Bernin

en marbre de 243 cm de hauteur, elle est exposé a la Galleria Borghèse à Rome. Elle fut commandée par le cardinal Borghèse en 1622 .

 

 


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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 05:38

 

 

 

Le tombeau de Monsieur Monsieur

 

 

Dans un silence épais

Monsieur et Monsieur parlent

c'est comme si Personne

et Rien dialoguait.

 

L'un dit : Quand vient la mort

pour chacun d'entre nous

c'est comme si personne

n'avait jamais été.

Aussitôt disparu

qui vous dit que je fus ?

 

- Monsieur, répond Monsieur,

plus loin que vous j'irai :

aujourd'hui ou jamais

je ne sais si j'étais.

Le temps marche si vite

qu'au moment où je parle

(indicatif présent)

je ne suis déjà plus

ce que j'étais avant.

Si je parle au passé

ce n'est pas même assez

il faudrait je le sens

l'indicatif néant.

 

- C'est vrai, reprend Monsieur,

sur ce mode inconnu

je conterai ma vie

notre vie à tous deux :

A nous les souvenirs !

Nous ne sommes pas nés

nous n'avons pas grandi

nous n'avons pas rêvé

nous n'avons pas dormi

nous n'avons pas mangé

nous n'avons pas aimé.

 

Nous ne sommes personne

et rien n'est arrivé.



Jean Tardieu  

Monsieur Monsieur, 1951

 

 

 

 

 

chillida_36b.jpg

 

Edouardo CHILLIDA

Bultzada

Gravure originale (aquatinte et pointe sèche) en noir, 1983

© Maeght.

 

 


Eduardo Chillida Juantegui, né le 10 janvier 1924 et mort le 19 août 2002 à Saint-Sébastien au Pays basque espagnol, est un sculpteur espagnol. Il dit :

 

« La forme se dessine toute seule en fonction de cet espace qui fabrique sa demeure à la façon d'un animal qui sécrète sa coquille. Comme cet animal, je suis un architecte du vide »

 


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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 08:02

 

15 mai 2012. 08h32.

 

 

Le candidat F.Hollande avait donné le ton dès son entrée en campagne, il y a un an : "Je veux ré-enchanter le rêve ! ".


Il semble bien que nous allons entrer dans l'ère inédite de

l' Ayraultisme.

Réponse dans la journée.

 

 

jean-marc-ayrault-.jpeg

 

 


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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 06:15

 

 

 

L’averse

 

 

Un  arbre  tremble  sous   le vent,

 

Les  volets claquent.

 

Comme il a plu, l’eau fait des flaques

 

 

Des  feuilles volent sous le vent

 

Qui les disperse

 

Et, brusquement, il pleut à verse.

 

 

Francis Carco

 


 L-averse.Suzuki-Harunobu-1765.jpg

 

 

Suzuki Harunobu

(vers 1725-1770)


L’averse


Image de calendrier, 1765

 


Ajout de 10h20.


A lire ci-dessous le commentaire amusant et instructif que nous apporte l'ami Entredeuxmots  et que nous illustrons ainsi : 

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 06:12

 

 

 

Mon cœur s'éveille

 

 

Mon corps s'éveille je suis jeune et belle

Et je murmure un air de mon enfance

 

Sur un lit doux mon corps comme un aimant

Dessine un ciel d'étoiles vues en songe

 

Tous m'ont perdue je ne suis à personne

Pourtant je suis comme un miroir tournant

J'offre mon rire aux conquêtes faciles

 

Mes seins ont l'âge d'être caressés

Comme une cloche par l'orage atroce

Comme un pain rare par qui n'a plus faim

 

Je puis borner la puissance des dieux

Et mettre à bas leur imagination

 

Etre mortelle en me reproduisant

Etre éternelle en détruisant le temps

 

Je rougirai quand le froid me prendra

Et je serai de neige dans les flammes

 

Paul ELUARD

Le dur désir de durer, 1946

 

 

 

 

DEGAS.jpg

Mon corps s'éveille je suis jeune et belle...

 

 

 

 

Edgar Degas

 

Degas est au Musée d'Orsay jusqu'au 1er juillet 2012

 

Cette exposition explore l'évolution de Degas dans la pratique du nu, de l'approche académique et historique de ses débuts à l'inscription du corps dans la modernité au cours de sa longue carrière. Occupant avec les danseuses et les chevaux une place prédominante dans l'oeuvre de l'artiste, les nus sont présentés à travers toutes les techniques pratiquées par Degas, la peinture, la sculpture, le dessin, l'estampe et surtout le pastel qu'il porte à son plus haut degré d'achèvement.
Organisée avec le Museum of Fine Arts, Boston, l'exposition bénéficie du très riche fonds d'oeuvres graphiques du musée d'Orsay, rarement montré pour des raisons de conservation, auxquels s'adjoignent des prêts exceptionnels des plus grandes collections, comme celles du Philadelphia Museum of Art, de l'Art Institute de Chicago ou du Metropolitan Museum of Art de New York. (source Musée d'Orsay)

 


 

degas-2.jpeg

 


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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 06:48

 

 

 

Paul Celan

 

Comme franchies la stridence, 

la grille,

et sur la dalle de nulle part

fermant les yeux –

 

la parole, de silence comblée,

résonne plus bas. Il vient

 

traversant l’essaim du désastre

faisant corps avec la nuit. 

 

 

 

Dans l’abrupte

l’étroite

gorge du jour se levant

 

mais le souffle secouru

par la neige, il se détache, là, 

comme si le souffle encore

attaquait de nouvelles parois

 

||

 

Par un détour, sa parole,

lui, le plus exposé,

 

sur cette pente, précisément cette pente,

il vient de toucher de l’ongle

une fleur qui se rétracte – et se multiplie…

 

Décorporée sa passion, à la fourche du chemin,

jusqu’à casser le sens, non la fleur,

pour un recueil de rosée

 

 

 

Un cœur dans le cœur comme une pierre

d’éboulis refroidie au soleil, 

une autre voix, du lointain

à tout autre visage accordée – 

 

pierre et voix soustraites

à jamais soustraites à la numération

des mots meurtriers.

 

||

 

Unisson de la blessure

et des plantes amères

où se noue et glisse

une cordée d’espace,

son souffle tire, le souffle du roncier – 

 

une lampe saisie de frayeur

jusqu’à nous se hisse

avec ce qu’a rompu l’incantation

balbutiante, la lumière – 

 

tire un corps de la contre-parole,

un visage lisse après l’ouragan

 

 

 

Risque de chaque mot, vrille

de chaque mot contre soi retournée,

si près de l’obscur

qu’il en touche le fil et la faille

et la voix presque de silence

sous le halètement de la chimère. 

 

Jacques Dupin

M’Introduire dans ton histoire,

 

P.O.L. 2007, pp. 159, 160 et 161.

 

 

 

 

kiefer.jpg

 

... Décorporée sa passion, à la fourche du chemin, ...     

 

 

 

 

 

Toile de Anselm KIEFER

 

*   *   *

 

 

Jacques DUPIN est né en 1927. Il vit à Paris.

 

francis-baconDUPIN-1990.jpg

 

Francis BACON

Portrait de Jacques Dupin, 1990

Collection du FNAC, dépôt au Musée de Picardie en 1992 © Hugo Maertens

 

Francis Bacon, peintre irlandais, naît le 28 octobre 1909 à Dublin de parents anglais. Il décède le 28 avril 1992 à Madrid, à la suite d'une pneumonie.



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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 06:39

 

 

Heureux anniversaire à celui qui déclame aujourd’hui encore ,

à l'âge de 91 ans, sans une hésitation,

ce poème mais tout également mille et un autres

- pour peu que son cœur brille –

en français, en latin et en grec. 

 

*          *          *

 

 

 

La conscience

 

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,

Echevelé, livide au milieu des tempêtes,

Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,

Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva

Au bas d'une montagne en une grande plaine ;

Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine

Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »

Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.

Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,

Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,

Et qui le regardait dans l'ombre fixement.

« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.

Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,

Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.

Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.

Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,

Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,

Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève

Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.

« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.

Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »

Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes

L'oeil à la même place au fond de l'horizon.

Alors il tressaillit en proie au noir frisson.

« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,

Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.

Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont

Sous des tentes de poil dans le désert profond :

« Etends de ce côté la toile de la tente. »

Et l'on développa la muraille flottante ;

Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :

« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,

La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;

Et Caïn répondit : « Je vois cet oeil encore ! »

Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs

Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,

Cria : « Je saurai bien construire une barrière. »

Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.

Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »

Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours

Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.

Bâtissons une ville avec sa citadelle,

Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »

Alors Tubalcaïn, père des forgerons,

Construisit une ville énorme et surhumaine.

Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,

Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;

Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;

Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.

Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,

On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,

Et la ville semblait une ville d'enfer ;

L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;

Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;

Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »

Quand ils eurent fini de clore et de murer,

On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;

Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !

L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.

Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »

Alors il dit: « Je veux habiter sous la terre

Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;

Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »

On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.

Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre

Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,

L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

 

 

Victor Hugo

La Légende des siècles, 1859-1877

Seconde partie intitulée D'Eve à Jésus.

 

 

 

 

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...Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »...

 

 


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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 05:58

 

 

A tout prendre, nous ne nous étions pas complètement fourvoyés lors de la rédaction de ce billet daté du 24 avril 2012. Voyez plutôt :

 

 

sarkozy-hollande-arc-de-triomphe.jpeg

 

 


Uchronie :

Une uchronie est une évocation imaginaire qui désigne en quelque sorte un temps qui n'existe pas, mais basé sur des faits réels et animé par des personnages existants ou ayant existé.

Voici donc le résultat de l'élection présidentielle en France.

Arrivés strictement avec le même nombre de voix, nos deux présidents tombent dans les bras l'un de l'autre et décident d'exercer de conserve la plus haute fonction de l'état pour le plus grand bien du peuple de France.

 

 

sempe-N.York-7-mai-79.jpg

33 ans jour pour jour après ce dessin de Jean-Jacques SEMPE,

on peut voir ici représentés F.Hollande et N.Sarkozy

se rendant à l'Elysée. 

 

 

 

 

Billet rédigé le 24 avril 2012 pour publication le 6 mai 2012.

 


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Comment s'y retrouver ?

L’administration de ce blogue ne permet pas de dépasser 50 rubriques de classements (cf. colonne ci-dessous intitulée Nourritures Terrestres). Or, sont déjà publiés plus de sept cents poèmes ou extraits de textes.

 

Ci-dessus, on trouve une rubrique RECHERCHE. Il suffira d’entrer dans cette case le nom d’un poète, celui d’un écrivain, un vers ou une partie de vers pour qu’automatiquement la ou les publications passées s’affichent.

 

Bien amicalement,nuages.jpeg

 

Nuageneuf

Elles (et ils) ont dit :

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