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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 10:19

 

 

 

 

Exit Delphine Batho, ministre inconnu d’un gouvernement que l’on préfère ignorer. Le dernier acte de Mme Batho, pour complaire aux alliés Verts des socialistes de pouvoir, fut de défiance et de détestation de la ville : elle a signifié « l’entrée en vigueur à partir du 1er juillet 2013, d’une nouvelle réglementation qui s’applique à l’éclairage nocturne des bureaux, des magasins, des façades de bâtiments ». On éteindra donc, par force et sous menace de sanction, « les éclairages inutiles la nuit de 1h à 7h du matin ». Le ministre avance des arguments « sonnants et trébuchants », censés séduire le contribuable maussade : on économisera « l’équivalent de la consommation annuelle d’électricité de 750 000 ménages » soit une économie de 200 millions d’Euros (?). Et ceci, enfin, bien propre à satisfaire les têtes pensantes d’EELV, mais qui me laisse pantois, chancelant, hébété : la présente mesure nous épargnera l’émission de 250 000 tonnes de CO2, et contribuera « à la préservation de la biodiversité en évitant des pollutions lumineuses inutiles. Les éclairages artificiels nocturnes peuvent constituer une source de perturbations significatives pour les écosystèmes, en modifiant la communication entre espèces, les migrations, les cycles de reproduction ou encore le système proie-prédateur.»

 

Que faire et où aller dans ce monde, où les socialistes de pouvoir et leurs alliés Verts me prennent chaque jour plus un peu plus ouvertement pour un imbécile ?

« Il pleut les globes électriques

Montrouge Gare de l’Est Métro Nord-Sud bateaux-mouches monde

Tout est halo

Profondeur

Rue de Buci on crie L’Intransigeant et Paris-Sports

L’aérodrome du ciel est maintenant, embrasé, un tableau de Cimabue » (1)

 

Qu’ont fait les Verts de la place de Clichy ? Le décor mièvre d’un feuilleton « citoyen », où des couples unis par une insupportable et niaise conjugalité, tous favorables à la publication du patrimoine génétique des élus, se livrent à une réflexion plurielle, afin d’imaginer le changement. Après la guerre, je suggère la mise en place d’une sorte de Nuremberg de l’urbanisme, où l’on jugera les responsables de ces oukases, qui ont enlaidi nos rues, et rendu plus difficiles la circulation des piétons et des véhicules.

 

Moi, je veux des villes saturées de lumières, des rues électriques, des annonces lumineuses, des mots qui me font de l’œil à la manière d’une belle pute au rimmel frais, point encore lasse des servitudes, je veux des moteurs à explosion, des motos qui ronronnent au feu rouge et grondent atrocement au feu vert. Je vomis la vermitude qui dévore ma ville, Paris, et la transforme peu à peu en ZUP (zone urbaine pacifiée).

 

J’adore les formes clignotantes, qui me signalent un misérable sex shop ou une pizzeria, je veux une débauche d’ampoules et de néons, qui puisent leur énergie dans des centrales atomiques, silencieuses et puissantes. Je veux du progrès mécanique 2.0 : j’imagine avec ravissement la pénétration des longs tubes d’acier à pointe de diamant dans les entrailles de la terre, le jet violent de l’eau contre la roche pour la briser, son agonie amoureuse dans le jaillissement final du gaz de schiste.

 

Je veux du travail de nuit mieux payé, des travailleurs harassés, qu’on croise au petit matin ; je veux la rumeur persistante de ma cité noctambule, apercevoir des visages hostiles dans la foule et m’en consoler auprès d’une femme aimable. Je veux rentrer à l’aube, entre chien-proie et loup-prédateur, et, sur le pont Bir-Hakeim, plaquer les paumes de mes mains sur mes oreilles pour assourdir le fracas du métro mêlé à une sirène de police. Je veux remonter le col de mon manteau en cachemire et m’agacer du bout de ma chaussure en daim souillé par une flaque, où se réfléchit l’enseigne rassurante d’un hôtel de luxe. Je veux une ville à la mesure de mes insomnies, m’arrêter longuement devant ses vitrines sacrificielles, je veux être frôlé par l’effroi invisible, et le chercher longtemps en vain. Je veux de la chimie, qui produit des matériaux étonnants et parfois inutiles. J’aime l’idée que les cycles sont rompus, et ne me déplaît nullement l’émoi des écosystèmes affolés. Je veux savoir si je peux m’en sortir seul ou si j’ai besoin de secours, et rentrer dans un grand appartement vide et rarement occupé, où résonne en boucle la voix aigre de Cécile Duflot, qui me menace de le réquisitionner.

 

Je veux « des femmes atroces dans des quartiers énormes »(2) !

 

 

(1)  Blaise Cendrars, « Contrastes » (extrait), Dix-neuf poèmes élastiques, 1919, Gallimard.

(2)  Guillaume Apollinaire, « 1909 » (extrait), Alcools, Gallimard.

 

 

©Patrick MANDON

Publié le 04 juillet 2013 à 12:00 dans Brèves Politique © Causeur.fr

 

 

Retrouver  les articles de P.MANDON déjà publiées

 

 


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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 05:39

 

      Avant-propos

 

Pendant les quatre années qui séparent son retrait du RPF (décembre 1955) et son retour au pouvoir en 1958, le général passera l'essentiel de son temps à Colombey, où il poursuit l'écriture des Mémoires de guerre.

Le premier tome paraît en octobre 1954 et le second en juin 1956 (sa fille Elisabeth de Boissieu assure la dactylographie). C'est à la fin du livre qu'il évoque Colombey dans des pages célèbres :  

 

"Vastes, frustes et tristes horizons ; bois, prés, cultures et friches mélancoliques ; relief d'anciennes montagnes très usées et résignées ; villages tranquilles et peu fortunés, dont rien, depuis des millénaires, n'a changé l'âme, ni la place. (…) Ainsi, du mien. Situé haut sur le plateau, marqué l'une colline boisée, il passe les siècles au centre des terres que cultivent ses habitants. Ceux-ci, bien que je me garde de m'imposer au milieu d'eux, m'entourent d'une amitié discrète. Leurs familles, je les connais, je les estime et je les aime.

Le silence emplit ma maison. De la pièce d'angle où je passe la plupart des heures du jour, je découvre les lointains dans la direction du couchant. Au long de quinze kilomètres, aucune construction n'apparaît. Par-dessus la plaine et les bois, ma vue suit les longues pentes descendant vers la vallée de l'Aube, puis les hauteurs du versant opposé. D'un point élevé du jardin, j'embrasse les fonds sauvages où la forêt enveloppe le site, comme la mer bat le promontoire. Je vois la nuit couvrir le paysage. Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l'insignifiance des choses."

Charles de Gaulle

Mémoires de guerre, tome I.

 

Bien plus tard, un an avant sa mort, il rédige ces lignes ironiques et distanciées : « Après ma mort, on dressera une grande croix de Lorraine sur la plus haute colline, derrière ma maison. Et comme il n’y a personne par là, personne ne la verra. Elle incitera les lapins à la Résistance. »

Charles de Gaulle, 1969

 

 

 

CroixLorraine.JPG

      La croix de Lorraine. ©Photo J.Fusier 

 

 

 

 

 

 


 

Les choses ainsi resituées ouvrent tout naturellement sur cet article que Patrick MANDON a publié dans la presse en 2008. Nous le remercions une nouvelle fois ici pour sa grande courtoisie et la gentillesse avec laquelle il nous autorise à le publier. 

 

 

 

De de Gaulle en général…

…et des lapins de Colombey en particulier

 

 

 

D’abord il y a un événement : le 11 octobre 2008, à Colombey-Les Deux-Eglises (Haute-Marne), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont inauguré le Mémorial parachevant le projet dédié à Charles de Gaulle, commencé avec l’édification d’une immense Croix de Lorraine (18 juin 1972). Celle-ci n’a d’ailleurs cessé d’attirer les visiteurs, contredisant la prophétie que le Général, avec cette ironie faussement modeste qui faisait partie de son charme, aurait lancé à propos de “sa” croix, dont il ne voulait pas : “Personne ne viendra, sauf les lapins pour y faire de la résistance…”

 

Et puis il y a cette affiche dans le métro, pour une pièce de théâtre inspirée du journal de Jacques Foccart, le conseiller du général de Gaulle pour l’Afrique. Elle présente une étrange silhouette et un visage à peine esquissé. Et pourtant c’est Lui, c’est bien Lui, égaré dans le métro, comme tenant en laisse un pavé ! Nulle majesté dans cette représentation persifleuse. Et pourtant, malgré l’évidente volonté de désacraliser, quelque chose est pertinent dans ce personnage perplexe au milieu des pavés…

 

Enfin il y a un souvenir, celui de la une d’un fameux hebdomadaire satirique, Hara Kiri : “Bal tragique à Colombey, 1 mort”.

 

Mais les plus nobles destins résistent à la nécessité d’en rire. Non, Charles de Gaulle n’est pas décédé après une valse en compagnie d’Yvonne. Le 9 novembre 1970, il s’est effondré["Ah ! Il est déjà temps de mourir !" : les derniers mots du Général, selon le colonel Desgrées du Loû (rapportés par Jean Mauriac dans L’après de Gaulle, chez Fayard).] un peu avant l’heure du dîner, alors qu’il achevait une patience (après tant de réussites…)

 

Rappel pour les plus jeunes d’entre vous : le 27 avril 1969, le peuple répond non au référendum sur “le projet de loi relatif à la création des régions er à la rénovation du Sénat”. Dès le 28, Charles de Gaulle part sans se retourner… L’air, soudain, paraît plus léger à nombre de Français. Et d’abord à une partie de notre grande bourgeoisie : le vieux képi incarnait ses remords et son peu d’empressement à le rejoindre dans l’exil londonien.

Les politiciens soupirent d’aise : enfin éliminé, ce Charlot qui, en fondant la Ve République, leur avait cassé leur joujou agonisant.

 

Tous avaient souffert de la dédaigneuse distance qu’il mettait entre eux et lui, et du mépris de plomb qu’il affichait pour leurs misérables combinaisons. Décidément, il vivait très au-dessus de leurs moyens… Intellectuellement s’entend : il ne s’enrichira pas d’un nouveau franc au métier de la politique. Même que le soir, à l’Elysée, tante Yvonne éteignait les lumières : “Il ne faut pas gaspiller !”

 

Aujourd’hui, le vieil homme “recru d’épreuves” subit le pire : il paraît “dépassé”. Mais depuis quand ? Dans l’Europe du désastre qui se découvrait à mesure que refluait la catastrophe nazie, à quel sort misérable était vouée la France ? Perdue de réputation, suspecte aux yeux des vainqueurs, menacée de guerre civile, convoitée par les staliniens, elle pouvait tout au plus espérer l’humiliante intégration à un ensemble flou, “gauleité” par Giraud, béni par Jean Monnet et chapeauté par les Américains.

Enfin De Gaulle revint, avec son fichu caractère, qui est aussi la marque des hommes d’Etat au milieu des politiciens nains. Car il en fallait, du caractère, pour faire croire simultanément aux Etatsuniens que la France avait les moyens de son indépendance, et aux communistes que, grâce au parapluie américain, le pays était à l’abri d’un coup de force !

 

Et pour décoloniser l’Afrique noire et surtout l’Algérie, sans souci apparent de la douleur des rapatriés ni du sort des harkis, maltraités ici, massacrés là-bas ?

 

Mais “On ne gouverne pas innocemment”, comme disait Saint-Just… A moins que vous ne préfériez Péguy : “Ils ont les mains propres mais ils n’ont pas de mains.”

 

De Gaulle, c’est un drame antique et chrétien à la fois. Un récit qui naît avec le baptême de Clovis, irrigue la chevalerie, transcende la République, s’incarne dans la Résistance – et prend fin avec lui. Il a soulevé la France et étonné le monde par sa vision, son charisme et ses mots. De Gaulle c’est Merlin, plus l’électricité (nucléaire).

 

Au risque de passer pour un illuminé, laissez-moi, en guise de conclusion vous livrer une confidence : un matin que je me trouvais dans une clairière isolée, non loin de la croix de Lorraine, je vis nettement surgir de la brume froide le spectre du Général ! Il croisa ma route sans me voir. Plus curieux qu’effrayé, j’osai l’interpeller : “Mon Général, que vous inspirent la Marseillaise huée, le démantèlement de la République, la crise mondiale, la fonte des glaciers et la prochaine comparution d’Éric Zemmour devant la Cour raciale, euh, martiale pour atteinte au moral multiculturel de la Nation ?”

 

Déjà, je ne le distinguais plus qu’à peine, lorsque sa voix sourde roula jusqu’à moi : “Pour la Résistance, voyez les lapins !”

 

 

Publié le 19 décembre 2008

©Patrick Mandon

 

 


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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 05:27

 

 

 

Vu la cerise de ses lèvresla cerise de ses lèvres

Vu sa tempête et sa fièvre

Vu ses yeux noyés d'ivoire

Vu sa tendre soie, sa moire

 

Pris sa vague, toute sa houle

Pris sa cadence et m'en saoule

 

Et toi ?

Pas vu, pas pris !

 

 

Pat Mirliton 

2011

 

 

 

 


Note : Pat Mirliton est un poète français de l'école dite des Navrants obstinés. Précisons ici qu'il s'agit du courant né de la scission entre les symbolistes calamiteux et les surréalistes alto-séquanais.

 


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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 09:06

 

 

 

trefle.jpg

 

 

Tous les garçons s'appellent Patrick ! C'est bien connu.

Alors bonne fête Patrick !

 

 

Lire Patrick

 

 

 


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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 07:30

 

 

Patrick MANDON publie ce texte sur CAUSEUR.fr relatif au documentaire L'Occupation intime donné ce soir sur TF1, à 22h40. Il nous autorise à le publier ici. Nous l'en remercions chaleureusement.

 


 

Rapprochements franco-allemands

L’Occupation intime ce soir sur TF1, rendez-vous avec les Français

 Clarke-et-Costelle.jpg

Daniel Costelle et Isabelle Clarke

Le 25 septembre, TF1 diffuse un documentaire d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle, L’Occupation intime, que tous les causeurs découvriront avec un grand intérêt, et peut-être une légère stupeur. Ils seront troublés par les images, bouleversés par les témoignages, en particulier ceux de l’écrivain Benoîte Groult et du chanteur Gérard Lenorman. La première était à l’époque une jeune fille, le second allait bientôt naître. Tous deux sont innocents, tous deux portent un lourd secret. Et l’on est saisi par les mots qu’ils prononcent, à mesure qu’ils avancent dans leurs révélations. J’en entends qui disent : « Encore les nazis, l’Occupation, nos turpitudes, nos péchés ! » Une fois encore, certes, mais cette fois-ci n’est pas de trop.

Il est des documentaires qui sont des procès en sorcellerie, et ne sont que ceux-là. Ils se servent de tout, de l’interprétation ambiguë d’une photographie, de la plus banale des lettres soigneusement sortie de son contexte, pour attirer dans la lumière le sujet de leur enquête. Quand ils l’ont durablement exposé, ils laissent au spectateur le soin de le déclarer coupable. Il est des documentaristes qui sont des accusateurs publics. Le nombre de ces procureurs zélés s’augmente de celui des ruminants massifs qui, depuis une trentaine d’années, vont répétant que ce pays, la France, ne connaît rien de son passé, qu’il n’en veut surtout rien savoir. Selon ces moralisateurs, nos concitoyens se satisfont des pieux mensonges et des vieux comtes roses, qui leur masquent l’épouvante à quoi se résumerait son histoire. Guerres, colonies, racisme, la France a été de tous les mauvais coups, de toutes les embrouilles, de toutes les lâchetés. Défaite en 1940 par une armée de jeunes gens athlétiques conduits par des officiers blonds magnanimes, elle aurait comblé de caresses ses vainqueurs, à la manière d’une créature vouée aux servitudes. Par la suite, en Algérie, elle commit des actes qui signalerait parfaitement sa crapulerie constitutive. Notre légende s’enracine dans le crime, nous sommes ontologiquement lamentables et pervers. Et nous ne laissons derrière nous que des plaignants ; ils forment une file interminable, se bousculent près du guichet des réclamations, où leur sont distribués des titres de martyrs.

Nous avons beau protester, montrer des certificats, donner des références, énumérer des faits, citer Le Chagrin et la Pitié (1) Français si vous saviez (2) rien ne peut ébranler nos contempteurs. Pour ces furieux, la France est un organisme en état de léthargie postdigestive, « torturé de crampes séniles » (3). Sa mémoire lui fait défaut quand elle ne constitue pas son défaut majeur. Elle n’a rien appris, ou bien elle n’a rien retenu, dans les deux cas, il convient de la blâmer. Alors, les gardiens de la contrition brandissent leur petit matériel de punisseur et d’exorciste : car, c’est bien connu, la France, Satan l’habite…

Pourtant, cette vieille nation, si elle résiste aux esprits simplistes, fournit volontiers aux esprits déliés des explications plutôt que des excuses. Sous les coups et les menaces, elle avouera plus de crimes qu’elle n’en a commis ; mais interrogée sans rudesse, elle fera des aveux circonstanciés, elle reconnaîtra ses torts. Elle sera ainsi au plus près de sa vérité. La France est un pays qui murmure ses fautes. Il fallait la délicatesse, la sensibilité qu’Isabelle Clarke et Daniel Costelle ont maintes fois démontrées, mais également leur fine perception des êtres, pour examiner l’Occupation sous l’angle seul des sentiments, et atteindre ainsi à la tragédie nationale sans jamais s’éloigner des petites comédies sentimentales si légères et si graves. Quelle maîtrise de l’exercice du tête-à-tête pour obtenir, de la part des interlocuteurs, ces confessions si justement et profondément intimes !

1940 : la France est belle. Ses vainqueurs en demeurent éblouis. Un ventripotent citoyen trinque avec eux, des petites foules pactisent… malaise dans la civilisation ! Nos compatriotes sortent à peine d’un cauchemar. Comme il est dit dans le commentaire, ils goûtent au premier ersatz de café, puis toute leur vie sera un ersatz.

Francine avait seize ans : « Je préférais les garçons plus âgés. » Cette inclination fera le bonheur de Willy, soldat de la Wermacht. Il lui apprend à nager. Elle tombe enceinte. Le médecin parle d’avorter, les parents de Francine refusent. Elle accouche. Aujourd’hui, celle dont on ne verra jamais le visage tant sont grandes, peut-être, sa honte et sa crainte, pleure doucement en évoquant la mémoire de Willy tombé sur le front russe : « C’était le premier ! »

Yvette Lebon a fêté cent un an. Vedette de cinéma avant la guerre, maîtresse de Jean Luchaire, homme de presse influent, père de l’actrice Corinne Luchaire, elle dit simplement : « On était inconscient. » Et c’est sans cynisme qu’elle avoue avoir été surtout « occupée » par le cinéma et le théâtre.

Le père de la petite Gisèle Marcovitch était un héros français de la Première Guerre mondiale. On ne sait s’il portait ses décorations dans le convoi qui l’emmenait, en tant que juif, vers Auschwitz, d’où il ne revint pas. Affolée, perdue, Gisèle sonne chez les parents de Benoîte Groult. Je vous laisse découvrir la suite.

Gisèle Guillemot, communiste, s’est engagée dans la Résistance. Elle connut l’envers du décor, c’est-à-dire l’enfer : Ravensbrück.
Jacqueline Dufour, treize ans, écrit à son père, prisonnier : « Je sais que tu as eu très froid. À la maison, il y a un homme, et je suis très malheureuse. » 1940-1945 : années érotiques ? « Si vous ne vouliez pas que je couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer », répondra crânement Arletty à ses juges. Deux cent mille enfants naîtront de la coexistence amoureuse suscitée par la défaite et l’omniprésence des Roméos en vert-de-gris.

Après la projection, Alain Delon (4), assailli de questionneurs, aura ces mots, accompagnés d’un geste de lassitude : « Aujourd’hui, certes, le monde est en crise, nous nous plaignons, mais le vrai malheur, c’est cela ! »

 

 

1- Documentaire de Marcel Ophüls et André Harris (1969), dont l’ORTF préféra épargner la vision à nos concitoyens

2- Documentaire d’André Harris et Alain de Sedouy (1972), en trois époques : En passant par la Lorraine, Général, nous voilà, Je vous ai compris

3- Menace de Prospéro à l’adresse de Caliban dans La Tempête, de William Shakespeare  

 4- Le commentaire est dit par Alain Delon, sur un ton de sobriété poignante, et par sa fille, Anouchka

 

 Patrick MANDON

 

 

DELON_PORTRAIT_SERR_.jpg 

    Alain Delon lors de la présentation à la presse du documentaire L'Occupation intime,

dont il est avec sa fille le récitant.

La photo est de P.MANDON.©Patrick Mandon.

 

 


 


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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 07:33

#476    

 

Cet article a été écrit par Patrick Mandon en mai 2011 sur Causeur.fr. © Patrick Mandon. Avec son aimable autorisation. Qu'il soit ici chaleureusement remercié.


 

 

 

Forain, peintre de la comédie humaine 

Qu’espère-t-on de la contemplation d’un tableau ? Qu’elle nous permette d’éprouver de la sympathie pour « les efforts et les douleurs de la vie humaine »1 ? C’est possible. Qu’elle ouvre devant nous une faille, au fond de laquelle la beauté de l’œuvre nous retient de tomber ? C’est probable. Qu’elle expose le spectacle de notre humanité imparfaite ? C’est certain. Les peintres qui nous intéressent chercheraient donc le beau et le vraisemblable, augmentés de quelques traits, constitutifs de notre nature, que nous aimons ignorer ? La peinture, parmi tant d’autres objets, suivrait-elle la piste, qui mène aux origines du mal, et rejoint ses compagnons d’infortune, le rire et la compassion ?
Ah nous voilà bien ! Nous souhaitions partager un moment de plaisir avec le lecteur, et nous l’assommons d’emblée sous l’ennui d’une métaphysique de vieux jouisseur, sortant, accablé, d’un laboratoire d’analyses biologiques ! Bref, nous ressentions du bonheur et de l’accablement, l’autre matin, en sortant du Petit Palais, où nous avait été révélé le grand talent d’un peintre, que nous connaissions auparavant comme dessinateur : Jean-Louis Forain (1852-1931).

Il faut imaginer Paris, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Louis-Napoléon Bonaparte, alors qu’il était prisonnier au fort de Ham (Picardie), démontra sa perspicacité politique, lorsqu’il rendit compte de l’état lamentable du prolétariat2, des ravages engendrés par la première révolution industrielle, de sa cruauté sociale, qu’il avait observés à Londres. Napoléon III ne tînt pas les promesses de Louis-Napoléon, idéaliste saint-simonien ; les grands travaux conduits par Haussmann, s’ils améliorent considérablement l’hygiène, favorisent la classe moyenne et la grande bourgeoisie. Cependant, contrairement à son homologue londonien, le lumpen parisien n’est pas systématiquement relégué dans l’atroce délabrement de taudis excentrés ; il réside souvent au cœur de la ville. Certes, il forme l’essentiel de ce qu’on nomme la « classe dangereuse », mais il se mêle, plus ou moins harmonieusement, à la population aisée. Et, la nuit, il n’en est point éloigné3.

Et Forain dans tout ça ? Nous revenons à lui par la misère et le vice

Paris est la grande cité « luciférienne », qui fascinait Baudelaire, où se forme un précipité de faste, d’ambition, de défi et d’audace. C’est à Paris que s’agrègent, en une confrérie éphémère et joyeuse baptisée « bohème », des jeunes gens parfois doués, souvent brillants. C’est à Paris que se concluent des affaires considérables, que naissent des scandales « panaméens ». C’est à Paris qu’une jolie femme, sortie du ruisseau, peut espérer finir ses jours dans un hôtel particulier de l’avenue des Champs-Élysées4. Mais c’est aussi dans le ruisseau de Paris que roulent les filles vouées aux servitudes. La ronde de l’amour tarifé tourne sans cesse ; sur le manège, les plus prisées sont les danseuses, vieillies « dans la connaissance des dépravations parisiennes »5, et, plus jeunes encore, plus tendres, à peine pubères, les petits rats de l’Opéra. Au foyer de la danse, les habitués mâles, souvent des messieurs prospères, viennent choisir leurs protégées, devant les mères, faussement attendries, et vraiment intéressées.

 

 JLF-la-confidence-au-bal.jpg

Illustration :  Jean-Louis Forain. La confidence au bal

L’un de ces rats est passé à la postérité : Marie Van Goethem. Ses parents, immigrés de Belgique, se sont établis à Paris. La mère est blanchisseuse, le père taille des vêtements. Les deux Belges succombent à la funeste tentation de l’humanité : ils se reproduisent ! Trois filles naissent, Marie est la deuxième. Elle suit les cours de l’école de danse. Edgar Degas, l’un des « patrons » de l’impressionnisme, la choisit pour modèle de sa sculpture « Petite danseuse de quatorze ans », chef d’œuvre étrange : Marie y adopte la position des pieds dite quatrième, les bras dans le dos, le menton dressé, tendue, « offerte à tous en tout mignonne »6. Cette enfant triste subvient aux besoins de sa famille en se prostituant, avec le « soutien » de sa maman… Elle opère dans le IXe arrondissement, où Pigalle, au nord, et l’Opéra, au sud, attirent la grande débauche parisienne ; le premier, sur le mode populaire, le second, sous les ors et les stucs des cafés mondains du boulevard des Italiens. Marie, chassée de l’Opéra, disparaît : on perd sa trace sur le trottoir.

Dans les tableaux de Forain, comme dans ceux de Degas qui fut son initiateur, les hommes sont vêtus de noirs ; tels de gros insectes, ils tournent autour des ballerines, s’illusionnant de leur pouvoir de séduction physique. Grand bourgeois réservé, artisan raffiné de la révolution dans l’art, sensible à la misère sociale et par ailleurs réactionnaire, méprisant le spectacle de la nature, Degas voulut saisir l’élégance de ses contemporains, le mouvement de leurs corps dans l’espace urbain, la grâce des chevaux de course, la splendeur fugace d’une tête féminine inclinée… Il vient au foyer de la danse pour y analyser la technique du ballet. Plus voyou, plus féroce, Forain suggère le sordide commerce de concupiscence et de chair fraîche qui se tient dans ce temple laïque. 

Forain-Le-Buffet-1884.jpg

Illustration :  Jean-Louis ForainLe buffet, 1884

La biographie d’un homme comporte des zones d’ombre, et apporte son lot de déceptions à ses admirateurs, voire à ses proches. Celui que Rimbaud et Verlaine surnommaient Gavroche fut, lors de l’affaire Dreyfus, un antisémite virulent. Allié à Caran d’Ache, il fonda le journal Psst, où il dénonçait le « péril juif » avec un terrible entrain.

 

Cela ne doit pas vous décourager ; pressez le pas jusqu’au Petit Palais, un grand peintre vous y attend !

 

Jean-Louis Forain, La comédie parisienne, Petit Palais, Paris 75008. Jusqu’au 5 juin 

 

 

  1. John Ruskin, Les sept lampes de l’architecture 
  2. Louis-Napoléon Bonaparte, Extinction du paupérisme
  3. En passant, on notera qu’il aura fallu un maire et ses adjoints « socialisants », pour accélérer la désertion de la capitale française par sa population pauvre, voire par sa classe moyenne ! 
  4. telle Liane de Pougy, courtisane fameuse, née Anne-Marie Chassaigne : devenue princesse Ghika par mariage, elle s’éteint, dans la paix du Seigneur, sous le nom de Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence (1869-1950) 
  5. Honoré de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes
  6. Guillaume Apollinaire, Marizibill

lire ce que Patrick Mandon nous a déjà confié ici

 

 

 


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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 07:00

 

La luxure d’un fauve

 

Kees Van Dongen, le demi-mondain

 

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Le Coquelicot, 1919 photo : centralasian

 

 

Après des années de purgatoire, le temps de Van Dongen est venu. Il faut dire que sa biographie comporte quelques épisodes mauvais genre, comme sa grande rétrospective à la Galerie Charpentier, en 1942, où l’on vit Mme Otto Abetz, vêtue, à son habitude, sans sobriété. Surtout, il fut du « maudit voyage» en compagnie du sculpteur Despiau, mais aussi de Vlaminck et de Derain, avec lesquels il s’était lié d’amitié, trente ans auparavant, à la fameuse Revue blanche, où l’avait introduit Félix Fénéon (1).  À Berlin, dans l’atelier d’Arno Breker, les trois compères, que les nazis auraient fort bien pu ranger parmi les représentants de l’art « dégénéré », feignirent d’admirer les gigantesques athlètes néo-grecs de ce Michel-Ange pour Reich crapuleux. À la Libération, Van Dongen paya cher ce déplacement déplacé.

 

Cela dit, Van Dongen ne fut pas seulement un homme comme les autres, mais un artiste unique et novateur. Il est temps d’oublier le premier pour célébrer le second.

 

Il se disait nul en tout, excepté dans l’art de peindre. D’ailleurs, il préférait parler de vice plutôt que de vocation. Né dans une famille de la petite bourgeoisie, en 1877, à Delfshaven, une bourgade hollandaise située au bord de la Meuse, entre Delft et Rotterdam, sans diplôme ni qualification, il n’aime que Rembrandt. Bien plus tard, se proclamant sans dieu ni maître, il prétendra n’avoir jamais pris de leçon et ne se reconnaîtra qu’un don, celui de la caricature. À la vérité, il s’inscrivit à l’Académie royale de dessin. Étudiant, il traîne dans les quartiers mal famés de Rotterdam où les marins serrent d’un peu près le corps las des dames rompues aux servitudes. Il arrive à Paris, pour la première fois, sans un sou en poche, le 12 juillet 1897. Le 14, il danse dans les rues. Les journées sont ensoleillées, les nuits douces ; il dort sur les « fortifs ».

 

Son séjour ne devait pas excéder trois jours : il repartira en Hollande un an plus tard. Pour quelques francs, il croque les enfants et leurs mères dans les squares. Aller-retour en Hollande, puis installation définitive à Paris : il s’enivre de cette ville absolue, traîne près des baraques de foire, découvre des formes, des lumières, des êtres insouciants, gais, quoique misérables. Il s’installe dans le « maquis » (c’était alors la campagne) de Montmartre. Au Bateau-lavoir, une bâtisse en planches peuplée de peintres et de clochards, il rencontre Picasso et toute la bohème : « C’est ici que j’ai appris à vivre. » Grand, mince, blond, beau gosse, affamé, il se glisse dans la coulisse du plaisir, se faufile dans les rangs des citoyens interlopes. Il observe, il se souvient, il peint. Il a laissé derrière lui l’austérité protestante de la Hollande pour se jeter dans la fête parisienne : « Van Dongen avait besoin de Paris », écrit André Siegfried.

 

On le connaît, puis on le reconnaît ; l’époque est favorable aux nouveaux talents. Il entre chez les Bernheim-jeunes : le voilà « lancé ». Peintre de la mondanité, certes, mais son trait audacieux, sa patte insolente rompent avec la tradition du portrait flatteur : « Mes clientes n’étaient pas toujours satisfaites du résultat. » Il peint les belles épouses des hommes riches, les noceurs, les artistes, les clowns, les lutteuses, et même Anatole France, suscitant l’effroi des lecteurs de ce dernier, qui jugent ses traits vieillis et sa silhouette rabougrie attentatoires à la dignité de l’écrivain.

 

Il peint comme il désire, il peint parce qu’il désire ; ses aplats violents, sa palette primitive font surgir l’énergie sensuelle. Comme saisi par sa fureur fauve, rehaussé de ses éclats expressionnistes, le corps féminin s’offre sans pudeur.

 

La Parisienne de Van Dongen n’est-elle pas l’héritière de celle de François Boucher qui, sous Louis XV, en imagina le modèle ? De l’une à l’autre, plus d’un siècle d’offrande charnelle, de péché souriant et pardonné, plus d’un siècle de fièvre, de postures aimables, joliment provocantes, de tendres pièges tendus et déjoués, de comédie des sentiments, d’enlacements perdus et toujours recommencés, plus d’un siècle d’exercice du plaisir définitivement français. Innocente des crimes passés, ignorante des crimes à venir, elle confie le soin de son allure, de son rythme, en un mot de sa métamorphose, à la peinture, à la poésie, à la musique. Sous la lumière d’une lampe, elle attend l’amour, en devance les caresses, en mime les contorsions, anticipe ses joies. Elle a le ventre rond, les cuisses pleines, les seins fermes, les yeux fardés de noir intense ; son corps est chargé d’électricité, d’« érotricité ».

 

La « manière » de Van Dongen se fonde sur l’affolante vigueur de la vie : elle en suggère, dans une vision presque foraine, l’éblouissant scandale.

 

 

 

 

(1)En novembre 1941, la propagande culturelle allemande organise un « voyage d’études » destiné aux artistes des beaux-arts (il y en eut également pour les comédiens, pour les écrivains). La délégation française compte des noms prestigieux : Paul Landowski pour la musique, Othon Friesz, Charles Despiau, Henri Bouchard, Paul Belmondo pour la sculpture, Kees Van Dongen, Maurice de Vlaminck, André Derain, pour la peinture. Les Français firent halte dans plusieurs villes avant de gagner Berlin, où les attendait Arno Breker, le sculpteur du régime. Il ne s’agissait nullement d’artistes ratés, qui auraient pu voir dans la Collaboration le moyen de gagner une reconnaissance. Au final, ils furent les dupes d’une opération dont ils ne comprirent pas la finalité.

 

 


« Van Dongen, fauve, anarchiste et mondain », Musée d’art moderne de la Ville de Paris,

11, avenue du Président Wilson, Paris 16e. Du vendredi 25 mars au dimanche 17 juillet 2011.


 

 

 Publié le 23 avril 2011 dans la revue Causeur. © Patrick Mandon. Avec son aimable autorisation. Qu'il soit ici chaleureusement remercié.

 

 



Note :
Kees Van Dongen, de son vrai nom Cornelis Théodorus Marie van Dongen est un peintre néerlandais né le 26 janvier 1877 à Delfshaven, dans la banlieue de Rotterdam (Pays-Bas). Il mourut, à l'âge de 91 ans, le 28 mai 1968 à Monaco.
On peut voir d'autres toiles ici

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 07:59

 

Nous avions déjà eu le plaisir de publier un texte de Patrick Mandon, intitulé Laurent Fabius, florentin sans emploi. 

Il a bien voulu nous autoriser à publier l’article qui suit. Il s'inscrit dans le cadre de l'information brute et sans aucun commentaire que nous avions donnée,  le 25 janvier dernier : G.Pepy reconnaissait le rôle de la S.N.C.F. dans la Shoah.

 


 

 

 

 

« C'est un texte un peu vif, le reflet de mon humeur, maussade, de mon agacement. Une fois de plus, une fois de trop selon moi, notre pays, la France, est reconnue complice, par l'une de ses éminences, du plus grand crime du XXe siècle.
Il est juste et nécessaire qu'une grande nation ose interroger, sans ménagement, ses actes passés. Est-il indispensable de faire de cet exercice de lucidité un appareil d'accablement ? Nuageneuf a souhaité publier ces quelques lignes. Quand on aura rappelé qu'elles parurent d'abord dans le mensuel Causeur, on en aura dit l'essentiel. » P.Mandon



La coulpe est pleine ou la France vient de perdre la bataille du rail

Patrick Mandon


Guillaume Pepy, président de la SNCF, l'a reconnu : son entreprise fut « […] un rouage de la machine nazie d'extermination »
. La France, 1000 ans de civilisation, Descartes, Pascal, Pasteur, Bernard Tapie, Madame Claude, Frédéric Mitterrand… Toute cette gloire, cette intelligence, ce prestige, pour finir en « rouage », en pièce secondaire mais essentielle du grand crime racial commis contre les Juifs !
 

On ne veut rien savoir des cheminots collés contre un mur, des garçons de vingt ans tués d'une balle dans la nuque ou achevés à coups de crosse, des mères de famille dissimulant de faux papiers dans le berceau de leur bébé, des prêtres déportés pour avoir caché des réprouvés, des martyrs anonymes, du beau visage d'un préfet réduit à une bouillie de glaire et de sang, d'un général emportant, pour seul bagage, l'esprit de chevalerie, des cent vingt huit pêcheurs de l'île de Sein répondant à l'appel du 18 juin, des concierges et de simples flics courant dans les étages pour avertir les locataires d'une prochaine descente de police et de gestapo…    
 

On veut un peuple bourrelé de remords, épuisé, à la fin, par d’incessants allers-retours à Canossa, un peuple de coupables, contraints à la repentance toujours réactivée… Un peuple privé de souvenirs, mais qui doit accomplir son devoir de mémoire.
Coupables, les descendants, les héritiers, les bâtards de ce peuple jadis débonnaire, qui prenait les trains de la SNCF pour se rendre à la campagne, ou au bord de la mer ! Tous punis ! Tous bannis ! Tous criminels contre l’humanité ! Tous inhumains !
 

Français, salauds, les peuples auront votre peau : vous l’avez si douce, la peau, si fine, si délicate ! Vos hommes aux cheveux crantés, vos femmes en bas de soie… Tous des crapules, toutes des putains, prêts à se vendre pour un croissant-café, une nuit au chaud, une soirée au champagne. Et vos bus parisiens, pendant la grande rafle de juillet 1942, à quoi ont-ils servi ? Et vos wagons à bestiaux, vos trains de marchandise, qu'allaient-t-ils livrer, après un voyage d'effroi absolu ? Dans La traversée de Paris, Gabin vous qualifiait vertement: «Salauds de pauvres !». Il était en deçà de votre sinistre réalité : vous êtes de pauvres salauds ! Français, vous êtes le péché de Dieu, son remords éternel ! Vous êtes l'ultime hoquet de Jésus sur sa croix… La France est une fantaisie lamentable, imaginée un soir de beuverie par un esprit immature et cruel, un démon secondaire mais ambitieux, qui voulait concurrencer l'Enfer…   

France, puissance moyenne gavée de tranquillisants, tu pensais peut-être que tu allais vendre ta belle technologie en Amérique ? Mais même les Chinois t'ont donné une leçon de morale (1) ! C'est bien fait ! Depuis le temps que tu les em… avec un demi-dieu tibétain toujours hilare, habillé d'un rideau décroché d'une tringle !
Bientôt, on ne dira plus SNCF, mais TGV : ça va plus vite, et ça n'engage pas l'honneur national !

 

(1) Août 2010  : la police française cerne des camps de Roms, regroupe puis expulse des femmes, des enfants, des hommes, des vieillards. Les Chinois inversent alors les rôles traditionnellement impartis : d'accusés, ils se font accusateurs. Dans un article plus malicieux qu'indigné, le Quotidien du peuple tance sévèrement la patrie des Droits de l'homme : « Le rapatriement des Roms ternit l'image de la France ». Le journal informe ses lecteurs de la terrible condition des Tziganes pendant la Seconde guerre mondiale, puis prend un malin plaisir à placer les compatriotes de Victor Hugo devant leurs contradictions. Les membres du Comité central en rient encore !


Addendum : en septembre, le gouverneur de la Californie, Arnold Terminator Schwarzenegger, visitant l'exposition universelle de Shangaï, s'émerveille des avancées technologiques du grand peuple Chinois. Emporté par son élan, il lui suggère de participer à l'appel d'offres lancé par son État, relatif à la construction d'un train à grande vitesse. Pékin avait évoqué, comme en passant, quelque temps auparavant, la responsabilité de la SNCF dans le transport des Juifs vers la nuit et le brouillard… Nous aurons perdu l'honneur et les marchés : dans dix ans, nous roulerons à bicyclette et nous fabriquerons à bas coût les chemises et les chaussures de la classe moyenne chinoise.

 




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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 04:14

Laurent Fabius, Florentin sans emploi

Publié le 2 septembre 2010 

Les temps que nous vivons sont cruels. Ils favorisent les seconds rôles replets ou les énervés revanchards. Vous avez aimé Nicolas ? Vous adorerez DSK. Ce dernier, plus éloigné qu’absent, représenté à Paris par les plus roués des apparatchiks socialistes, laisse à des sondages flatteurs le soin de lui fabriquer un personnage. Quand il s’installera à l’Élysée, rien ne changera, à l’exception des silhouettes du président et de la première dame, beaucoup moins fluettes que celles de leurs prédécesseurs.
Les deux meilleurs de la classe politique, ceux qui dominent tous les autres par leur intelligence et leur culture, ces deux-là, quand ils disparaîtront prématurément de la scène, auront sans doute en commun une profonde mélancolie. Alain Juppé cèdera-t-il enfin à la tentation de Venise ? Et Laurent Fabius, abandonnant celle de Florence, donnera-t-il des conférences sur l’art et le mobilier français des XVIIIe et XIX siècles?

Quoi qu’il en soit, ce dernier, en signant un livre1 dans lequel il manifeste une brillante admiration pour douze peintres français, accomplit un coup d’éclat. Cet homme compliqué plus encore que complexe, trop longtemps serviteur de son maître, calculateur et malhabile, gouverné par des émotions au moins égales à sa raison, ami fidèle, haï par les siens, détesté par les autres, moqué quelques fois, ridicule aussi, cruel toujours, merveilleusement servi par le sort et la nature, desservi par lui-même, n’aura démontré, qu’une ruse vaine alors qu’il possédait le don de convaincre et de partager. Quand il parle d’art, il parle d’or : son discours est d’un fin connaisseur, d’un admirateur sincère et compétent. Nous y reviendrons.

Pour l’heure, nous trouvons piquant cet autoportrait biaisé, dans l’entretien qu’il a accordé au Point : «[Gustave Caillebotte] avait tout contre lui. Pensez-donc : bourgeois, mécène envers ses amis impressionnistes, sportif, rendant service à chacun. Et, en plus, un talent extraordinaire ! Comment voulez-vous plaire dans ces conditions ?»

  1. Laurent Fabius, Le cabinet des douze, regards sur des tableaux qui font la France, Gallimard

 

Nous remercions vivement Patrick MANDON, auteur de cet admirable portrait de L.Fabius, de nous avoir accordé l'autorisation de le publier ici.

pmandon
Patrick Mandon se définit ainsi"Né à Paris, il n’est pas pressé d’y mourir, mais se livre tout de même à des repérages dans les cimetières (sa préférence va à Charonne). Feint souvent de comprendre, mais n’en tire aucune conclusion. Par ailleurs éditeur-paquageur, traducteur, auteur, amateur, élémenteur."

 

Il tient un blog particulièrement attachant : http://touslesgaronssappellentpatrick.blogspot.com/

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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