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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 06:09

 

 

 

 

Le Hareng saur est un poème de Charles Cros. Déjà célèbre en son temps, ce poème humoristique composé en 1872 est encore aujourd'hui très connu pour avoir été appris par cœur et récité par des générations d'écoliers.

 

Le poème a pour origine une histoire que Charles Cros raconta un soir à son fils pour le faire dormir. 

 

Charles Cros lisait régulièrement ses poèmes en public, aussi bien chez des particuliers que dans des cafés ou des cabarets.

C'est au cours de l'une de ces lectures, que le comédien Coquelin cadet eut la révélation d'un genre nouveau, appelé tout simplement « monologue », qui allait faire fureur dans les années 1880. Et Coquelin cadet rédigea les commentaires sur l’art de le dire.

 

Ces conseils seront suivis à la lettre par Jean-Marc Tennberg qui fit découvrir par le biais de la télévision ce poème à une nouvelle et vaste audience. C’était dans les années 1960. (Malheureusement, impossible de trouver un enregistrement et encore moins de vidéo de ce poème récité par Jean-Marc Tennberg. Pas même sur le site de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel). On rappellera enfin qu'à l'époque, sur la seule chaîne existante, Jean-Marc Tennberg récitait un poème chaque jour avant le journal télévisé... O tempora...


 

 

 

 

 

 

 

Voici donc le texte du poème de Charles Cros en rouge, les conseils de récitation de Coquelin cadet en noir, à la suite de chaque vers.

 

Le Hareng saur

 

Criez Le Hareng saur  d'une voix forte. Ne bougez pas le corps, soyez d'une immobilité absolue. En disant ce titre, il faut que le public ait le sentiment d'une ligne noire se détachant sur un fond blanc.

 

Il était un grand mur blanc — nu, nu, nu,

 

Qu'on sente le mur droit, rigide, et comme il serait ennuyeux et aussi monotone que cela, rompez la monotonie : allongez le son au troisième nu, cela agrandit le mur, et en donne presque la dimension à ceux qui vous écoutent.

 

Contre le mur une échelle — haute, haute, haute,

 

Même intention et même intonation que pour la première ligne, et pour donner l'idée d'une échelle bien haute, envoyez en voix de fausset (note absolument imprévue) le dernier mot haute, ceci fera rire et vous serez en règle avec la fantaisie.

 

Et, par terre, un hareng saur — sec, sec, sec.

 

Indiquez du doigt la terre, et dites hareng saur sec avec une physionomie pauvre qui appelle l'intérêt sur ce malheureux hareng, la voix sera naturellement très sèche pour dire les trois adjectifs sec, sec, sec.

 

Il vient, tenant dans ses mains — sales, sales, sales,

 

Soutenez la voix et qu'on sente le rythme dans les autres strophes comme dans la première. Il c'est le personnage, on ne sait pas qui c'est Il. Qu'on le voie, montrez-le, cet Il qui vous émeut, vous acteur, et peignez le dégoût qu'inspire un homme qui ne se lave jamais les mains en disant sales, sales, sales.

 

Un marteau lourd, un grand clou — pointu, pointu, pointu,

 

Baissez une épaule comme si vous portiez un marteau trop lourd pour vous, et montrez le clou, en dirigeant l'index vers les spectateurs et appuyez bien sur pointu, pointu, pointu pour que le clou entre bien dans l'attention générale.

 

 

Un peloton de ficelle — gros, gros, gros.

 

Écartez les mains, éloignez-les des hanches par degré à chaque gros, gros, gros. Il est chargé, un marteau lourd, un grand clou pointu, et un énorme peleton, ce n'est pas peu de chose, il faut montrer cette charge sous laquelle ploie le pauvre.

 

Alors il monte à l'échelle — haute, haute, haute,

 

Même jeu pour les haute que précédemment, la note aiguë à la fin, cette insistance peut faire rire. Musical.

 

 

Et plante le clou pointu — toc, toc, toc,

 

Gestes d'un homme qui enfonce un clou avec un marteau, faire résonner les toc avec force, sans changer le son.

 

Tout en haut du grand mur blanc — nu, nu, nu.

 

Gardez le ton de voix très solide, allongez de nouveau le dernier nu, et faites un geste plat de la main pour montrer l'égalité du mur.

 

Il laisse aller le marteau — qui tombe, qui tombe, qui tombe,

 

Baissez le diapason par degré pour donner l'idée d'un marteau qui tombe. Vous regardez le public au premier qui tombe, aussi au second vous envoyez un regard par terre avant le troisième, et un autre regard au public en disant le troisième qui tombe et attendez l'effet qui doit se produire.

 

Attache au clou la ficelle — longue, longue, longue,

 

Allongez par degré le son sur longue, et que le dernier longue soit d'une longueur immense, un couac au milieu de l'intonation finale donnera un ragoût très comique au mot.

 

Et, au bout, le hareng saur — sec, sec, sec.

 

Appuyez d'un air de plus en plus piteux sur le troisième sec.

 

L'emporte avec le marteau — lourd, lourd, lourd,

 

Pliez sous le faix en vous en allant. Vous êtes brisé, vous n'en pouvez plus, ce marteau est très lourd, ne l'oubliez pas.

 

Et puis, il s'en va ailleurs — loin, loin, loin.

 

Graduez les loin, au troisième vous pourrez mettre votre main comme un auvent sur vos yeux pour voir Il à une distance considérable, et après l'avoir aperçu là-bas, là-bas, vous direz le dernier loin.

 

Et, depuis, le hareng saur — sec, sec, sec,

 

De plus en plus pitoyable.

 

Au bout de cette ficelle — longue, longue, longue,

 

Allongez d'un air très mélancolique la voix sur les longue, toujours avec couac ; ne craignez pas, c'est une scie.

 

Très lentement se balance — toujours, toujours, toujours.

 

Bien triste. Et geste d'escarpolette à toujours, toujours, toujours. Terminez bien en baissant la voix le troisième toujours, car le récit est fini. La dernière strophe n'est pour l'auditoire qu'un consolant post-scriptum.

 

J'ai composé cette histoire — simple, simple, simple,

 

Appuyez sur simple, pour faire dire au public : « Oh ! oui ! simple ! »

 

Pour mettre en fureur les gens — graves, graves, graves,

 

 

Très compassé; qu'on sente les hautes cravates blanches officielles qui n'aiment pas ce genre de plaisanterie. Ouvrez démesurément la bouche au troisième grave, comme un M. Prudhomme très offensé.

 

Et amuser les enfants — petits, petits, petits.

 

 

Très gentiment avec un sourire, baissez graduellement la main à chaque petits pour indiquer la hauteur et l'âge des enfants. Saluez et sortez vite.

 

 

 

 

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 06:02

 

 

 

Sous le charme tant de sa calligraphie que de ses talents de dessinateur, nous avons contacté Olivier MARSAN pour lui demander de nous autoriser à publier certains de ses travaux qui nous régalent. 

 

Olivier MARSAN :

"J'enseigne en maternelle (école Jean Jaurès) près de Bordeaux en Moyenne Section. 

Il m'arrive parfois de douter du bien fondé de mon travail - est-ce une bonne chose de mettre des images sur des mots et de dénaturer  l'intention initiale du poète en tirant la couverture à moi ? -."

 

NUAGENEUF :

"Oui !"

 

 

CROS-Matin-de-decembre.jpg

Cros.-Matin-de-dec.-illustr-jpg

 

Cros-suite.jpg

©OlivierMarsan

 

 

 


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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 07:55

 

 

Je ne vous ferai pas de vers

 

 

Je ne vous ferai pas de vers,

Madame, blonde entre les blondes,

Vous réduirez trop l'univers,

Vous seriez reine sur les mondes.

         

Vos yeux de saphir, grands ouverts,

Inquiètent comme les ondes

Des fleuves, des lacs et des mers

Et j'en ai des rages profondes.

       

Mais je suis pourtant désarmé

Par la bouche, rose de mai,

Qui parle si bien sans parole,

         

Et qui dit le mot sans pareil,

Fleur délicieusement folle

Eclose à Paris, au soleil.

 

 

Charles CROS.

 

 

 

anthropometries.jpg

...Vos yeux de saphir, grands ouverts, 

 

 

Yves Klein. Anthropométries, 1960.

 


 


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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 06:43

 

 

Transition

 

                            

À Édouard Manet.

 

 

Le vent, tiède éclaireur de l’assaut du printemps,

Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches.

La pluie et le soleil, le calme et les autans,

Les bois noirs sur le ciel, la neige en bandes blanches,

Alternent. La nature a comme dix-sept ans,

Jeune fille énervée, oscillant sur ses hanches,

Riant, pleurant, selon ses caprices flottants.

 

Pas encor le printemps, mais ce n’est plus l’hiver.

Votre âme, ô ma charmante, a ces heures mêlées.

Les branches noires sont pleines d’un brouillard vert.

Les mots méchants et les paroles désolées,

Sur vos lèvres, bouton d’églantine entrouvert,

Cessent à mes baisers. Ainsi les giboulées

Fondent, et le gazon s’émaille à découvert.

 

Votre moue est changée en rire à mes baisers,

Comme la neige fond, pâle retardataire,

Aux triomphants rayons du soleil. Apaisés,

Vos yeux, qui me jetaient des regards de panthère,

Sont bien doux maintenant. Chère, vous vous taisez

Comme le vent neigeux et froid vient de se taire.

Votre joue et le soir sont tièdes et rosés.

 

Charles CROS  

Le coffret de santal, 1873.

 

 

 

 

Le-balcon-manet-1868-1869.jpg

...Chère, vous vous taisez...

Edouard MANET.

 Le balcon, 1868-1869,

On notera la combinaison du jeu sur l'espace et l'éclairage, pas de clair-obscur : toute la lumière est en avant du tableau, toute l'ombre est de l'autre coté.

Les trois personnages se tiennent à la limite ombre/lumière, intérieur/extérieur, vie/mort.

 


Le Balcon inspirera 90 ans plus tard René Magritte !

 

Le-balcon-de-Manet-1950-magritte.jpg

René Magritte.

Le balcon de Manet, 1950.

 


 

Relire les poèmes et textes de Charles Cros déjà publiés ici

 

 


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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 07:26

#496

 

 

 

 

Conclusion

                           

À Maurice Rollinat.

 

J’ai rêvé les amours divins,

L’ivresse des bras et des vins,

L’or, l’argent, les royaumes vains,

 

Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.

Parmi les sentiers amusants

Nous irions sur nos alezans.

 

Il est loin le temps des aveux

Naïfs, des téméraires vœux !

Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux.

 

Les âmes dont j’aurais besoin

Et les étoiles sont trop loin.

Je vais mourir soûl, dans un coin.

 

Charles CROS in Le coffret de santal.

 


 

 

Camille Claudel La Valse]

J'ai rêvé les amours divins...

 

 


Illustration : Camille CLAUDEL. La Valse, 1892.

 

      Camille Claudel réalise La Valse en 1892 lorsque Rodin est en train de la quitter après  dix ans d'une passion compliquée, faite d'admiration et d'inspiration réciproques. Entrée à 19 ans dans l'atelier du maître, Camille Claudel aura attendu cette rupture pour s'émanciper.

La Valse est la pièce qui marque cet affranchissement.
Oeuvre aux nombreuses variantes, élaborée sur plusieurs années, La Valse a d'abord montré les personnages nus. Mais, face au scandale, ils furent (partiellement) habillés. Malgré cela, la sculpture ne sera jamais exécutée en marbre : "Cette oeuvre ne peut être acceptée (…). Le violent accent de réalité qui s'en dégage lui interdit, malgré son incontestable valeur, une place dans une galerie ouverte au public. Le rapprochement des sexes est rendu avec une surprenante sensualité d'expression qui exagère considérablement la nudité absolue de tous les détails humains", peut-on lire dans un rapport des Beaux-Arts.

 

Valse, vague, volée alanguie ? L'homme retient encore par la taille sa bien-aimée. Mais jusqu'à quand ? Elle s'abandonne. Le visage plongé dans le cou de son amant, ses yeux sont cachés. Son buste ploie comme sous l'effet du vent. Où l'emmène-t-il dans ce mouvement ? 

 

 



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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 07:00

#488

 


 

La publication du poème assez méconnu de Verlaine, Voeu, avait suscité quelque enthousiasme à l'évocation de ce très beau mot friandise : Oaristys. Le "pauvre" Charles Cros savait lui aussi goûter ce mot, comme nous l'a aimablement signalé une lectrice très passagère, Lyre. Nous l'en remercions.


Sonnet d'Oaristysmucha am thyste

 

 

 

Tu me fis d’imprévus et fantasques aveux
Un soir que tu t’étais royalement parée
Haut coiffée, et ruban ponceau dans tes cheveux
Qui couronnaient ton front de leur flamme dorée.

Tu m’avais dit « Je suis à toi si tu me veux » ;
Et, frémissante, à mes baisers tu t’es livrée.
Sur ta gorge glacée et sur tes flancs nerveux
Les frissons de Vénus perlaient ta peau nacrée.

L’odeur de tes cheveux, la blancheur de tes dents,
Tes souples soubresauts et tes soupirs grondants,
Tes baisers inquiets de lionne joueuse

M’ont, à la fois, donné la peur et le désir
De voir finir, après l’éblouissant plaisir,
Par l’éternelle mort, la nuit tumultueuse.
 
Charles Cros in  Le Coffret de santal


 

      Illustration : Dans l'Art nouveau, Alphonse Mucha (1860-1939) est un des pionniers d'une nouvelle forme d'expression, l'affiche. L'image devient très colorée, comme ci-dessus, cette séduisante jeune femme L'Améthyste, qui appartient à la série des "Pierres précieuses".


 

 Cros (1842-1888)

 

 

 

Nous avions évoqué Charles Cros, en donnant le célèbre Hareng saur, qu'on retrouvera ici. Quelques repères complémentaires sur Charles,     dont le grand père, Antoine Cros, était “professeur de belles lettres” et traducteur de Théocrite. Charles Cros l'évoque en quelques vers :


Vous faisiez des vers très doux
D'après le doux Théocrite
L'Oaristys ! C'est de vous
Qu'en faisant ces vers, j'hérite.


Fils d'un docteur en droit et philosophe, qui dirige les humanités de son fils, Charles Cros (1842-1888) entreprend des études de médecine qu'il n'achève pas. Il rencontre alors Nina de Villard, qui devient sa maîtresse : la jeune femme reçoit dans son salon de jeunes artistes dont beaucoup se rallieront à la Commune. Pendant le Siège de Paris, en 1870, Verlaine l'héberge et lui fait rencontrer Rimbaud. Humaniste, il s'intéresse aussi bien aux sciences qu'à la poésie. Lors de l'exposition universelle de 1867, il expose un télégraphe automatique. Il écrit alors :

Comme les traits dans les camées
J’ai voulu que les voix aimées
Soient un bien, qu’on garde à jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l’heure trop brève
Le temps veut fuir, je le soumets

La même année, il travaille à un projet de reproduction des couleurs, des formes et des mouvements. Il pressent le cinéma, le journal parlé. Parallèlement, il fait ses débuts poétiques dans “L' Artiste” en 1869. Son recueil Le coffret du Santal paraît en 1873. En 1874, il est pour un temps rédacteur en chef de “La Revue du monde nouveau”, et publie Le Fleuve, avec des eaux-fortes de Manet. Jusqu'à la fin de sa vie, il continue à collaborer à diverses revues, et écrit de nombreux monologues, dont peu sont publiés. A sa mort en 1888, la plus grande partie de son oeuvre reste inédite.



 


« On meurt d'avoir dormi longtemps. Avec les fleurs, avec les femmes. »

Un émouvant aphorisme de Charles CROS dans Le coffret de santal.

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 18:18

...Où il est question de chat et d'oaristys...

Soupir poétique et musical, nécessaire

quand des bruits de barbes s'entendent

chaque jour un peu plus fort. L.A. 

 

Berceuse

 

Endormons-nous, petit chat noir.

Voici que j'ai mis l'éteignoir

       Sur la chandelle.

Tu va penser à des oiseaux

Sous bois, à de félins museaux...

       Moi rêver d'elle.

 

Nous n'avons pas pris de café,

Et, dans notre lit bien chauffé

       (Qui veille pleure)

Nous dormirons, pattes dans bras.

Pendant que tu ronronneras,

       J'oublierai l'heure.

 

Sous tes yeux fins, appesantis,

Reluiront les oaristys

       De la gouttière.

Comme chaque nuit, je croirai

La voir, qui froide a déchiré

       Ma vie entière.

 

Et ton cauchemar sur les toits

Te diras l'horreur d'être trois

       Dans une idylle.

Je subirai les yeux railleurs

De son faux cousin, et ses pleurs

       De crocodile.

 

Si tu t'éveilles en sursautchat-NYC.jpg

Griffé, mordu, tombant du haut

       Du toit, moi-même

Je mourrai sous le coup félon

D'une épée au bout du bras long

       Du fat qu'elle aime.

 

Puis, hors du lit, au matin gris,

Nous chercherons, toi, des souris,

       Moi, des liquides

Qui nous fassent oublier tout,

Car, au fond, l'homme et le matou

       Sont bien stupides.

 

 


 

 

Illustration :     Sempé à New-York. Editions Martine Gossieaux-Denoël -  oct. 2009

 

 

 


 

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 08:11

 

 

Sidonie a plus d'un amant 

 

Sidonie a plus d'un amant
C'est une chose bien connue
Qu'elle avoue elle fièrement
Sidonie a plus d'un amant

Parce que pour elle être nue
Est son plus charmant vêtement
C'est une chose bien connue
Sidonie a plus d'un amant

Elle en prend à ses cheveux blonds
Comme à sa toile l'araignée
Prend les mouches et les frelons
Elle en prend à ses cheveux blonds

Vers sa prunelle ensoleillée
Ils volent pauvres papillons
Comme à sa toile l'araignée
Elle en prend à ses cheveux blonds

Elle les mène par le nez
Comme fait dit-on le crotale
Des oiseaux qu'il a fascinés
Elle les mène par le nez

Quand dans une moue elle étale
Sa langue à l'allure étonnée
Comme fait dit-on le crotale
Elle les mène par le nez

Elle en attrape avec les dents
Quand le rire entrouvre sa bouche
Et dévore les imprudents
Elle en attrape avec les dents

Sa bouche quand elle se couche
Reste rose et ses dents dedans
Quand le rire entrouvre sa bouche
Elle en attrape avec les dents

Sidonie a plus d'un amant
Qu'on le lui reproche ou l'en loue
Elle s'en moque également
Sidonie a plus d'un amant

Aussi jusqu'à ce qu'on la cloue
Au sapin de l'enterrement
Qu'on le lui reproche ou l'en loue
Sidonie aura plus d'un amant

 

      Charles CROS in Le Coffret de santal

 

 

 

 

 

 

 

Le poème chanté par Brigitte Bardot. La musique est de Y.Spanos et Jean-Marie Rivière. (1962)    


 
Et voici, grâce soit rendue aux soins attentionnées de P.Mandon, un extrait du film Vie Privée, de Louis Malle en 1962 : le premier couplet du poème chanté par Brigitte Bardot.

Alphonse Allais reste le plus fidèle défenseur de la mémoire de son ami. Il l'aimait.

Lors d’un éloge funèbre qu’il lui consacre dans le cabaret Le Chat noir le 18 août 1888, il dit :

“Notre pauvre ami Charles Cros est mort. Le connaissant bien, je l’aimais beaucoup, et, quoique le sachant malade et affaibli depuis longtemps j’ai été douloureusement stupéfié de sa mort si brusque.

Pauvre Cros ! Je le revois encore le jour où je le rencontrai la première fois. C’était, si je ne me trompe, en 76… J’avais lu dans Le Rappel  une chronique scientifique de Victor Meunier, qui semblait un conte de fées.

Un jeune homme venait d’inventer un instrument bizarre qui enregistrait la voix humaine et même tous les autres sons, et qui non seulement en marquait les vibrations, mais reproduisait ces bruits autant de fois qu’on le voulait. L’instrument s’appelait le paléographe. La théorie en était d’une simplicité patriarcale. Le lendemain, grâce à mon ami Lorin, je connaissais Charles Cros, l’inventeur du merveilleux appareil dont M. Edison devait prendre le brevet, l’année suivante.

Charles Cros m’apparut tout de suite tel que je le connus toujours, un être miraculeusement doué à tous points de vue, poète étrangement personnel et charmeur, savant vrai, fantaisiste déconcertant, de plus ami sûr et bon. Que lui manqua-t-il pour devenir un homme arrivé, salué, décoré ? Presque rien, un peu de bourgeoisisme servile et lâche auquel sa nature d’artiste noble se refusa toujours. Il écrivit des vers superbes qui ne lui rapportèrent rien, composa en se jouant ces monologues qui firent Coquelin Cadet, eut des idées scientifiques géniales, inventa le phonographe, la photographie des couleurs, le photophone.”

Car son projet à lui n’a pu aboutir à un appareil concret. Ce serait la conséquence du conflit de conscience de l’épouse du “mécène” de Charles Cros, la duchesse de Chaulnes, car selon elle, “Dieu seul pouvait créer la parole et que c’était blasphémer terriblement que d’oser vouloir s’égaler à lui en essayant de faire croire à une puissance impossible.”

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