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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 06:00

 

patrick-besson.gifChaque semaine, dans Le Point, Patrick Besson livre un délicieux billet. Il vient de donner celui-ci pour célébrer à sa façon l'anniversaire de la mort du général de Gaulle. Une friandise...au énième degré!

 

 

 

 

 

 

Le billet

de PATRICK BESSON

Le Point - Publié le 07/11/2013

 

Par PATRICK BESSON

 

 

Tournée générale

 


Après qu'il eut quitté la présidence de la République française, le général de Gaulle, quand on lui demandait à quoi il occuperait désormais ses journées, répondait : "Je vais donner des conférences dans le monde entier, comme Eisenhower et Churchill. Ils m'ont toujours dit que c'était bien payé. Il y a une chose que je n'ai jamais eu le temps de faire quand j'étais président, contrairement à mes petits camarades du privé, c'est de l'argent. Maintenant que je suis délivré de mes obligations, c'est à cela que je vais consacrer mon temps et mes capacités : faire de l'argent. Du cash."

 

La première conférence eut lieu à Cuba, devant les cadres de l'administration fiscale de M. Castro. Le Lider maximo s'était offert à prix d'or - on parle de 50 000 pesos cubains, l'équivalent de 50 000 dollars américains, soit 246 500 francs, ou 24,65 millions d'anciens francs (1) - l'opinion de M. de Gaulle sur les impôts directs et indirects ainsi que les diverses taxes locales. Dès qu'il eut terminé son speech d'une demi-heure ("Communisme et fiscalité"), le Général monta dans le Boeing 320-B d'Air France, son siège en first étant évidemment à la charge de l'État cubain, et se rendit en Iran où le chah et la chabanou assistèrent à la conférence qu'il donna pour les patrons de l'industrie pétrochimique perse : "Économie et énergie". Il toucha, pour une intervention de quarante-cinq minutes, soit un peu plus longue que celle de Cuba, 1 million de rials, l'équivalent de 690 000 francs ou 69 millions d'anciens francs. Les finances de l'Iran étaient, est-il besoin de le préciser, en meilleur état que celles de Cuba. Néanmoins, remarqua le Général dans une interview parue dans le JDD peu après son retour en France, les Cubains mirent moins de temps à le régler que les Iraniens, ce qui confirmait, ajouta-t-il avec cette aimable malice qui le caractérisait dès qu'on abordait les questions financières, que les pauvres sont moins avares que les riches, ce qui explique du reste pourquoi ils sont pauvres.

 

Quittant Téhéran, le Général se rendit successivement à Istanbul ("Islam et progrès technique", 100 000 livres turques, soit 549 000 francs, ou 54,90 millions d'anciens francs), à Tokyo ("Riz et combat contre le cholestérol", 10 millions de yens, soit 136 000 francs, ou 13,60 millions d'anciens francs), à Athènes ("Fascisme et récession", 1 million de drachmes, soit 170 000 francs, ou 17 millions d'anciens francs). Rentré en France, il se retira à Colombey-les-Deux-Églises, non sans avoir eu auparavant un entretien avec ses trois agents de change, qui lui conseillèrent deux investissements en apparence contradictoires : l'immobilier et l'or. C'est ainsi que le Général, avec son million 695 000 francs, ou 169,50 millions d'anciens francs, se porta acquéreur d'un immeuble 1930 au centre de Clichy-sous-Bois. Avec ce qui lui restait de liquidités, il fit l'achat de plusieurs lingots d'or qu'il entreposa dans son coffre blindé, au sous-sol de la Boisserie.

 

Les EAU (Émirats arabes unis) se composent de sept émirats : Abu Dhabi, Dubai, Chardja, Fudjayra, Adjman, Umm al-Qaywayn et Ras al-Khayma. La conférence que le Général se proposait de faire à Port-Rachid, le plus grand port du monde ("Entente à sept", Bahreïn et le Qatar venant de prendre leur indépendance), n'eut malheureusement pas lieu suite au décès du conférencier, ce qui fit perdre une petite fortune à ses héritiers.

 

1. Le cours des monnaies est celui de la fin des années 60 (NdA).

 

©Patrick BESSON

 

 

 


 

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 14:31

 

 

Antisémitisme: les Juifs français parmi les plus inquiets d'Europe

De notre correspondant en Autriche, Blaise Gauquelin, publié le 08/11/2013 à  10:49

 

EXCLUSIF - En France, plus qu'ailleurs, les Juifs ont peur. Et désormais, c'est l'Europe qui l'affirme. En effet, une étude inédite de l'Agence européenne des droits fondamentaux (FRA), qui va faire du bruit, indique que dans l'Hexagone, les Juifs sont pessimistes sur leur avenir. En cause: l'islam radical. 


"À Paris, les parents disent à leurs enfants de ne pas mettre de kipa dans le métro ou sur les Champs-Élysées" souligne Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF).


85% des Juifs français estiment que l'antisémitisme est un problème dans leur pays, contre 66% au niveau européen. Ils sont 88% à en dénoncer la hausse depuis 5 ans, contre 76% sur le reste du continent. Et 46% d'entre eux pensent même à émigrer, parce qu'ils ne se sentent plus en sécurité chez eux, contre 29% ailleurs.  

 

Dans sa première étude comparative du genre, consultée en exclusivité par L'Express avant sa sortie, l'Agence européenne des droits fondamentaux (FRA), basée à Vienne, en Autriche, révèle une peur de l'antisémitisme en hausse dans toute l'Europe. Mais ce sont bien les Juifs de France qui semblent les plus inquiets pour leur avenir, la tuerie de Toulouse ayant renforcé leur sentiment d'insécurité. 

 

"On nous demande de nous disperser rapidement à la sortie de la synagogue, répond, par exemple, une Française interrogée. D'ailleurs, on doit se protéger avec des forces spéciales de sécurité, or il me semble que ce n'est pas quelque chose qui est nécessaire à la sortie des églises, des temples ou des mosquées."  

 

La FRA a enquêté en ligne, en septembre et octobre 2012, interrogeant près de 6.000 Juifs dans huit pays, représentant environ 90% de la population juive de l'Union européenne. 1.192 Français ont répondu à ses questions. Elle va présenter ses résultats, qu'elle juge très inquiétants, aujourd'hui à Vienne, à la veille des 75 ans de la "nuit de cristal", organisée par les nazis contre les Juifs. 

 

"Ce rapport ne fait que confirmer ce que je ressens depuis quelques années, commente, accablé, Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF) et vice-président du Congrès juif mondial. Les Juifs se promènent à Londres ou à Berlin sans soucis, mais à Paris, les parents disent à leurs enfants de ne pas mettre de kipa dans le métro ou sur les Champs-Élysées." 

 

Dans l'Hexagone, selon les personnes interrogées, les commentaires les plus fréquents effectués sur des Juifs par des non juifs sont : "Israël se comporte comme les nazis envers les Palestiniens" et "les Juifs ont trop de pouvoir en France (économie, médias, politique)".  

 

Pour éviter d'être confrontés aux préjugés, 74% d'entre eux disent renoncer parfois à porter des signes distinctifs, tels que la kipa (contre 68% dans le reste de l'Europe). Plus grave, ils sont 10% à affirmer avoir déjà subit des violences physiques ou des menaces de violence (7% ailleurs). Les trois quarts des Juifs français estiment que le conflit israélo-arabe a un impact négatif sur leur vie quotidienne (contre 40% en Europe). 

 

L'antisémite n°1: l'islamiste radical

Quand on leur demande qui est responsable de cette montée de l'antisémitisme, les Juifs de France pointent d'abord les extrémistes musulmans (73%) et les militants d'extrême-gauche (67%), bien avant ceux d'extrême-droite (27%), un phénomène qui s'est inversé au fil des années. A titre de comparaison, "seuls" 56% des Juifs britanniques ou 48% des Juifs allemands se sentent menacés par les islamistes, alors que ces pays ont également une forte communauté musulmane. 

 

De quoi faire réagir, car la FRA estime que ce nouveau sentiment d'insécurité des Juifs de France est tout sauf irrationnel : le nombre d'actes antisémites enregistré en France a presque doublé entre 2011 et 2012, principalement en réaction à l'assassinat de quatre personnes, à la sortie d'une école juive de Toulouse, en mars 2012, par l'islamiste Mohamed Merah.  

 

Elle cite d'ailleurs un récent rapport de la LICRA : "loin de causer un électrochoc dans la société, pouvait-on y lire, ces meurtres, au contraire, ont été suivis de nombreux incidents ciblant les membres de la communauté juive et causés principalement par des jeunes, pour qui l'assassin était devenu un héros". 

 

Le CRIF, qui aspire à une formation des imams en France, a l'impression d'une multiplication des dangers potentiels, d'un antisémitisme plus diffus, qui faire ressentir aux Juifs qu'ils ne sont plus les bienvenus en Europe. 

 

Il dénonce, en vrac, la progression du FN, le discours antisioniste, "nouvel habit de l'extrême-gauche, plus élégant, sans doute que l'antisémitisme", selon Roger Cukierman, l'appel au boycott des produits israéliens ou encore les investissements massifs du Qatar, un pays qui soutient les Frères musulmans, dans l'économie française. 

 

Droitisation des Juifs de France

Du coup, on se pose la question : et si, en réaction, les Juifs de France, à l'image du reste de la société, se droitisaient eux aussi ? "Oui, sans doute, répond Roger Cuikerman, prudent. Mais j'ai rétabli le dialogue avec les communistes et les Verts et je récuse l'idée que les Juifs pourraient voter pour le Front National, qui veut faire croire aux Juifs qu'il les protège contre les jeunes des banlieues. Ceux qui franchiront le pas resteront une toute petite minorité." 

 

Quoi qu'il en soit, l'agence des droits fondamentaux demande aux Français Juifs victimes d'antisémitisme de signaler systématiquement les incidents, ce qui ne serait toujours pas un réflexe pour les trois quarts d'entre eux. 

 

"Nos résultats démontrent un grave et indéniable sentiment d'insécurité des Juifs de France" conclut Henri Nickels, qui a participé à la réalisation de cette étude, au nom de la FRA. "Maintenant, il est important que votre pays analyse les raisons de ce sentiment et mette en oeuvre des politiques, afin de permettre aux Juifs de vivre pleinement leur identité, comme ils l'entendent, sans crainte et au grand jour." 

 

Seul point positif relevé par la FRA : la France serait le seul pays d'Europe à avoir demandé des comptes à Twitter, après l'apparition d'un hashtag antisémite, le désormais tristement fameux #unbonjuif 

 

 

©L'EXPRESS.FR, le 8/11/2013

 

 


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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 08:03


 9 novembre

Bien des évènements se sont déroulés un 9 novembre.

Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VII), par un coup d'État, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir et inaugure le Consulat avec un gouvernement constitué d'un Premier Consul (lui-même, dictateur de fait) et de deux Consuls : Cambacérès et Lebrun…

 

 

Le 9 novembre 1923, après une soirée agitée dans une brasserie de Munich, un agitateur brave la police de la ville à la tête de 3.000 militants et en compagnie du prestigieux général Ludendorff, héros de la Grande Guerre. Il a nom Adolf Hitler…


Le 9 novembre 1989, sous les caméras du monde entier, la jeunesse allemande se précipite à l'assaut du Mur de la honte…

 

Nous avons choisi d'autres évènements que nous nous proposons d’approcher dans les toutes prochaines publications. 


 

 

 

La « Nuit de Cristal »

 

Après cinq années de National-socialisme, les chefs du régime constatent que, malgré les menaces et les brimades, les trois-quarts de la population juive du Reich ont choisi de rester. Situation d’autant plus préoccupante que presque 200 000 Juifs résidants en Autriche tombent sous l’autorité du Reich après l’Anschluss. 1938 sera l’année d’une radicalisation et d’une accélération des mesures antisémites visant à éliminer toute présence juive, en particulier dans l’économie, et à encourager une émigration massive. Ces mesures législatives s’accompagnent d’actes de violence dont le point culminant sera


la « Nuit de Cristal ».

 

 

 

 

 

Le prétexte. L ’assassinat de Ernst vom Rath par Herschel Grynszpan

 

Le 7 novembre 1938, Herschel Grynszpan, Juif polonais d'origine allemande qui habite Paris et veut protester contre la récente expulsion des Juifs polonais vivant en Allemagne par-delà la frontière polonaise, se présente à l’ambassade d’Allemagne et blesse mortellement Ernst vom Rath, secrétaire d’ambassade.

 

nuit-cristal_gryszpan.jpg

Herschel Grynszpan est emmené par la police. 
Il sera livré aux nazis par le France en 1940.

 

 

En France, Grynszpan est inculpé par le juge Tesnière de tentative d’assassinat et de meurtre avec préméditation.

 

Transféré à Berlin, Grynszpan est interrogé puis incarcéré à Sachsenhausen, le 18 janvier 1941 et fait plusieurs séjours à la prison de la Gestapo. Personne n’a jamais su avec certitude ce qu’il advint de Grynszpan. Si, en février 1936, le meurtre de Wilhelm Gustloff, chef d’une branche suisse du parti nazi, par David Frankfurter, étudiant juif d’origine yougoslave était passé inaperçu en raison des Jeux olympiques de Berlin celui de vom Rath est, pour les nazis, le prétexte au déclenchement de la « Nuit de Cristal ».

 

Le pogrom antijuifs

 

A l’annonce de l’attentat contre vom Rath, la presse allemande développe à l’envi le thème de la conspiration juive mondiale et menace de sévères représailles. C’est le prétexte idéal pour faire la chasse aux Juifs et les contraindre à quitter massivement l’Allemagne. Le 9 novembre au soir à Munich, Goebbels prononce un discours violent d’incitation aux représailles devant les chefs nazis réunis à l’ancien Hôtel de Ville de Munich pour la commémoration du putsch de 1923 et annonce que des pogroms antijuifs ont éclaté dans les districts de Kurhessen (Hesse-Cassel) et de Magdeburg-Anhalt. Il ajoute que, sur sa suggestion, Hitler a décidé de ne rien faire pour empêcher un mouvement qui s’étendrait spontanément à l’ensemble du Reich.

 

 

A l’annonce du décès de vom Rath l’émeute se propage avec une rapidité foudroyante. La SA donne ordre à ses troupes d’incendier systématiquement toutes les synagogues du pays.

 

synagogue_marburg.jpg

L'incendie de la synagogue de Marburg

 

Synagogue-Francfort.jpg

Incendie de la synagague de Frankfurt

 

 

Informé des événements dans la nuit, Himmler a une réaction relativement modérée, ordonnant à ses troupes d’entrer en action pour empêcher un pillage généralisé et pour interner une vingtaine de milliers de Juifs dans les camps de concentration. Les agresseurs se ruent à l’assaut des symboles de la vie juive.

 

Près d’une centaine de Juifs sont assassinés, plusieurs sont gravement blessés, des femmes sont violées. En Autriche le pogrom est plus violent encore : 42 synagogues sont détruites, 27 Juifs tués, une centaine est gravement blessée. 6 500 personnes sont arrêtées et transférées principalement aux camps de concentration de Dachau et Buchenwald.

 

La grande majorité des internés Juifs allemands et Juifs autrichiens, lors de la « Nuit de Cristal », est progressivement libérée entre le 18 novembre 1938 et le printemps 1939 s’ils s’engagent à émigrer sans tarder et à abandonner la majeure partie de leurs biens. Parmi eux, les vieillards, les grands malades, ceux qui peuvent prouver qu’ils vont émigrer ou accepter de céder leurs entreprises à un Aryen pour un prix dérisoire, sont les premiers libérés. Le froid, les mauvais traitements et les maladies provoquent la mort de plusieurs centaines « de Juifs de novembre ». La communauté juive est condamnée à payer une amende de un milliard de marks pour avoir causé ces dommages « en provoquant la juste colère du peuple allemand ». Elle sera prélevée sur les 7 milliards d’avoirs juifs bloqués depuis avril 1938. (lire note en bas de page)

 

Le déchaînement de violence donne à tort l’impression d’une émeute spontanée. En fait, à l’exception d’une minorité, la population est restée spectatrice. Peu de voix s’élèvent pour protester officiellement. Les Eglises restent silencieuses.

 

Dans la journée du 10, les violences cessent. Le bilan est très lourd : destruction de 267 synagogues en Allemagne, de nombreuses maisons communautaires, de milliers de lieux privés (maisons, appartements et commerces). A ces destructions matérielles s’est ajouté l’assassinat de 91 Juifs, l’arrestation et la déportation de 30 000 hommes à Dachau et Buchenwald. Dans les semaines qui suivent, la communauté juive est secouée par une vague de suicides sans précédents (680 dans la seule ville de Vienne), et la vague d’émigration vers l’Europe occidentale et la Palestine s’accélère.

 

Conscient du retentissement à l’échelle nationale et internationale de cet évènement (condamnation de l’opinion publique et politique au Royaume Uni et aux Etats-Unis, boycott des entreprises en France, Canada, Pays-Bas), le régime nazi décide de ne pas renouveler d’actions similaires au grand jour.

 

 

Note :

 

Les nazis ont fait preuve d'un sens de l'humour inégalé : La communauté juive est condamnée à payer une amende de un milliard de marks pour avoir causé ces dommages « en provoquant la juste colère du peuple allemand ». Elle sera prélevée sur les 7 milliards d’avoirs juifs bloqués depuis avril 1938.

 


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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 16:59

9 novembre

Bien des évènements se sont déroulés un 9 novembre.

Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VII), par un coup d'État, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir et inaugure le Consulat avec un gouvernement constitué d'un Premier Consul (lui-même, dictateur de fait) et de deux Consuls : Cambacérès et Lebrun…

 

Le 9 novembre 1923, après une soirée agitée dans une brasserie de Munich, un agitateur brave la police de la ville à la tête de 3.000 militants et en compagnie du prestigieux général Ludendorff, héros de la Grande Guerre. Il a nom Adolf Hitler…


Le 9 novembre 1989, sous les caméras du monde entier, la jeunesse allemande se précipite à l'assaut du Mur de la honte…

Nous avons choisi d'autres évènements que nous nous proposons d’approcher dans les toutes prochaines publications.

 


 

 

 

9 novembre 1918

 

Deux jours avant la signature de l'armistice, Guillaume Apollinaire s'éteint, victime de la grippe dite "espagnole". Il a 38 ans.

 

 

 

 

 

26 avril 1915

        Mon ptit Lou chéri,

    Pas de lettre de toi aujourd’hui, hier assisté à la messe, prié pour toi, on chantait et je chantais aussi

Ô miraculeuse

Qu’on raille là-bas

Aux bords de la Meuse

Garde nos soldats

Ave Ave Ave Maria

Ave Ave Ave Maria […]

C’est la pécheresse

Au cœur enflammé

Absous ses faiblesses

Elle a tant aimé

Ave etc

    Je pensais à toi pendant qu’on chantait cela, ma toute chérie, et je pensais avec ferveur à mon ptit Lou, que je voudrais si gentille, si mignonne, comme tu mérites de l’être avec cet esprit supérieur, primesautier, français, charmant qui est le tien, ma toute chérie […]

    Aujourd’hui tristesse, Berthier a dû monter à la batterie de tir, j’irai le voir chaque matin, en allant au commandant. Je me construis une cabane pr habiter seul. C’est amusant comme tout de fabriquer sa maison. Après la paix…je tâcherai d’acheter un terrain et je fabriquerai un rendez-vous pour l’été. Ça m’amusera énormément de fabriquer ça. Je te raconterai comment j’ai fait et surtout comment j’ai meublé ma villa du front. En tout cas, j’ai une glace, une cuvette, une cuve pr le tub, un matelas en varech et un traversin, ça peut t’épater mais c’est comme ça, une table aussi. Ça a été difficile à se procurer, mais j’ai ça…J’attends tes photos avec une impatience fantastique. J’aimerais bien des photos où on te voit… les petites photos c’est gentil, je les aime bien, mais je préfère, tu le comprendras, celles où on voit quelque chose.

    Enfin quoi, mon Lou, je ne m’en fais pas, ça ne vaut pas la peine. Je prends la vie comme elle vient et les obus idem. Tu es mon seul souci. Aujourd’hui sans lettre de toi, je suis sur des charbons ardents. Demain te ferai des vers. Aujourd’hui beaucoup de travail pas amusant ? T’en dis pas plus. T’écris sais pas bien comment et ma lettre doit être d’un décousu. Pas le temps de la relire et c’est pas d’aller dans le monde qui me rend si pressé… Je t’embrasse tout plein, je t’adore, je te prends toute, ma toute chérie, et te berce doucement en te câlinant gentiment, gentiment.

Gui

       

26 avril 1915

    Mon petit Lou, ta lettre d’aujourd’hui m’a rempli de stupéfaction. Prends garde avec ta vie de patachon !!! de ne pas me faire donner congé de mon appartement après la guerre. J’y suis très bien. Ne fais pas de bruit, je t’en supplie, n’y reçois pas trop de poilus. C’est une maison où il y a un sénateur et je ne sais quoi encore. Je t’en supplie, mon Lou, tu me ferais un tort irréparable, si je me trouvais sur le pavé après la Guerre. Je ne paye pas mon loyer pendant la guerre et après la guerre on attendra, mais pour ça faut pas que des ptit Lou viennent faire les fous là-dedans. Vu de loin la vie que tu mènes a quelque chose d’insane. Pendant que nous trimons ici et attrapons peut-être la crève, on bamboche à Paris ! […]

    Est-ce que tu reçois toutes mes lettres ? Elles sont toutes datées et doivent se suivre. Je te prends dans mes bras mon ptit Lou et t’embrasse mignonnement tandis que tes belles paupières battent comme des pétales de fleur de pêcher, ma jolie, mon tout.

     Ton

         Gui.

Guillaume Apollinaire

Lettres à Lou

 

 

 

apollinaire-coeur.jpg

 

 

 

 

Lou.png

 

"Reconnais-toi 

Cette adorable personne c'est toi 

Sous le grand chapeau canotier 

Oeil 

Nez 

La bouche 

Voici l'ovale de la figure 

Ton cou exquis 

Voici confus l'impur fait mirage 

De ton buste doré vu comme à travers un nuage 

Un peu plus bas c'est ton coeur qui bat"

 

 

 

 

 


 

 

      Ajout adressé à 17h00 par Jacques :

 

 

" Affecté au 38ème régiment d'artillerie de campagne, Guillaume Apollinaire arrive à Nîmes le 6 décembre 1914. Après qu'elle se fut maintes fois dérobée, Louise le rejoint enfin le 7 et l'attend à
 l'Hôtel du Midi, Square de la Couronne.
 
 
 Ils vont s'y aimer, pendant huit jours et huit nuits , avec la démence propre à toute passion exaltée par le génie, et déjà, sans soute, secrètement condamnée à l'impossibilité, par l'aimée.
 
 
 De cet amour impossible surgiront jour après jour pendant toute l'année 1915 les délires, les appels et les cris déchirants des lettres et poèmes à Lou, justement célèbrés.
 
 
 L'Hôtel du Midi après avoir été longtemps désaffecté fut détruit dernièrement.
 
 
 Sur sa façade on put lire pendant très longtemps, gravé dans une plaque de marbre à l'initiative d'admirateurs , le rappel que, à l'abri de ses murs, Apollinaire aima passionnément Louise de
 Châtillon-Coligny "qui lui inspira les immortels poèmes à Lou".
 
 
 Exemple rarissime, et peut-être unique, d'un fait amoureux signalé à l'attention des clients d'un hôtel, des touristes et des flâneurs."

 

Jacques

 

 

 

hotel-du-midi.jpg

...l'hôtel du midi...

 

 


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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 08:15

 

 

Les illustrations de cet article sont de Sandrine Rotil-Tiefenbach

Sandrine1.jpg

 

 

 

 

Paris, enfer des chevaux

 

 

L'intensité de la circulation dans Paris augmente sans cesse. Une statistique de la préfecture de police démontrait, ces jours derniers, que, de trois heures à sept heures du soir, 6.530 véhicules passent aux Champs-Elysées, 9.889 au carrefour de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré, 8.201 au carrefour Drouot... Si l' on ajoute à cela que la capitale n' est plus qu'un immense chantier, que, de toutes parts, se dressent des palissades, s' élèvent des échafaudages qui encombrent la voie publique, que nos rues et nos boulevards ne sont plus que plaies et bosses, on comprendra quels dangers courent les malheureux piétons forcés de s' y aventurer.
Mais les piétons, du moins, ont le trottoir pour se garer... Les véritables victimes d'un pareil état de choses, ce sont les chevaux.
Si habiles que soient les cochers parisiens, leur habileté ne suffit pas à guider les malheureuses bêtes à travers tous ces obstacles. Jamais on n' a vu tant d' accidents, tant de chevaux abattus. 
La difficulté de conduire au milieu de ces voies continuellement encombrées augmente le martyre des pauvres bêtes. Leur travail est un supplice, leur vie une perpétuelle torture. Et leur aspect lamentable dit assez combien leur condition est misérable et douloureuse.
 Quelle que soit la saison, le martyre des chevaux de Paris est le même. En hiver, la gelée, le verglas rendent leur course dangereuse sur l'asphalte. Mais sont-ils plus heureux par les chaleurs de l'été, si dures à supporter dans la grande ville envahie par les poussières malsaines ? Épuisés de fatigue, couverts de sueur, ils vont, la mousse aux lèvres, l'oeil éteint, pitoyables images de l' esclavage et de la résignation.
Parfois, pourtant, quand les mouches les ont trop harcelés, quand le fouet les a trop cinglés, quand le mors leur a mis la bouche en sang, ils s' affolent, ils s' emballent et se précipitent, tête baissée, vers la délivrance, vers la mort !
Ne souriez pas... L'animal est capable de manifester la volonté de mourir. Il y a quelques années, sur le pont des Saint Pères, un cheval battu par son maître était tombé. Lorsqu'on l'eut débarrassé de ses rênes et de ses licous, avant qu'il fût possible de le retenir, il se dressa d'un bond, sauta par-dessus le parapet et se jeta dans le fleuve. Tous ceux qui assistèrent à la scène déclarèrent que l'acte de l'animal semblait réfléchi.
 S'il est encore des gens pour croire à l'automatisme des bêtes, quel argument à leur servir que ce simple suicide d'un cheval ! Oui, Paris, aujourd'hui, est plus que jamais l'enfer des chevaux. Depuis l'adoption du taximètre, ces malheureux animaux ne connaissent plus guère de repos. Il faut trotter sans cesse, aller vite, toujours plus vite. Le « taxi » est parfait pour les clients, pour les cochers, pour les Compagnies, le cheval seul en souffre... Mais celui-là ne se plaint pas... Il va, fourbu, jusqu'à ce qu'il en crève.

 

 

Ernest Laud pour Le Petit Journal illustré du 10 mai 1908

 

 

Sandrine2.jpg

 

 

 

 

Sandrine3.jpg

 

 

 

Les croquis 1 et 2 sont de Sandrine Rotil-Tiefenbach ainsi que la photo.

©Sandrine Rotil-Tiefenbach

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 06:01

Avec la complicité de mjt    

 

 

 

 

 

 

 

 


La Fille que j'aime

 

 

Parfois dans la radio

J'entends ma grosse voix.

C'est pas souvent, faut dire,

Enfin ça arrive parfois

Je me dis qu'avec une voix comme ça,

On peut pas chanter l'amour.

Faudrait plus de trémolos,

Du feeling, du vibrato.

 

 

La fille qui j'aime, c'est pas la plus belle,

C'est pas la plus moche non plus.

Seulement mystère et boule de gomme

C'est pour celle-là que je me sens un homme.

Quand elle s'approche de moi,

Ça me fait des frissons.

Quand elle s'éloigne de moi,

Je me retrouve tout con.

Dans son visage, c'est merveilleux,

Elle a une bouche et deux yeux.

Et puis aussi un menton

Et un nez avec un front.

A gauche une petite oreille

Cachée par ses cheveux.

A droite une petite oreille aussi

Cachée par les mêmes cheveux.

Quand elle est en pantalon

On voit son derrière tout rond.

Quand elle met une robe,

On le devine, c'est excitant.

Et puis ses seins qui sont deux,

Heureusement qu'ils sont pas trois

Sans ça j'aurais jamais assez de doigts

Pour jouer avec quand il fait froid.

 

 

Là où c'est super bon,

C'est difficile a décrire.

Les images, les comparaisons,

C'est vraiment jamais dans le ton.

Autrefois dans une autre chanson,

J'ai dit qu'elle avait un ventre

Comme une plaine de blé mur.

Mais ça faisait agriculture.

 

 

Surtout que maintenant dans les champs,

On voit dans les plaines à blé

Des moissonneuses-batteuses-lieuses.

C'est pas une chose à souhaiter

Qu'elle se trouve sous un engin comme ça.

Il vaut mieux pour faire l'amour

Ce que la nature a prévu pour.

Je peux pas tout vous raconter,

D'ailleurs ça serait déplacé.

 

 

Et puis on va dépasser

La limite des trois minutes

Quand une chanson c'est trop long,

Les radios vous la passent pas.

Moi j'ai beau avoir du coeur,

Il faut bien que je fasse mon beurre.

Celui qu'a fait ces couplets-là,

Il vous dit pour terminer

Que chacun prenne sa guitare

Et fasse sa propre chanson.

Quand se jour-là arrivera,

J'aurais plus à venir comme ça,

Vous faire entendre mes discours

Et mes chansons d'amour.

 

 

François BERANGER

La Fille que j'aime

(vers 1970)

 

 

 

 

 

 

 

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 09:04

 

 

Ecole1900.jpg

 On rentre en classe ce matin, la vacance fut bien courte...

 

 

L’écolier

 

 

 

J’écrirai le jeudi j’écrirai le dimanche

quand je n’irai pas à l’école

j’écrirai des nouvelles j’écrirai des romans

et même des paraboles

je parlerai de mon village je parlerai de mes parents

de mes aïeux de mes aïeules

je décrirai les prés je décrirai les champs

les broutilles et les bestioles

puis je voyagerai j’irai jusqu’en Iran

au Tibet ou bien au Népal

et ce qui est beaucoup plus intéressant

du côté de Sirius ou d’Algol

où tout me paraîtra tellement étonnant

que revenu dans mon école

je mettrai l’orthographe mélancoliquement

 

 

Raymond Queneau

 

 

 

 

Livre-papillon.jpg

 

 


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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 10:50

 

 

 

 

 

        • Je secoue l'arbre nuitier 

 

 

 

 

 

 Je secoue l'arbre nuitier

Les étoiles tombent dans mon drap,

Ô la !

Je les tâte du bout du pied,

Je les mange de mes yeux,

Couche avec moi si t'en veux.

 

 

Henri PICHETTE

Les Épiphanies

 

 

 

PICHARD.jpg 

Dessin de Georges Pichard, 1920-2003

 

 

 

 

 

 

relire Henri Pichette

 

 

 

 

 


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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 09:56

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 06:08

 

 

 

petit-prince.jpeg

 

 

 

J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable.

On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose

rayonne en silence...

 

 

 

Antoine de Saint-Exupéry

Le Petit Prince

 

 

 

marchand-de-sable.jpg

 

 

 


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