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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 05:00

 

Yom HaShoah 

Du mercredi 15 avril 2015, 18h30

au jeudi 16 avril 2015, 18h00.

 
   

        

 

"Les noms de ceux dont il ne reste que le nom"

Simone Veil

 

 

 

            À l’occasion de Yom HaShoah, date retenue par l’État d’Israël pour la commémoration de la mémoire des victimes de la Shoah et des héros de la Résistance juive pendant la Seconde Guerre mondiale, le Mémorial de la Shoah organise, pour la huitième année consécutive, en partenariat avec le Mouvement juif libéral de France (MJLF) et l’Association des fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF), qui sont à l’initiative de cette cérémonie, et le Consistoire de Paris, la lecture des noms des déportés juifs de France devant le Mur des Noms.

 

           Au cours de cette lecture publique ininterrompue de 24 heures, de jour comme de nuit, sont prononcés, un à un, les noms, prénoms et âges de chaque homme, femme et enfant déporté. Des 76 000 noms inscrits sur le Mur, sont lus ce soir à partir de 18h30 les noms des personnes déportées par les convois n°44 à n°84.

 

        Quelques 200 personnes, anciens déportés, parents, enfants… lisent à tour de rôle, à partir des listes issues du Livre mémorial de la Déportation de Serge Klarsfeld, (éd. Association des FFDJF), les noms de « ceux dont il ne reste que le nom »(Simone Veil).

 

 

 

Memorial.jpg

Le mur des noms au Mémorial de la Shoah, Paris.

 

79 convois ont quitté Drancy entre le 27 mars 1942 et le 17 août 1944. 

Tous les convois de déportation de Drancy partis entre le 27 mars 1942 et le 23 juin 1943, soit 42 convois, sont partis de la gare du Bourget-Drancy.

Tous les convois de déportation de Drancy partis entre le 18 juillet 1943 et le 17 août 1944 sont partis de la gare de Bobigny. (A noter que l'ancienne gare désaffectée de Bobigny, classée en 2005, est devenue officiellement  lieu de mémoire en janvier 2011    

{C}

 

 

 

*  *  *

 

 

Fugue de mort                   

 

Lait noir de l’aube nous le buvons le soir

le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit

nous buvons et buvons

nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré

Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit

il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or

écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands chiens

il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe

il nous commande allons jouez pour qu’on danse

 

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir

nous buvons et buvons

Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit

il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or

Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré

Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez

il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus

enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu’on danse

 

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir

nous buvons et buvons

un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or

tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents

 

 

Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne

il crie plus sombre les archets et votre fumée montera vers le ciel

vous aurez une tombe alors dans les nuages où l’on n’est pas serré

 

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne

nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons

la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu

il vise tire sur toi une balle de plomb il ne te manque pas

un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or

il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel

il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne

 

tes cheveux d’or Margarete

tes cheveux cendre Sulamith

 

 

Paul CELAN

traduction Jean-Pierre Lefebvre

© Editions GALLIMARD, 1998, pour la traduction française

 

Kiefer.margarethe.jpg

Illustration :  

Anselm Kiefer

Margarete

{C}Huile, acrylique, émulsion et paille sur toile, 280 x 380 cm, Collection particulière.
{C}

 

* * *

 

Le poème original de Paul Celan    

Todesfuge 

                  

Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends

wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts

wir trinken und trinken

wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng

Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt

der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland

     dein goldenes Haar Margarete

er schreibt es und tritt vor das Haus und es blitzen die Sterne

     er pfeift seine Rüden herbei

er pfeift seine Juden hervor läßt schaufeln ein Grab in der Erde

er befiehlt uns spielt auf nun zum Tanz

 

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts

wir trinken dich morgens und mittags wir trinken dich abends

wir trinken und trinken

Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt

der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland

     dein goldenes Haar Margarete

Dein aschenes Haar Sulamith wir schaufeln ein Grab in den Lüften

     da liegt man nicht eng

 

Er ruft stecht tiefer ins Erdreich ihr einen ihr andern singet und spielt

er greift nach dem Eisen im Gurt er schwingts seine Augen sind blau

stecht tiefer die Spaten ihr einen ihr anderen spielt weiter zum Tanz auf

 

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts

wir trinken dich mittags und morgens wir trinken dich abends

wir trinken und trinken

ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete

dein aschenes Haar Sulamith er spielt mit den Schlangen

 

Er ruft spielt süßer den Tod der Tod ist ein Meister aus Deutschland

er ruft streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als Rauch in die Luft

dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng

 

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts

wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutschland

wir trinken dich abends und morgens wir trinken und trinken

der Tod ist ein Meister aus Deutschland sein Auge ist blau

er trifft dich mit bleierner Kugel er trifft dich genau

ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete

er hetzt seine Rüden auf uns er schenkt uns ein Grab in der Luft

er spielt mit den Schlangen und träumet der Tod ist ein Meister aus Deutschland 

 

dein goldenes Haar Margarete

dein aschenes Haar Sulamith

 

Paul CELAN

Mohn und Gedächtnis 

© 1952 Deutsche Verlags-Anstalt München

 

 

Kiefer-1.jpg

 

Anselm Kiefer

(détail) 

 

{C}



 

 

 

Yom HaShoah du 11 avril 2010.

JMT-au-Mur-des-noms-au-memorial-de-la-Shoah-a-Paris.jpg  MemorialShoah.jpg

Illustration : une personne se recueille devant le mur des noms au Mémorial de la Shoah, à Paris, le 11 avril 2010, jour de Yom HaShoah. Pendant 24 heures, sans discontinuer, les noms, prénoms et âges des déportés sont lus sur le parvis. Cette année-là ont été lus les noms des convois du 25ème au 66ème. 

 

 

 

 

 

* * *

 

Destination Auschwitz (1942-1944)

 

 

Auschwitzdeportation-42-a-44.jpg 

 

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 11:56

 

 

 

 

 

Auschwitz.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Auswitch.jpg

 

 

 

 

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 14:26

PREFACE DE L’ALBUM D’AUSCHWITZ 

 

AVANT-PROPOS

 

 

Je n’avais pas encore dix-sept ans lorsque j’ai été déportée à Auschwitz. J’étais une jeune fille française, juive, croyant aux valeurs de liberté et de progrès que l’école m’avait enseignées. Je me suis retrouvée jetée dans un univers de mort, d’humiliation et de barbarie. Je voulais grandir, comme tous les jeunes gens de mon âge. Mais on ne grandit pas à Auschwitz. A l’âge des promesses, j’y ai perdu bien des illusions.

 

Quelques semaines après mon arrivée, au printemps 1944, les Juifs de Hongrie sont arrivés en wagons à bestiaux et ont été aussitôt précipités sur la rampe de Birkenau qui, peu de temps avant, venait d’être prolongée pour être plus proche des chambres à gaz. Jour après jour, les trains se sont succédés. En six semaines à peine, alors que le débarquement avait déjà eu lieu sur les plages de Normandie, porteur de l’espoir d’une victoire alliée, les nazis parachevaient leur œuvre de haine et envoyaient à la mort près d’un demi million d’hommes, femmes et enfants de tous âges et de toute condition. De ces enfants, femmes, vieillards, presque aucun n’est entré dans le camp ; presque tous, dès leur descente des wagons, étaient conduits vers les chambres à gaz. Pour nous qui savions, impuissants, ce qui les attendait, c’était une vision d’horreur. Mais ce qui nous hantait, par-dessus tout, c’est que non seulement, nous les Juifs d’Europe, allions, dans l’indifférence des nations, être anéantis, mais c’est qu’il ne resterait aucune trace de notre extermination.

 

Soixante ans plus tard, je suis toujours hantée par les images, les odeurs, les cris, l’humiliation, les coups et le ciel plombé par la fumée des crématoires. C’est pourquoi, « l’Album d’Auschwitz », dont on lira l’histoire et la découverte dans les pages qui suivent, seul témoignage des vivants à leur arrivée et dans les jours suivants, constitue, par les photos des Juifs hongrois qui y ont été collées, un document unique, un témoignage unique de l’anéantissement des Juifs d’Europe

 

C’est l’événement le plus tragique que j’ai vécu au camp d’Auschwitz-Birkenau.. J’ai connu les lumières écrasantes et les regards écrasés de ces photos. J’ai vu, atterrée, ces visages décomposés, ces femmes qui portent les jeunes enfants et soutiennent les grands, ces foules, encore ignorantes de leur destin, qui marchent vers les chambres a gaz. J’ai connu le sourire incrédule de ces vieillards et la vaine détermination à survivre. Cet étonnement, cette innocence, cette incompréhension que chacun de nous, témoins muets, lisions sur leurs visages, ont ravivé des larmes que je pensais ne plus pouvoir verser. Car nous avons pleuré sur eux, nous qui étions de l’autre côté des barbelés mais tout proche d’eux.

 

L’album d’Auschwitz ne montre pas les morts mais les vivants ; il témoigne de l’humanité à laquelle nous appartenions et dont les nazis avaient voulu nous éliminer. En contemplant ces photographies, nous ne pouvons qu’être frappés par ces gestes familiers : gestes de mère, d’angoisse, d’amour. Et surtout les gestes des enfants : ces enfants qui étreignent leurs mères, cette petite fille qui enfouit sa main dans sa bouche, ce petit garçon au regard farouche qui, les mains enfoncées dans ses poches, dévisage l’appareil photographique, ce frère qui tient, serrée dans la sienne, la main de son cadet. J’ai été aussi saisie par les photos des femmes, au moins provisoirement sauvées par le travail forcé, un sort que j’ai partagé. Alignées devant l’objectif, toutes baissent les yeux. Sur une autre photographie, alors qu’on les emmène au camp des femmes, dans leurs uniformes dérisoires, sans foulard pour couvrir leurs têtes rasées, on voit Lida Leibovics et Ella Guttman, aujourd’hui identifiées, discrètement s’enlacer. Car nos corps, bien que brisés par le travail et les sévices, conservaient une dernière chaleur, une solidarité, un signe de notre humanité.

 

Ces photographies sont d’une importance cruciale : elles incarnent les mots, elles montrent des visages, elles sont une preuve incontestable de ce qui devait être effacé de la mémoire des hommes. Elles sont pour la mémoire collective ce que le recensement des noms de tous les disparus, accompli par Yad Vashem et par le Mémorial de la Shoah, pour la France, représente pour les familles des morts et des survivants.

 

C’est pourquoi, aujourd’hui, au moment où nous commémorons le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, il est important que cet Album soit réédité. Je suis heureuse que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, que j’ai l’honneur de présider, propose cette nouvelle édition en français, enrichie et augmentée, de l’album découvert il y a soixante ans. Ces images sont un appel à la vigilance. Leurs commentaires éclairent notre connaissance de cette époque noire. Elles informent et dénoncent en même temps l’histoire de ce qui ne doit jamais plus arriver. Je souhaite que dans chaque bibliothèque française, on puisse le trouver, aux côtés du film Shoah de Claude Lanzmann et du livre Mémorial de Serge Klarsfeld.

 

Je m’adresse, particulièrement, aux jeunes générations. Cet album est un pont jeté entre nous et vous. Il n’est pas un livre comme les autres mais un livre de vies détruites qui appelle à la réflexion. Il donne à voir des êtres qui ne sont pas loin de vous, vous qui les regardez. Enfin, les commentaires historiques qui le complètent permettent de mieux appréhender ce que fut la Shoah. Je souhaite, qu’à la lecture de l’Album d’Auschwitz, vous preniez encore davantage conscience de l’événement sans équivalent et sans précédent que fut la Shoah. Vous serez demain les citoyens qui aurez la responsabilité de faire échec à tout ce qui pourrait conduire au même engrenage de haine et de meurtre, à la même faillite de l’humanité. Ce travail de mémoire auquel je vous invite est exigeant et douloureux. Mais il est nécessaire pour que nous puissions bâtir notre avenir, en tant que citoyens d’une Europe réconciliée et plus fraternelle.

 

 

Simone VEIL

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

 

 

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 05:13


 

 

 

Le matin du 10 juin 1944, des chenillettes chargées de soldats allemands s'arrêtent à Oradour-sur-Glane. Cette bourgade paisible, proche de Limoges, compte au total 1200 habitants.

 

La compagnie qui vient d'y pénétrer appartient à la division SS Das Reich du général Lammerding.

 

Les Allemands ont été attaqués dans les jours précédents par les maquisards qui veulent freiner leur remontée vers la Normandie où les Alliés viennent de débarquer. En guise de représailles, le général Lammerding ordonne à la compagnie de détruire Oradour-sur-Glane. La compagnie SS compte environ 120 hommes qui se sont déjà illustrés en Russie dans l'extermination des populations civiles.

 

En début d'après-midi, le bourg est cerné et la population rassemblée sur le champ de foire sous le prétexte d'une vérification d'identité, sans oublier les enfants des écoles.

 

Les SS agissent dans le calme et la population s'exécute sans broncher.

 

Les hommes sont séparés des femmes et des enfants. Ils sont divisés en six groupes et enfermés dans des granges, sous la menace de mitraillettes. Vers 16 heures, les SS tirent des rafales et tuent les malheureux en quelques secondes. Puis ils mettent le feu aux granges bourrées de foin et de paille où gisent les cadavres.

 

Pendant ce temps, les femmes et les enfants sont enfermés dans l'église et des SS y déposent une caisse d'explosifs et de la paille. Le feu commence de ravager l'édifice. Pour s'assurer de l'extermination de tous les occupants, les SS leur tirent dessus.

 

 

Les SS inspectent de nouveau les maisons du bourg ; ils y tuent tous les habitants qui avaient pu échapper à leurs premières recherches, en particulier ceux que leur état physique avait empêchés de se rendre sur le lieu du rassemblement. C'est ainsi que les équipes de secours trouveront dans diverses habitations les corps brûlés de quelques vieillards impotents.
Un envoyé spécial des FFI, présent à Oradour dans les tout premiers jours qui ont suivi, indique qu'on a recueilli dans le four d'un boulanger les restes calcinés de cinq personnes : le père, la mère et leurs trois enfants.
Un puits renfermant de nombreux cadavres est découvert dans une ferme : trop décomposés pour être identifiés, ils seront laissés sur place.

 

 

Leur forfait accompli, ils pillent le village et achèvent de l'incendier. Au total, ils laissent 642 victimes. Parmi elles 246 femmes et 207 enfants, dont 6 de moins de 6 mois, brûlés dans l'église.

 

Oradour-sur-Glane est devenu en Europe occidentale le symbole de la barbarie nazie.

 

 

 


 

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 05:01

 

 

 

 

Drancy. 30 mai 1944. 


Rue de la Station, face à la gare du Bourget-Drancy, arrivent les autobus.

Les déportés sont entassés dans les wagons à bestiaux de la S.N.C.F.

Le convoi numéro 75 emporte vers Auschwitz 1000 personnes, dont 60 petites filles et 52 petits garçons.

 

 

Seront sélectionnés dès leur arrivée à Auschwitz 134 femmes et 239 hommes.

 

Seront assassinés par gazage dès leur arrivée à Auschwitz 627 personnes.

 

Survivront en 1945 : 35 hommes et 64 femmes.

 

 

 

 

auschwitz-.jpg 

 

 

 


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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 06:26

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREFACE DE L’ALBUM D’AUSCHWITZ 

 

AVANT-PROPOS

 

 

Je n’avais pas encore dix-sept ans lorsque j’ai été déportée à Auschwitz. J’étais une jeune fille française, juive, croyant aux valeurs de liberté et de progrès que l’école m’avait enseignées. Je me suis retrouvée jetée dans un univers de mort, d’humiliation et de barbarie. Je voulais grandir, comme tous les jeunes gens de mon âge. Mais on ne grandit pas à Auschwitz. A l’âge des promesses, j’y ai perdu bien des illusions.

 

Quelques semaines après mon arrivée, au printemps 1944, les Juifs de Hongrie sont arrivés en wagons à bestiaux et ont été aussitôt précipités sur la rampe de Birkenau qui, peu de temps avant, venait d’être prolongée pour être plus proche des chambres à gaz. Jour après jour, les trains se sont succédés. En six semaines à peine, alors que le débarquement avait déjà eu lieu sur les plages de Normandie, porteur de l’espoir d’une victoire alliée, les nazis parachevaient leur œuvre de haine et envoyaient à la mort près d’un demi million d’hommes, femmes et enfants de tous âges et de toute condition. De ces enfants, femmes, vieillards, presque aucun n’est entré dans le camp ; presque tous, dès leur descente des wagons, étaient conduits vers les chambres à gaz. Pour nous qui savions, impuissants, ce qui les attendait, c’était une vision d’horreur. Mais ce qui nous hantait, par-dessus tout, c’est que non seulement, nous les Juifs d’Europe, allions, dans l’indifférence des nations, être anéantis, mais c’est qu’il ne resterait aucune trace de notre extermination.

 

Soixante ans plus tard, je suis toujours hantée par les images, les odeurs, les cris, l’humiliation, les coups et le ciel plombé par la fumée des crématoires. C’est pourquoi, « l’Album d’Auschwitz », dont on lira l’histoire et la découverte dans les pages qui suivent, seul témoignage des vivants à leur arrivée et dans les jours suivants, constitue, par les photos des Juifs hongrois qui y ont été collées, un document unique, un témoignage unique de l’anéantissement des Juifs d’Europe

 

C’est l’événement le plus tragique que j’ai vécu au camp d’Auschwitz-Birkenau.. J’ai connu les lumières écrasantes et les regards écrasés de ces photos. J’ai vu, atterrée, ces visages décomposés, ces femmes qui portent les jeunes enfants et soutiennent les grands, ces foules, encore ignorantes de leur destin, qui marchent vers les chambres a gaz. J’ai connu le sourire incrédule de ces vieillards et la vaine détermination à survivre. Cet étonnement, cette innocence, cette incompréhension que chacun de nous, témoins muets, lisions sur leurs visages, ont ravivé des larmes que je pensais ne plus pouvoir verser. Car nous avons pleuré sur eux, nous qui étions de l’autre côté des barbelés mais tout proche d’eux.

 

L’album d’Auschwitz ne montre pas les morts mais les vivants ; il témoigne de l’humanité à laquelle nous appartenions et dont les nazis avaient voulu nous éliminer. En contemplant ces photographies, nous ne pouvons qu’être frappés par ces gestes familiers : gestes de mère, d’angoisse, d’amour. Et surtout les gestes des enfants : ces enfants qui étreignent leurs mères, cette petite fille qui enfouit sa main dans sa bouche, ce petit garçon au regard farouche qui, les mains enfoncées dans ses poches, dévisage l’appareil photographique, ce frère qui tient, serrée dans la sienne, la main de son cadet. J’ai été aussi saisie par les photos des femmes, au moins provisoirement sauvées par le travail forcé, un sort que j’ai partagé. Alignées devant l’objectif, toutes baissent les yeux. Sur une autre photographie, alors qu’on les emmène au camp des femmes, dans leurs uniformes dérisoires, sans foulard pour couvrir leurs têtes rasées, on voit Lida Leibovics et Ella Guttman, aujourd’hui identifiées, discrètement s’enlacer. Car nos corps, bien que brisés par le travail et les sévices, conservaient une dernière chaleur, une solidarité, un signe de notre humanité.

 

Ces photographies sont d’une importance cruciale : elles incarnent les mots, elles montrent des visages, elles sont une preuve incontestable de ce qui devait être effacé de la mémoire des hommes. Elles sont pour la mémoire collective ce que le recensement des noms de tous les disparus, accompli par Yad Vashem et par le Mémorial de la Shoah, pour la France, représente pour les familles des morts et des survivants.

 

C’est pourquoi, aujourd’hui, au moment où nous commémorons le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, il est important que cet Album soit réédité. Je suis heureuse que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, que j’ai l’honneur de présider, propose cette nouvelle édition en français, enrichie et augmentée, de l’album découvert il y a soixante ans. Ces images sont un appel à la vigilance. Leurs commentaires éclairent notre connaissance de cette époque noire. Elles informent et dénoncent en même temps l’histoire de ce qui ne doit jamais plus arriver. Je souhaite que dans chaque bibliothèque française, on puisse le trouver, aux côtés du film Shoah de Claude Lanzmann et du livre Mémorial de Serge Klarsfeld.

 

Je m’adresse, particulièrement, aux jeunes générations. Cet album est un pont jeté entre nous et vous. Il n’est pas un livre comme les autres mais un livre de vies détruites qui appelle à la réflexion. Il donne à voir des êtres qui ne sont pas loin de vous, vous qui les regardez. Enfin, les commentaires historiques qui le complètent permettent de mieux appréhender ce que fut la Shoah. Je souhaite, qu’à la lecture de l’Album d’Auschwitz, vous preniez encore davantage conscience de l’événement sans équivalent et sans précédent que fut la Shoah. Vous serez demain les citoyens qui aurez la responsabilité de faire échec à tout ce qui pourrait conduire au même engrenage de haine et de meurtre, à la même faillite de l’humanité. Ce travail de mémoire auquel je vous invite est exigeant et douloureux. Mais il est nécessaire pour que nous puissions bâtir notre avenir, en tant que citoyens d’une Europe réconciliée et plus fraternelle.

 

 

Simone VEIL

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

 

 

ALBUM D'AUSCHWITZ

 

L'Album d'Auschwitz

Serge Klarsfeld, Marcello Pezzetti, Sabine Zeitoun,

Préface de Simone Veil,

coédition Al Dante et Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2005, 151 p.

 

 

 

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 05:39

 

 


 

Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques découvrent le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ils sont accueillis par 7.000 détenus survivants. 

 

 


 

 

 

 

Shoah_Commemoration.jpg

 

 

Il y a douze ans, en 2002, les ministres européens de l’Éducation ont adopté à l’initiative du Conseil de l’Europe la Déclaration instituant la "Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité" dans les établissements scolaires des États membres.

 

Cette journée instituée à l'initiative des ministres de l’Éducation des États membres du Conseil de l’Europe et suivie par l'Organisation des Nations-Unies est célèbrée chaque année, le 27 janvier, à la date d’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.
Rappel :

Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques découvrent le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ils sont accueillis par 7.000 détenus survivants. Ce jour-là, le monde médusé découvre la Shoah dans toute son horreur. Dans le seul camp d'Auschwitz, où sévissaient 3.000 SS sous le commandement de Rudolf Hess, on arrive en 1944 à exterminer et brûler les déportés au rythme de 600 par jour. Un médecin diabolique, Josef Mengele, s'y est rendu célèbre en pratiquant dans ce camp des expériences insoutenables sur les déportés. Près de deux millions de personnes ont été tuées à Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux millions.


Elle vise notamment à encourager les États à promouvoir des projets éducatifs et à protéger les lieux de mémoire liés à l'Holocauste.

 

 

 


Auschwitz.jpeg
Le Monde. Auschwitz-Birkenau, 27 janvier 2010
Photo ©Reuters/Eric Gaillard

 

 

À cette occasion, le Mémorial de la Shoah coordonne sur tout le territoire national, des manifestations à vocation pédagogique et commémoratives, en partenariat avec l’OEuvre nationale du Bleuet de France et dix institutions en charge de lieux de mémoire liés à la persécution, l’internement, la déportation et l’extermination des Juifs de France.

 

Les sites concernés sont :

• Maison d’Izieu, Ain

• Mémorial du Camp de Gurs, Pyrénées-Atlantiques

• Site-Mémorial du Camp des Milles, Bouches-du-Rhône

• Mémorial du Camp de Pithiviers, Loiret

• Mémorial du Camp de Beaune-la-Rolande, Loiret

• Centre européen du résistant déporté – Synagogue d’Obernai, Bas-Rhin

• Mémorial du Camp de Rivesaltes, Pyrénées-Orientales

• Mémorial de la Shoah, Paris, Drancy (Seine-Saint-Denis), Toulouse (Haute-Garonne)

• Ville du Chambon-sur-Lignon, Haute-Loire

• Mémorial de Montluc, Rhône

• le Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, Lyon

• le Mémorial de l’internement et de la déportation, Camp de Royallieu


Auschwitz7-copie-1.JPG

Photo Clément L., aimablement rapportée de sa visite d'Auschwitz en décembre 2012,
en compagnie de sa classe de terminale et de son professeur d'histoire.


Journée internationale pour les victimes de l’Holocauste 2014

 

 

 

Lundi 27 janvier 2014

Matin

Rencontre entre des élèves du lycée ORT Montreuil (93), engagés dans un important projet pédagogique, et Yvette Levy, déportée en juillet 1944 au camp d’Auschwitz-Birkenau.

 

 

Fin de matinée

Les participants, jeunes et rescapés, sont symboliquement invités au même instant sur chacun des lieux de mémoire à allumer une bougie en mémoire des victimes de la Shoah et à partager une minute de silence. Un message de Madame Simone Veil sera lu par des élèves. Au Mémorial de la Shoah de Paris, la cérémonie se déroulera à midi dans la crypte.

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 06:04

 

 

 

 

"La liste de Schindler"

 

Ce que je reproche fondamentalement à Spielberg, c'est de montrer l'Holocauste à travers un Allemand. Même s'il a sauvé des juifs, ça change complètement l'approche de l'Histoire. C'est le monde à l'envers... Shoah interdit beaucoup de choses, Shoah dépossède les gens de beaucoup de choses, Shoah est un film aride et pur. Dans Shoah, il n'y a aucune histoire personnelle. Les survivants juifs de "Shoah" sont des survivants d'une espèce particulière ; ce ne sont pas n'importe quels survivants, mais des gens qui étaient au bout de la chaîne d'extermination et qui ont été les témoins directs de la mort de leur peuple. Shoah est un film sur la mort ; pas du tout sur la survie.

Aucun des survivants de Shoah ne dit "je". Aucun ne raconte son histoire personnelle : le coiffeur ne dit pas comment il s'est échappé à Treblinka après trois mois de camp, ça ne m'intéressait pas et ça ne l'intéressait pas. Il dit "nous", il parle pour les morts, il est leur porte-parole. Quant à moi, je voulais construire une structure, une forme qui vaille pour la généralité du peuple. C'est tout le contraire de Spielberg, pour qui l'extermination est un décor : le noir soleil aveuglant de l'Holocauste n'est pas affronté.

On pleure en voyant La liste de Schindler ? Soit. Mais les larmes sont une façon de jouir, les larmes, c'est une jouissance, une catharsis. Beaucoup de gens m'ont dit : "Je ne peux pas voir votre film, parce que, probablement, voyant Shoah, il n'y a pas possibilité de pleurer."

D'une certaine manière, le film de Spielberg est un mélodrame, un mélodrame kitsch. On est pris par cette histoire d'escroc allemand, rien de plus. En tout cas, bien que passant aux yeux de beaucoup pour sioniste, jamais je n'aurais osé donner des "coups de marteau" pareils à ceux qu'assène Spielberg à la fin de sa Liste de Schindler. Avec cette grande réconciliation, la tombe de Schindler en Israël, avec sa croix et les petits cailloux juifs, avec la couleur qui est arrivée pour insinuer l'hypothèse d'un happy ending... Non, Israël n'est pas la rédemption de l'Holocauste. Ces six millions ne sont pas morts pour qu'Israël existe. La dernière image de Shoah, ce n'est pas ça. C'est un train qui roule, interminablement. Pour dire que l'Holocauste n'a pas de fin.

 

 

(Le Monde, 3 mars 1994).

 

 


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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 08:03


 9 novembre

Bien des évènements se sont déroulés un 9 novembre.

Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VII), par un coup d'État, Napoléon Bonaparte prend le pouvoir et inaugure le Consulat avec un gouvernement constitué d'un Premier Consul (lui-même, dictateur de fait) et de deux Consuls : Cambacérès et Lebrun…

 

 

Le 9 novembre 1923, après une soirée agitée dans une brasserie de Munich, un agitateur brave la police de la ville à la tête de 3.000 militants et en compagnie du prestigieux général Ludendorff, héros de la Grande Guerre. Il a nom Adolf Hitler…


Le 9 novembre 1989, sous les caméras du monde entier, la jeunesse allemande se précipite à l'assaut du Mur de la honte…

 

Nous avons choisi d'autres évènements que nous nous proposons d’approcher dans les toutes prochaines publications. 


 

 

 

La « Nuit de Cristal »

 

Après cinq années de National-socialisme, les chefs du régime constatent que, malgré les menaces et les brimades, les trois-quarts de la population juive du Reich ont choisi de rester. Situation d’autant plus préoccupante que presque 200 000 Juifs résidants en Autriche tombent sous l’autorité du Reich après l’Anschluss. 1938 sera l’année d’une radicalisation et d’une accélération des mesures antisémites visant à éliminer toute présence juive, en particulier dans l’économie, et à encourager une émigration massive. Ces mesures législatives s’accompagnent d’actes de violence dont le point culminant sera


la « Nuit de Cristal ».

 

 

 

 

 

Le prétexte. L ’assassinat de Ernst vom Rath par Herschel Grynszpan

 

Le 7 novembre 1938, Herschel Grynszpan, Juif polonais d'origine allemande qui habite Paris et veut protester contre la récente expulsion des Juifs polonais vivant en Allemagne par-delà la frontière polonaise, se présente à l’ambassade d’Allemagne et blesse mortellement Ernst vom Rath, secrétaire d’ambassade.

 

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Herschel Grynszpan est emmené par la police. 
Il sera livré aux nazis par le France en 1940.

 

 

En France, Grynszpan est inculpé par le juge Tesnière de tentative d’assassinat et de meurtre avec préméditation.

 

Transféré à Berlin, Grynszpan est interrogé puis incarcéré à Sachsenhausen, le 18 janvier 1941 et fait plusieurs séjours à la prison de la Gestapo. Personne n’a jamais su avec certitude ce qu’il advint de Grynszpan. Si, en février 1936, le meurtre de Wilhelm Gustloff, chef d’une branche suisse du parti nazi, par David Frankfurter, étudiant juif d’origine yougoslave était passé inaperçu en raison des Jeux olympiques de Berlin celui de vom Rath est, pour les nazis, le prétexte au déclenchement de la « Nuit de Cristal ».

 

Le pogrom antijuifs

 

A l’annonce de l’attentat contre vom Rath, la presse allemande développe à l’envi le thème de la conspiration juive mondiale et menace de sévères représailles. C’est le prétexte idéal pour faire la chasse aux Juifs et les contraindre à quitter massivement l’Allemagne. Le 9 novembre au soir à Munich, Goebbels prononce un discours violent d’incitation aux représailles devant les chefs nazis réunis à l’ancien Hôtel de Ville de Munich pour la commémoration du putsch de 1923 et annonce que des pogroms antijuifs ont éclaté dans les districts de Kurhessen (Hesse-Cassel) et de Magdeburg-Anhalt. Il ajoute que, sur sa suggestion, Hitler a décidé de ne rien faire pour empêcher un mouvement qui s’étendrait spontanément à l’ensemble du Reich.

 

 

A l’annonce du décès de vom Rath l’émeute se propage avec une rapidité foudroyante. La SA donne ordre à ses troupes d’incendier systématiquement toutes les synagogues du pays.

 

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L'incendie de la synagogue de Marburg

 

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Incendie de la synagague de Frankfurt

 

 

Informé des événements dans la nuit, Himmler a une réaction relativement modérée, ordonnant à ses troupes d’entrer en action pour empêcher un pillage généralisé et pour interner une vingtaine de milliers de Juifs dans les camps de concentration. Les agresseurs se ruent à l’assaut des symboles de la vie juive.

 

Près d’une centaine de Juifs sont assassinés, plusieurs sont gravement blessés, des femmes sont violées. En Autriche le pogrom est plus violent encore : 42 synagogues sont détruites, 27 Juifs tués, une centaine est gravement blessée. 6 500 personnes sont arrêtées et transférées principalement aux camps de concentration de Dachau et Buchenwald.

 

La grande majorité des internés Juifs allemands et Juifs autrichiens, lors de la « Nuit de Cristal », est progressivement libérée entre le 18 novembre 1938 et le printemps 1939 s’ils s’engagent à émigrer sans tarder et à abandonner la majeure partie de leurs biens. Parmi eux, les vieillards, les grands malades, ceux qui peuvent prouver qu’ils vont émigrer ou accepter de céder leurs entreprises à un Aryen pour un prix dérisoire, sont les premiers libérés. Le froid, les mauvais traitements et les maladies provoquent la mort de plusieurs centaines « de Juifs de novembre ». La communauté juive est condamnée à payer une amende de un milliard de marks pour avoir causé ces dommages « en provoquant la juste colère du peuple allemand ». Elle sera prélevée sur les 7 milliards d’avoirs juifs bloqués depuis avril 1938. (lire note en bas de page)

 

Le déchaînement de violence donne à tort l’impression d’une émeute spontanée. En fait, à l’exception d’une minorité, la population est restée spectatrice. Peu de voix s’élèvent pour protester officiellement. Les Eglises restent silencieuses.

 

Dans la journée du 10, les violences cessent. Le bilan est très lourd : destruction de 267 synagogues en Allemagne, de nombreuses maisons communautaires, de milliers de lieux privés (maisons, appartements et commerces). A ces destructions matérielles s’est ajouté l’assassinat de 91 Juifs, l’arrestation et la déportation de 30 000 hommes à Dachau et Buchenwald. Dans les semaines qui suivent, la communauté juive est secouée par une vague de suicides sans précédents (680 dans la seule ville de Vienne), et la vague d’émigration vers l’Europe occidentale et la Palestine s’accélère.

 

Conscient du retentissement à l’échelle nationale et internationale de cet évènement (condamnation de l’opinion publique et politique au Royaume Uni et aux Etats-Unis, boycott des entreprises en France, Canada, Pays-Bas), le régime nazi décide de ne pas renouveler d’actions similaires au grand jour.

 

 

Note :

 

Les nazis ont fait preuve d'un sens de l'humour inégalé : La communauté juive est condamnée à payer une amende de un milliard de marks pour avoir causé ces dommages « en provoquant la juste colère du peuple allemand ». Elle sera prélevée sur les 7 milliards d’avoirs juifs bloqués depuis avril 1938.

 


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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 05:06

 

 

 

 

Le douloureux travail de mémoire des entreprises allemandes.


Le P-DG du groupe agroalimentaire Dr. Oetker a reconnu le passé nazi de son père. Le dernier aveu en date d'une longue série.

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August Oetker, actuel président du groupe, se dit soulagé des révélations sur les convictions nazies de son père, mort en 2007. © Sipa

 

 

Les cadavres finissent toujours par ressortir du placard. Dans un entretien au journal Die Zeit, le président du groupe agroalimentaire allemand Dr. Oetker a reconnu que son père était un nazi. "Mon père était un national-socialiste, a avoué August Oetker, qui produit notamment des pizzas surgelées ainsi que des gâteaux et des desserts à préparer. Il ne voulait pas parler de cette période. Il disait : "Enfants, laissez-moi en paix.". Le patron de ce groupe très présent en France a expliqué que Rudolf-August Oetker, décédé en 2007, avait été influencé par son propre beau-père, Richard Kaselowsky, fervent supporteur d'Adolf Hitler. Cet "aveu" fait suite à la décision de la compagnie de financer les recherches d'un historien dont les travaux viennent d'être publiés dans un ouvrage intitulé Dr. Oetker et le national-socialisme. August Oetker avoue que ce livre a retiré un poids qui pesait sur ses épaules. "J'ai maintenant le sentiment que je connais les faits, résume-t-il. Le brouillard est désormais levé."

Cette société familiale n'est pas la première à faire table rase de son lourd passé. Depuis quelques années, les groupes allemands sont de plus en plus nombreux à avouer leur participation au régime nazi. En 2011, Hugo Boss avait lui aussi choisi de financer la publication d'un livre de Roman Köster, historien à l'université de la Bundeswehr à Munich. Le chercheur a enquêté pendant trois ans sur la vie d'Hugo Ferdinand Boss, créateur en 1924 d'une petite usine d'habillement dans le Bade-Wurtemberg. Les conclusions du chercheur dans son ouvrage intitulé Hugo Boss 1924-1945. L'histoire d'une usine d'habillement pendant la République de Weimar et le IIIe Reich n'ont pas cherché à édulcorer la triste réalité. Au bord de la faillite, Hugo Ferdinand Boss est entré au parti nazi afin de décrocher un gros contrat : celui de la fabrication de chemises brunes... Même si l'historien estime qu'il n'y a "pas d'indication que la société Hugo Boss ait joué un rôle déterminant dans la fabrication des uniformes nazis, ni qu'elle ait été impliquée dans leur conception", ses révélations font plutôt mauvais genre. L'usine du groupe a de surcroît utilisé sur ses chaînes des travailleurs forcés.

L'indemnisation des travailleurs forcés et de leurs descendants

L'actuel directeur général de la célèbre marque de costumes pour hommes, Claus-Dietrich Lahrs, avait auparavant travaillé pour Delton AG, la holding appartenant à Stefan Quandt. Celui-ci pointe à la 81e place au classement des plus grosses fortunes mondiales selon le magazine Forbes avec un patrimoine estimé à 11,9 milliards de dollars. Il est le propriétaire de 17,4 % du capital de BMW, qu'il a hérité de son grand-père. Lequel, selon un livre publié récemment, "faisait partie du régime" nazi . En accédant aux archives de la famille bavaroise, l'historien a découvert que Günther Quandt avait exploité, parfois jusqu'à la mort, plus de 50 000 travailleurs forcés afin de fabriquer les armes indispensables à Hitler.

Hormis certains exemples emblématiques, comme ceux de Krupp et Flick, qui avaient été condamnés au tribunal de Nuremberg, ou encore de la société Degesch, filiale de Degussa, qui produisait le Zyklon B utilisé dans les camps d'extermination, la plupart des entreprises allemandes sont parvenues à cacher leur collaboration avec le régime nazi au lendemain de la guerre. Mais ces dernières années, plusieurs groupes comme Deutsche Bank, Allianz, Dresdner Bank, Commerzbank, Daimler Benz ou Volkswagen ont accepté de lever le voile sur leurs activités durant le IIIe Reich et ont financé les travaux d'historiens.

En 2000, une loi a mis en place la Fondation Souvenir, Responsabilité et Avenir (Erinnerung, Verantwortung und Zukunft). Doté d'un capital de 5,2 milliards d'euros financé pour moitié par l'État fédéral, pour le reste par près de 6 500 entreprises, cet établissement d'intérêt public a déjà indemnisé plus de 1,66 million de travailleurs forcés et victimes du national-socialisme ou leurs descendants.

 

©LePoint.fr- Publié le 18 octobre 2013 à 13h42

Par ©FREDERIC THERIN (à Munich)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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