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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 17:17

 

 

 

 

Rimes de cœur

 

 

De ce temps si vite passé

Rien n’est resté à la patience.

 

Je n’eus pas le temps d’y penser

Ni de faire un traité d’alliance

J’ai tout pris et tout dépensé.

 

Chaque plaisir, chaque malaise

Trouvaient les mots qui font pâlir.

 

Rimes du cœur sous les mélèzes,

La forêt comprend le désir

Et pleurait pour que mieux je plaise.

 

J’ai pris le rire en sa saison

Quand il venait en avalanche.

 

Quand parfumés de déraison

S’ouvraient les jasmins à peau blanche

J’acceptais la comparaison.

 

Il faisait bon si j’étais bonne

Meilleur si je faisais semblant.

 

Les vœux qu’on ne dit à personne

Éveillés par le cri des paons

Chantaient au remords qui fredonne.

 

La neige tombe, ohé ! traîneau

Je vais partir en promenade.

 

La neige anoblit mon manteau

Je suis la reine des nomades

Dans mon lit à quatre chevaux.

 

Je suis la reine sans coutumes

Qui connaît tous les jeux anciens.

 

La parole était mon costume

Et la lune mon petit chien

Jaloux d’un astre qui s’allume.

 

Une larme au bord de mes cils

Je dois poursuivre mon voyage.

 

Beau château restez de profil,

Pour rebroder vos personnages

Je prends mon aiguille et mon fil.

 

Le bonheur est un invalide

Qui passe en boitant comme moi.

 

Il n’a pas l’épaule solide

Mais je sais ce que je lui dois :

Mon cœur est plein, j’ai les mains vides.

 

 

 

 

Louise de Vilmorin

Le sable et le sablier,1945

 

 

 

 

Louise-de-Vilmorin-par-Cecil-Beaton.jpg

@Cecil Beaton

 

 


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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 05:08

 

 

 

 

 

 Louise-de-Vilmorin.jpeg

 

 

Viens

 

 

 

Viens, allons vivre en cachette,

Garde mon cœur sur ta main,

Ayons des amours secrètes :

Ne nous disons jamais rien.

 

 

Donne, donne…

 

 

Louise de Vilmorin

Le Sable du sablier, 1945

 

 

P.Duval-Lecamus.jpg

Pierre DUVAL-LECAMUS

La réponse ; Dame écrivant une lettre

Cherbourg, musée Thomas Henry

 

 

o   o   o

 

 

 

C'est à l'occasion de cette publication récente que nous avons reçu ce superbe commentaire de Jacques ; nous nous enorgueillissons de le publier ci-dessous ainsi qu'un second texte que Jacques nous a fait parvenir par courriel :

 

 

 

"Verrières.

Le salon bleu de Louise.

On la respire, gracile, profonde, libre.
Présente-passante. Libre. Toujours.

Essuie-Plume et Fourrure (les chats du dernier et prestigieux Hôte de passage) aiment ce luxe distant. Sans autre mépris, d'ailleurs, pour les mulots du château et du parc.

Le bel oiseau de Braque, près du petit bureau, c'est André qui l'a accroché.

Sous son aile, le dernier Homme admis au  Salon Bleu, écrira "La tête d'obsidienne", "Les Chênes qu'on abat", "Lazare" et mille autres feuillets, de cette écriture raffinée, qui s'enroule tels ces "dyables" qu'il dessine souvent.

Jusqu'à ce  jour fatal de novembre.

Jusqu'aux retrouvailles avec elle, Liberté-Louise, présente, passante."

 

 

malraux-et-louise.jpg

Louise de Vilmorin (à gauche)  et André Malraux

 

 

 

 

 

 

"Les amants de Verrières

 

S'il est un rivage délicieux, cher hôte de mes passages, c'est bien ce Nuage que vous dites "sans prétention".
Limpide, oui, si c'est cela l'absence de prétention, et sans affectation.
Chaque nouveau billet y délivre une bouffée de talent, mais barre-haute ! dans cette ensorcelante
langue qui subjugue.
 
Je n'imaginais pas qu'il y eût de tels "archaïques" heureux, heureux de célébrer Louise, encore ! Je me trompais, donc.
 
Je ne l'ai pas rencontrée, bibliquement s'entend. Et pas d'avantage tout court ! Le jeune homme de la fin des années  soixante jure, jure qu'elle ne fut pas son amante  ! Quel gâchis !  D'ailleurs, à ce moment, elle vivait avec André, intensément, ce rendez-vous fascinant qu'elle lui avait donné dans les années 20.
 "Mon petit André, vous dites que vous m'aimez ! Nous en reparlerons dans trente ans". Et cet amour remis, éclatant, fascinant, fascinait. Et lui d'abord, revenu de tant de morts et d'amours mortes.
 
Le Salon Bleu, ce fut plus tard, trois années après sa disparition, le théâtre d' une de ces rencontres improbables que le destin arrange : entrer, entre-apercevoir le Braque, respirer ses couleurs à elle, écouter les mains d' André M... parler-tourbillonner un presque après-midi entier.
 
 Tout est donc très simple.
 
Un billet de blog, une photo envoûtante, quatre vers d'une femme,  unilatéralement aimée et pour cause !
 
Merci !
 
Que le NuageNeuf nous enchante encore !
 
Votre J." 

 

 

louise-et-malraux.gif  

 Louise de Vilmorin et André Malraux à Verrières

 

 

 

 


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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 05:09

 

 

 

Trèfle

 

 

 

Trefle.-L.de-Vilmorin.jpg

 

Verrières la Grande, 15 février 1960

 

 

 

 

*    *    *

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 05:00

 

 Louise-de-Vilmorin.jpeg

 

 

Viens

 

 

 

Viens, allons vivre en cachette,

Garde mon cœur sur ta main,

Ayons des amours secrètes :

Ne nous disons jamais rien.

 

 

Donne, donne…

 

 

Louise de Vilmorin

Le Sable du sablier, 1945

 

 

P.Duval-Lecamus.jpg

Pierre DUVAL-LECAMUS

La réponse ; Dame écrivant une lettre

Cherbourg, musée Thomas Henry

 

 


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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 06:38

 

 

 

 

A l'envers de ma porte

 

Ma peur bleue, ma groseille,

L’amour est une abeille

Qui me mange le cœur

Et bourdonne à ma bouche

Que tu nourris et touches

Des baisers du malheur.

 

Mon ange sans oreilles,

Ma peur bleue, ma groseille,

Ne viendras-tu jamais

À l’envers de ma porte ?

Es-tu de cette sorte

Ange sourd et muet ?

 

Tes mains sans teint, polies

Au jeu de tes folies,

Se mouillent à mes yeux

Et tu ris de ces fleuves

Où naviguent mes vœux

Parmi tes robes neuves.

 

Ne me donneras-tu

Que ton chapeau pointu

À porter ma sorcière,

Et nul autre baiser

Que ces nids de danger

Et ces ruches entières ?

 

Ne me permets-tu pas

De t’enlever tes bas

À l’envers de ma porte ?

Je veux voir tes pieds nus

Et les abeilles mortes

Du bonheur revenu.

 

Mon ange sans oreilles,

Ma peur bleue, ma groseille

Posée sur mes désirs,

Ma chambre est grande ouverte

Que coupe l’allée verte

Par où tu dois venir.

 

Ma peur bleue, ma groseille,

Viens à fleur de mes veilles

Et que tombe le jour

À l’envers de ma porte.

Et que le vent emporte

Le chemin du retour.

 

 

 

Louise de Vilmorin

Fiançailles pour rire, 1939

in Poèmes (coll. Poésie/Gallimard, 1970)

 

 

MARC-AVOY-Portrait-de-L.de-Vilmorin.jpg

MAC-AVOY

Portrait de Louise de Vilmorin, 1970

 

 

 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 05:06

 

 

Louise-1940-Cecil-Beaton.jpg

 

     Louise de Vilmorin à Verrieres-le-Buisson

1940. Photo Cecil Beaton

 

 

Hôtel Crillon

15 juillet (St Henri) 1939

 



   Mon Poupoul chéri,


  

 

 Ta lettre m’a fait un immense plaisir. Les Fiançailles pour rire, c’est à toi que je les aurais dédiées si je n’avais pas épousé mon Pálffy*. Mais mon Pálffy* m’a épousée et tu n’en as pas fait autant. Un jour il faudra que je te raconte ma vie d’à-présent. Toi qui m’as toujours connue à Verrières, entourée de mes frères et de mes amoureux, peux-tu m’imaginer dans un château, en Slovaquie ? Le vaste parc se perd dans la forêt et les monts des petites Carpathes bornent mon horizon. Viens voir ça et profites-z’en pour me jeter un coup d’oeil, si le cœur t’en dit. Mais la question n’est pas là, ou, plutôt, je n’ai pas encore répondu à la question que tu m’as posée. Tu me demandes pourquoi le texte du poème « Eau de vie, au-delà » édité par Gallimard dans le volume que j’ai intitulé Fiançailles pour rire, n’est pas semblable au texte original que tu as reçu de moi longtemps avant la parution de ce volume. Eh bien, voilà : ce poème que j’avais écrit sans y mêler la moindre intention, la moindre pensée inconvenantes m’a valu de la part de Marie-Blanche des taquineries dont je suis encore éberluée. Elle m’a démontré que ce poème était l’indécence même et contenait des images et des aveux dignes de faire rougir le confesseur le plus large d’esprit. Et quand je lui ai dit qu’elle avait l’esprit mal tourné elle m’a répondu que mon inconscience n’était pas, à ses yeux, une preuve d’innocence. Elle riait, tu la vois d’ici, mais moi je te jure que je faisais une vraie figure d’omelette, et aux fines herbes encore. Bref, je n’ai pas osé le faire paraître tel qu’il était. Je l’ai modifié pour tout le monde et si je ne l’ai pas changé pour toi c’est que je l’avais écrit pour toi et que je savais que ta musique aurait le pouvoir de l’innocence sous sa forme originelle.
   Ne m’en veuille pas de cette longue explication. J’ai le style filandreux. Je voudrais te voir et t’embrasser. Je le fais en pensée aujourd’hui et c’est de tout cœur que je suis ta

 

Loulette.

 

 

 

 

*Paul Palffy d'Erdöd, époux - à l'époque - de Louise de Vilmorin.

 

 Francis Poulenc

Correspondance 1915-1963, Editions du Seuil, 1967, pp. 110-111.

Correspondance établie par Hélène De Wendel.

 


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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 05:51

 

 

Louise de Vilmorin, telle Sidonie (voir ici l'article consacré au poème de Charles Cros et aux interprétations de Brigitte Bardot), eut plus d'un amant. Louise, c'est Sacha Guitry au féminin.

- Je t'aimerai toujours, ce soir, lance-t-elle à l'amoureux du présent, Orson Welles. Ou à Saint-Exupéry: - Je t'enlacerai, tu t'en lasseras. Tous étaient sous la coupe de son immense pouvoir de séduction. Elle avait plus que l'embarras du choix. Elle n'a pas titré par hasard son premier recueil de poésies "Fiançailles pour rire", dont voici un des poèmes :

 

  

Choisir n’est pas trahir

 

Eau-de-vie, au-delà

À l'heure du plaisir

Choisir n'est pas trahir

Je choisis celui-là.

 

Je choisis celui-làtamara_de_lempicka_4.jpg

Qui sait me faire rire

D'un mot par-ci par-là

Comme on fait pour écrire

 

Comme on fait pour écrire

Il va de-ci de-là

Sans que j'ose lui dire

J'aime bien ce jeu-là

 

J'aime bien ce jeu-là

Qu'un souffle fait finir.

À l'heure du plaisir

Je choisis celui-là.

 

Louise de Vilmorin

 Fiançailles pour rire – 1939 -

 

 

 

 

Tamara DE LEMPICKA (1898-1980) a peint Louise de Vilmorin (cf. tableaux ci-dessous.) Voir une partie de son oeuvre :


 

 


 

 

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 05:25

 

 Louise-de-Vilmorin.jpeg

 

 

Viens

 

 

 

Viens, allons vivre en cachette,

Garde mon cœur sur ta main,

Ayons des amours secrètes :

Ne nous disons jamais rien.

 

 

Donne, donne…

 

 

Louise de Vilmorin

Le Sable du sablier, 1945

 


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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 07:24

 

 

L’île

 

 

L’île a des lis

Et des lilas

Pour les délices il y a des lits là.

Pas de soucis,

Cent liserons

Viens tes soucis vite s’enliseront.

Un cycle amène

Cycle centaure,

Sous les lilas où j’oublie tes cent torts,

Un cyclamen

Des centaurées

Et des pensées pour le temps dépensé.

L’île à délices

A des lilas,

Avec des lis j’ai porté ton lit là.

 

Louise de Vilmorin in  L’Alphabet des aveux -1954-

 

 


 

Femmes-aux-fleurs-Zhou-Fang

 

Illustration : Femmes aux fleurs. Zhou Fang. Peintre chinois.

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 06:25

Louise-de-Vilmorin-en-1940-par-Cecil-Beaton.jpg

 

Pour sa grâce, avant d'y revenir plus longuement.

 


 

 

Viens, allons vivre en cachette,
Garde mon cœur sur ta main,
Ayons des amours secrètes :
Ne nous disons jamais rien.


Donne, donne…



Louise de Vilmorin in Le Sable du sablier -1945  -

 

 

 


Louise Lévêque de Vilmorin, dite Louise de Vilmorin, est née le 4 avril 1902 dans la demeure familiale des Vilmorin à Antony. Déclarée à Verrières-le-Buisson, c’est là qu’elle s’éteindra le 26 décembre 1969. Elle fut inhumée sous un cèdre du parc. Par la suite André Malraux, mort fin 1976, y fut également enseveli. Mais sa dépouille en fut retirée en 1996 pour être transportée au Panthéon, sur décision de Jacques Chirac, alors Président de la République.

 

 

 

 

Illustration : Louise de Vilmorin par Cecil Beaton. -1940 -

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