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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 07:55

 

 

Je ne vous ferai pas de vers

 

 

Je ne vous ferai pas de vers,

Madame, blonde entre les blondes,

Vous réduirez trop l'univers,

Vous seriez reine sur les mondes.

         

Vos yeux de saphir, grands ouverts,

Inquiètent comme les ondes

Des fleuves, des lacs et des mers

Et j'en ai des rages profondes.

       

Mais je suis pourtant désarmé

Par la bouche, rose de mai,

Qui parle si bien sans parole,

         

Et qui dit le mot sans pareil,

Fleur délicieusement folle

Eclose à Paris, au soleil.

 

 

Charles CROS.

 

 

 

anthropometries.jpg

...Vos yeux de saphir, grands ouverts, 

 

 

Yves Klein. Anthropométries, 1960.

 


 


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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 07:49

 

 

 

Terre-Lune

 

Terre Lune, Terre Lune

Ce soir j'ai mis mes ailes d'or

Dans le ciel comme un météore

Je pars

 

Terre Lune, Terre Lune

J'ai quitté ma vieille atmosphère

J'ai laissé les morts et les guerres

Au revoir

 

Dans le ciel piqué de planètes

Tout seul sur une lune vide

Je rirai du monde stupide

Et des hommes qui font les bêtes

 

Terre Lune, Terre Lune

Adieu ma ville, adieu mon cœur

Globe tout perclus de douleurs

Bonsoir.

 

Boris Vian

 

 

Vian.-sacem.jpg

 

 


Un poète
C’est un être unique
A des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques

 

 

Boris Vian,1920-1959.


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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:41

 

 

 

La Faune

 

    Et toi, que manges-tu, grouillant ?

— Je mange le velu qui digère le pulpeux qui ronge le rampant.

 

    Et toi, rampant, que manges-tu ?

— Je dévore le trottinant qui bâfre l’ailé qui croque le flottant.

 

    Et toi, flottant, que manges-tu ?

— J’engloutis le vulveux qui suce le ventru qui mâche le sautillant.

 

    Et toi sautillant que manges-tu ?

— Je happe le gazouillant qui gobe le bigarré qui égorge le galopant.

 

    Est-il bon, chers mangeurs, est-il bon le goût du sang ?

— Doux, doux ! tu ne sauras jamais comme il est doux, herbivore !

 

 

Norge

 

 

 


le-boeuf-ecorche-Rembrandt.JPG 

...Est-il bon, chers mangeurs, est-il bon le goût du sang ?

 

Rembrandt. Le boeuf écorché.

 

 

 

 

Soutine.jpg

Soutine. Etude sur Le boeuf écorché de Rembrandt.


Peintre français d'origine russe issu d'une famille juive, Chaïm Soutine fréquenta l'Académie de Vilnius, de 1910 à 1913, après avoir péniblement surmonté l'opposition de sa famille et de la communauté juive. En 1913, il se rendit à Paris où il fréquenta l'atelier du peintre Fernand Cormon à l'Académie des Beaux-Arts. Mais ce furent surtout les oeuvres conservées au Musée du Louvre qui attirèrent Soutine : il put notamment y admirer Rembrandt, Goya et Courbet. En 1915, l'artiste fit la rencontre de Modigliani, avec lequel il tissa une solide amitié qui lui permit de s'insérer dans le monde artistique parisien. 

 


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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 08:12

 

 

 

Amarissimes.

 

Est-ce moi qui pleurais ainsi

    — Ou des veaux qu’on empoigne —

D’écouter ton pas qui s’éloigne,

    Beauté, mon cher souci ?

 

Et (je t’en fis, à pneumatique,

    Part, — sans aucun bagou)

Ces pleurs, ma chère, avaient le goût

    De l’onde adriatique.

 

Oui, oui : mais vous parlez de cri,

    Quand je repris ma lettre.

Grands dieux !... J’aurais mieux fait, peut-être,

    D’écrire à son mari.

 

 

Paul-Jean TOULET in Contrerimes, 20

 

 

 

drolling-homme-nu--.jpg

 

...Grands dieux !... J’aurais mieux fait, peut-être,

    D’écrire à son mari.

 

 

Illustration : Martin Drölling (1752-1817).  Homme nu, assis et écrivant. 

Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

 


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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 08:17

 

 

 

 

Couple

 

 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 08:17

 

 

 

Le désir de garder est aussi inséparable du désir de détruire. C'est que garder, c'est perdre. Si pour garder la trace de ce qui se passe maintenant, je prends une note pour ne pas l'oublier, je l'inscris sur du papier, et je la mets dans ma poche. Si ça s'arrête là ça veut dire que je perds, que j'expose le papier à sa perte. Pour garder, il faut que j'expose à la perte. Cette exposition à la perte, c'est un geste double dont la dualité est irréductible. Vouloir garder en mémoire, c'est exposer à l'oubli. C'est ce que j'appelle "le mal d'archive". Il y a la souffrance liée à l'archive et le désir d'archive. C'est le désir d'archive qui traverse cette expérience de la destructibilité radicale de l'archive. 

Si on était sûr que la destructibilité de l'archive était accidentelle, et que dans certains cas, il peut y avoir un accident mais que tout peut être gardé en principe, il n'y aurait ni besoin d'archive, ni souci d'archive. S'il y a un souci et une souffrance de l'archive, c'est parce qu'on sait que tout peut être détruit sans restes. Non seulement sans trace de ce qui a été, mais sans mémoire de la trace, sans le nom de la trace. Et c'est ce qui est à la fois la menace de l'archive et la chance de l'archive. L'archive doit être dehors, exposé au dehors.

 

Jacques Derrida."Archive et brouillon" in Pourquoi la critique génétique? 1998

Jacques Derrida, 1930 -2004, est un philosophe français.


 

 

memorial-holocauste-Berlin.jpg

 

 

Berlin, Mémorial de l'Holocauste.

Inauguré en 2005, le Mémorial est situé dans le centre historique de Berlin, à deux pas de la Porte de Brandebourg et face à l'ambassade des Etats-Unis. Conçu par Peter Eisenman, architecte américain, il aligne 2711 stèles de béton gris anthracite, toutes identiques en longueur et largeur, seules les hauteurs diffèrent.

 


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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 07:42

 

 

   Nous poursuivons la publication d'extraits arbitrairement choisis

dans le Journal de Jules RENARD.

 

 

 

 

5 janvier. 


Ses gestes surtout le distinguaient. Il prenait des mots à même sa bouche et, les enlevant, les faisait miroiter un moment entre ses doigts, comme des bagues. 


 

7 janvier.

Docquois me dit : 


-- Ce que vous faites, ce sont des feuilles qui tombent d'un arbre. Ceux qui ne comprennent pas se demandent où est l'arbre. 


Lire toujours plus haut que ce qu'on écrit. 


Le sourire est le commencement de la grimace. 


 

11 janvier. 


La volupté du mensonge. 


Quand il fait l'éloge de quelqu'un, il lui semble qu'il se dénigre un peu. 


Il s'endettait, dans la mesure de ses ressources. 


Dévisager les gens pour se faire l'oeil.

 

 

 

 


...à suivre, bien entendu... 


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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 08:16

 

 

 

La grenouille aux souliers percés

 

 

La grenouille aux souliers percés

A demandé la charité

Les arbres lui ont donné

Des feuilles mortes et tombées

Les champignons lui ont donné

Le duvet de leur grand chapeau

L'écureuil lui a donné

Quatre poils de son manteau

L'herbe lui a donné

Trois petites graines.

Le ciel lui a donné

Sa plus douce haleine

Mais la grenouille demande toujours,

Demande encore la charité

Car ses souliers sont toujours,

Sont toujours percés.

 

 

Robert Desnos

 

 

Claude-Monet-Effet-d-automne-a-Argenteuil--1873.JPG

 

...Les arbres lui ont donné

Des feuilles mortes et tombées...

 

 

 

Claude Monet, Effet d'automne à Argenteuil, 1873.

 

 


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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 08:00




"...L’homme qui, dès le commencement, a été longtemps baigné dans la molle atmosphère de la femme, dans l’odeur de ses mains, de son sein, de ses genoux, de sa chevelure, de ses vêtements souples et flottants, y a contracté une délicatesse d’épiderme et une distinction d’accent, une espèce d’androgynéité, sans lesquelles le génie le plus âpre et le plus viril reste, relativement à la perfection dans l’art, un être incomplet..."

Charles BAUDELAIRE in
Les Paradis artificiels

 


La Géante

Au temps que la nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.

J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son cœur couve une sombre flamme

Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.


 

 

Charles BAUDELAIRE, 19ème poème des Fleurs du mal

 

 

Renoir.Nu-dans-une-chaise.jpg

 

 

Pierre-Auguste RENOIR, Nu dans une chaise, 1900.

 


 

 


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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 08:00

 

 

 Amoureuse de Pyrrhus, Hermione se voit supplantée par Andromaque dans le cœur de celui-ci. Furieuse, elle a chargé Oreste de le tuer. Mais, pendant que le mariage de Pyrrhus et d'Andromaque est près d'être célébré, elle semble encore hésiter.

 

 

 

Hermione.

 

Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?

 

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?

 

Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.

 

Ah ! ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais ?

 

Le cruel ! de quel oeil il m'a congédiée :

 

Sans pitié, sans douleur au moins étudiée !

 

L'ai-je vu s'attendrir, se troubler un moment ?

 

En ai-je pu tirer un seul gémissement ?

 

Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,

 

Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ?

 

Et je le plains encore ! Et, pour comble d'ennui,

 

Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui !

 

Je tremble au seul penser du coup qui le menace !

 

Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce !

 

Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux :

 

Qu'il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous.

 

Le perfide triomphe et se rit de ma rage :

 

Il pense voir en pleurs dissiper cet orage :

 

Il croit que, toujours faible, et d'un coeur incertain,

 

Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.

 

Il juge encor de moi par mes bontés passées.

 

Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas

 

Si l'on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.

 

Il me laisse, l'ingrat, cet embarras funeste.

 

Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste.

 

Qu'il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,

 

Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir...

 

À le vouloir ? Eh quoi ! c'est donc moi qui l'ordonne ?

 

Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione ?

 

Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois

 

Avec tant de plaisir redire les exploits,

 

À qui même en secret je m'étais destinée

 

Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée ;

 

Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États,

 

Que pour venir si loin préparer son trépas,

 

L'assassiner, le perdre ? Ah ! devant qu'il expire...

 

 

Jean RACINE,  Andromaque (1667), acte V, scène I.

 

 

 

 

Comedie-francaise.jpg

 

 

Andromaque.jpg

Représentation à la Comédie Française, dans une mise en scène de Muriel Mayette, en janvier 2011. Photo© Christophe Raynaud de Lage

 

 


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