Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 05:29

 

 

 

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

 

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,

De vers, de billets doux, de procès, de romances,

Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,

Cache moins de secrets que mon triste cerveau.

C'est une pyramide, un immense caveau,

Qui contient plus de morts que la fosse commune.

—Je suis un cimetière abhorré de la lune,

Où comme des remords se traînent de longs vers

Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.

Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,

Où gît tout un fouillis de modes surannées,

Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,

Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

 

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,

Quand sous les lourds flocons des neigeuses années

L'ennui, fruit de la morne incuriosité,

Prend les proportions de l'immortalité.

—Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !

Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,

Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;

Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,

Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche

Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

 

 

Charles BAUDELAIRE

Les Fleurs du mal, 1857

LXXVI. — Spleen

 

 

 

Melle-O-Murphy-Boucher.jpg

...les pastels plaintifs et les pâles Boucher... 

 

 

François Boucher

Mademoiselle O'Murphy, 1752

 

 

 

*   *   *

 


 

 


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 05:16

 

 

 

L’Examen de Minuit

           

La pendule, sonnant minuit,

Ironiquement nous engage

À nous rappeler quel usage

Nous fîmes du jour qui s’enfuit :

— Aujourd’hui, date fatidique,

Vendredi, treize, nous avons,

Malgré tout ce que nous savons,

Mené le train d’un hérétique.

 

Nous avons blasphémé Jésus,

Des Dieux le plus incontestable !

Comme un parasite à la table

De quelque monstrueux Crésus,

Nous avons, pour plaire à la brute,

Digne vassale des Démons,

Insulté ce que nous aimons

Et flatté ce qui nous rebute ;

 

Contristé, servile bourreau,

Le faible qu’à tort on méprise ;

Salué l’énorme bêtise,

La Bêtise au front de taureau ;

Baisé la stupide Matière

Avec grande dévotion,

Et de la putréfaction

Béni la blafarde lumière.

 

Enfin, nous avons, pour noyer

Le vertige dans le délire,

Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,

Dont la gloire est de déployer

L’ivresse des choses funèbres,

Bu sans soif et mangé sans faim !...

— Vite soufflons la lampe, afin

De nous cacher dans les ténèbres !

 

 

Charles BAUDELAIRE.

 

 

 


Nettoyons un peu nos yeux endoloris ! Profitons de la luminosité extraordinaire de cette toile de Claude Monet.

 

 

 

 

Jeanne-marguerite-Lecadre.jpg

 

 

 

 

Claude Monet, "Jeanne-Marguerite Lecadre au jardin" ou "Femme au jardin", 1866 ou 1867.

 

Note : Ce jardin serait situé à Sainte-Adresse, près du Havre, où une tante de Claude Monet possédait une demeure. Jeanne-Marguerite Lecadre serait une petite cousine de Monet. Sous toutes réserves. La toile, en revanche et sans réserves, est propriété du Musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg.

 

 

 


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 06:12

 

 

On ne peut qu'inciter le lecteur à étudier ce texte repris dans Petits poèmes en prose

tant il recèle  de clés  pour entr'aperevoir l'âme si mystérieuse de Baudelaire. 

 

LES BIENFAITS DE LA LUNE

  

 

 

 

 

 

 

La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit: "Cette enfant me plaît."

   Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s'étendit sur toi avec la tendresse souple d'une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes, et tes joues extraordinairement pâles. C'est en contemplant cette visiteuse que tes yeux se sont si bizarrement agrandis; et elle t'a si tendrement serrée à la gorge que tu en as gardé pour toujours l'envie de pleurer.

   Cependant, dans l'expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux; et toute cette lumière vivante pensait et disait: "Tu subiras éternellement l'influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j'aime et ce qui m'aime: l'eau, les nuages, le silence et la nuit; la mer immense et verte; l'eau uniforme et multiforme; le lieu où tu ne seras pas; l'amant que tu ne connaîtras pas; les fleurs monstrueuses; les parfums qui font délirer; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d'une voix rauque et douce!

   "Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans. Tu seras la reine des hommes aux yeux verts dont j'ai serré aussi la gorge dans mes caresses nocturnes; de ceux-là qui aiment la mer, la mer immense, tumultueuse et verte, l'eau informe et multiforme, le lieu où ils ne sont pas, la femme qu'ils ne connaissent pas, les fleurs sinistres qui ressemblent aux encensoirs d'une religion inconnue, les parfums qui troublent la volonté, et les animaux sauvages et voluptueux qui sont les emblèmes de leur folie."

   Et c'est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couché à tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques.

 

 

 

 

 

 

Charles BAUDELAIRE

Le Spleen de Paris

—Repris en 1864 sous le titre Petits poèmes en prose—

(Initialement publié sans titre dans la revue Le Boulevard en 1963)

 

 

 


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:18

 

 

 

Le mauvais vitrier

 

 

Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l'action, qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables.

   

 Tel qui, craignant de trouver chez son concierge une nouvelle chagrinante, rôde lâchement une heure devant sa porte sans oser rentrer, tel qui garde quinze jours une lettre sans la décacheter, ou ne se résigne qu'au bout de six mois à opérer une démarche nécessaire depuis un an, se sentent quelquefois brusquement précipités vers l'action par une force irrésistible, comme la flèche d'un arc. Le moraliste et le médecin, qui prétendent tout savoir, ne peuvent pas expliquer d'où vient si subitement une si folle énergie à ces âmes paresseuses et voluptueuses, et comment, incapables d'accomplir les choses les plus simples et les plus nécessaires, elles trouvent à une certaine minute un courage de luxe pour exécuter les actes les plus absurdes et souvent même les plus dangereux.

  

 Un de mes amis, le plus inoffensif rêveur qui ait existé, a mis une fois le feu à une forêt pour voir, disait-il, si le feu prenait avec autant de facilité qu'on l'affirme généralement. Dix fois de suite, l'expérience manqua; mais, à la onzième, elle réussit beaucoup trop bien.

  

 Un autre allumera un cigare à côté d'un tonneau de poudre, pour voir, pour savoir, pour tenter la destinée, pour se contraindre lui-même à faire preuve d'énergie, pour faire le joueur, pour connaître les plaisirs de l'anxiété, pour rien, par caprice, par désoeuvrement.

  

 C'est une espèce d'énergie qui jaillit de l'ennui et de la rêverie; et ceux en qui elle se manifeste si inopinément sont, en général, comme je l'ai dit, les plus indolents et les plus rêveurs des êtres.

  

 Un autre, timide à ce point qu'il baisse les yeux même devant les regards des hommes, à ce point qu'il lui faut rassembler toute sa pauvre volonté pour entrer dans un café ou passer devant le bureau d'un théâtre, où les contrôleurs lui paraissent investis de la majesté de Minos, d'Eaque et de Rhadamante, sautera brusquement au cou d'un vieillard qui passe à côté de lui et l'embrassera avec enthousiasme devant la foule étonnée.

 

   - Pourquoi? Parce que... parce que cette physionomie lui était irrésistiblement sympathique? Peut-être; mais il est plus légitime de supposer que lui-même il ne sait pas pourquoi.

  

 J'ai été plus d'une fois victime de ces crises et de ces élans, qui nous autorisent à croire que des Démons malicieux se glissent en nous et nous font accomplir, à notre insu, leurs plus absurdes volontés.

  

 Un matin je m'étais levé maussade, triste, fatigué d'oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire quelque chose de grand, une action d'éclat; et j'ouvris la fenêtre, hélas!

 

   (Observez, je vous prie, que l'esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n'est pas le résultat d'un travail ou d'une combinaison, mais d'une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l'ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d'actions dangereuses ou inconvenantes.)

  

 La première personne que j'aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu'à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d'ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l'égard de ce pauvre homme d'une haine aussi soudaine que despotique.

 

   "- Hé! hé!" et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l'escalier fort étroit, l'homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

  

 Enfin il parut: j'examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis: "Comment? vous n'avez pas de verres de couleur? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis? Impudent que vous êtes! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n'avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau!" Et je le poussai vivement vers l'escalier, où il trébucha en grognant.

  

 Je m'approchai du balcon et je me saisis d'un petit pot de fleurs, et quand l'homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d'un palais de cristal crevé par la foudre.

  

 Et, ivre de ma folie, le lui criai furieusement: "La vie en beau! la vie en beau!"

  

 Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance?

 

 

 

 

Charles BAUDELAIRE

Le Spleen de Paris

Repris en 1864 sous le titre Petits poèmes en prose


 

(...) lui criai furieusement: "La vie en beau! la vie en beau!"(...) 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 06:03

 

 

 

 

Le Chat

 

De sa fourrure blonde et brune

Sort un parfum si doux, qu'un soir

J'en fus embaumé, pour l'avoir

Caressée une fois, rien qu'une.

 

C'est l'esprit familier du lieu ;

Il juge, il préside, il inspire

Toutes choses dans son empire ;

Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

 

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime

Tirés comme par un aimant,

Se retournent docilement

Et que je regarde en moi-même,

 

Je vois avec étonnement

Le feu de ses prunelles pâles,

Clairs fanaux, vivantes opales,

Qui me contemplent fixement.

 

 

 

Charles BAUDELAIRE

Les fleurs du mal, section II

 

 

 

 

 

Dali-and-his-cat.jpg

 

(...) Qui me contemplent fixement.

 

 

Chatlvador DALI (?)

ou    

Darkvador DALI (?)    


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 06:03

 

 

 

 

renoir-auguste-1.1217835759.JPG

Auguste RENOIR, 1868

 

 

 

 

Le chat

 

Dans ma cervelle se promène,

Ainsi qu'en son appartement,

Un beau chat, fort, doux et charmant.

Quand il miaule, on l'entend à peine,

 

Tant son timbre est tendre et discret ;

Mais que sa voix s'apaise ou gronde,

Elle est toujours riche et profonde.

C'est là son charme et son secret.

 

Cette voix, qui perle et qui filtre

Dans mon fonds le plus ténébreux,

Me remplit comme un vers nombreux

Et me réjouit comme un philtre.

 

Elle endort les plus cruels maux

Et contient toutes les extases ;

Pour dire les plus longues phrases,

Elle n'a plus besoin de mots.

Non, il n'est pas d'archet qui morde

Sur mon coeur, parfait instrument,

Et fasse plus royalement

Chanter sa plus vibrante corde,

 

Que ta voix, chat mystérieux,

Chat séraphique, chat étrange,

En qui tout est, comme en un ange,

Aussi subtil qu'harmonieux !

 

 

 

Charles BAUDELAIRE

 

Les fleurs du mal. Section 1

 

 

 

 

 

 

Le-garcon-au-chat.jpg

Le garçon au chat

 

Le Garçon au chat n'a pas livré tous ses mystères. Ce nu masculin est sans équivalent dans l'œuvre de Renoir. On ne connaît pas l'identité du modèle qui a posé de dos, câlinant un chat. Le regard qu'il jette comme à la dérobée vers le spectateur reste énigmatique. La scène semble exempte de toute référence à la mythologie.

 

Renoir peint ce tableau en 1868 : l'année marque un tournant pour l'artiste, encore au début de sa carrière. Après avoir été refusé aux Salons de 1866 et de 1867, il connaît enfin le succès avec un grand portrait féminin de plein air, Lise à l'ombrelle, aujourd'hui conservé au musée Folkwang à Essen. La seconde moitié des années 1860 sont aussi celles du compagnonnage avec Bazille, Sisley et Monet. Tous sont marqués par l'exemple de leurs glorieux aînés, Courbet et Manet. On retrouve l'influence de ces derniers dans la facture réaliste et les harmonies froides du Garçon au chat. Ce tableau acheté en vente publique en 1992 est venu opportunément compléter les collections du musée d'Orsay où les débuts de Renoir sont peu représentés.

 

Source : Musée d’Orsay ©2006

 



Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 10:00

 

 

 

 

La Soupe et les nuages

 

Ma petite folle bien-aimée me donnait à dîner, et par la fenêtre ouverte de la salle à manger je contemplais les mouvantes architectures que Dieu fait avec les vapeurs, les merveilleuses constructions de l'impalpable. Et je me disais, à travers ma contemplation: « - Toutes ces fantasmagories sont presque aussi belles que les yeux de ma belle bien-aimée, la petite folle monstrueuse aux yeux verts. »

 

Et tout à coup je reçus un violent coup de poing dans le dos, et j'entendis une voix rauque et charmante, une voix hystérique et comme enrouée par l'eau-de-vie, la voix de ma chère petite bien-aimée, qui disait: « - Allez-vous bientôt manger votre soupe, s...b... de marchand de nuages? »

 

 

 

Charles Baudelaire

 Le Spleen de Paris

 

 

 nuages-au-2K.jpg

...les merveilleuses constructions de l'impalpable...

 

 

Le Touquet. La baie de Canche. A droite, la "plage des pauvres".

 


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 12:58

 

 

 

 

Les Fleurs du Mal, XLII

Ce sonnet n'a pas été écrit pour Marilyn, d'après nos informations, et pourtant !...


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'aube spirituelle, dit par Gilles-Claude Thériault

 

Joshua-Logan.jpg

©photo Joshua Logan

Toile de Picasso. Maternité.

 

L'aube spirituelle

           

          Quand chez les débauchés l'aube blanche et vermeille

                Entre en société de l'Idéal rongeur,

                Par l'opération d'un mystère vengeur

                Dans la brute assoupie un ange se réveille ;

              

              

                — Des Cieux Spirituels l'inaccessible azur,

                Pour l'homme terrassé qui rêve encore et souffre,

                S'ouvre et s'enfonce avec l'attirance du gouffre.

                Ainsi, chère Déesse, Être lucide et pur,

              

              

              

                Sur les débris fumeux des stupides orgies,

                Ton souvenir plus clair, plus rose, plus charmant,

                A mes yeux agrandis voltige incessamment.

              

              

                Le soleil a noirci les flammes des bougies ;

                — Ainsi, toujours vainqueur, ton fantôme est pareil,

                Ame resplendissante, à l'immortel soleil !

 

 

 

 

Les Fleurs du Mal, XLII

Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 05:00

 

 

 

 

Brumes et pluies

Ô fins d'automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D'envelopper ainsi mon coeur et mon cerveau
D'un linceul vaporeux et d'un vague tombeau.

Dans cette grande plaine où l'autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s'enroue,
Mon âme mieux qu'au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.

Rien n'est plus doux au coeur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
Ô blafardes saisons, reines de nos climats,

Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.


Charles BAUDELAIRE



Ingres.jpg

(...) Que l'aspect permanent de vos pâles ténèbres,
- Si ce n'est, par un soir sans lune, deux à deux,
D'endormir la douleur sur un lit hasardeux.
Ingres-2.jpg


INGRES
Etudes
Musée Ingres, Montauban


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article
24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 05:09

 

 

 

               Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne,

               Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,

               Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis,

               Et que tu me parais, ornement de mes nuits,

               Plus ironiquement accumuler les lieues

               Qui séparent mes bras des immensités bleues.

              

 

               Je m'avance à l'attaque, et je grimpe aux assauts,

               Comme après un cadavre un choeur de vermisseaux,

               Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !

               Jusqu'à cette froideur par où tu m'es plus belle !

 

 

 

Charles BAUDELAIRE

Les Fleurs du Mal

Spleen et idéal, XXIV

 

 

 

Van-Dongen.jpg

(...) Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !

     Jusqu'à cette froideur par où tu m'es plus belle !

 

 

 

 

Kees Van Dongen

Portrait de Madelaine Grey à la rose, 1929

 


Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans BAUDELAIRE Charles
commenter cet article

Présentation

  • : nuageneuf.over-blog.com
  • : Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
  • Contact

Recherche

Pages