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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 06:14

 

 

 

 

Le dernier des madrigaux

 

 

Permettez

Madame

C'est grand liberté

Que je le proclame

Vous atteignez à la beauté

Ce n'est pas peu dire

Ce n'est pas pour rire

C'est même exactement

Pour pleurer

 

 

 

 

 

 

Votre manière agaçante

De manier l'éventail

Vos airs de reine ou de servante

Vos dents d'émail

Vos silences pleins d'aveux

Vos jolis petits cheveux

Ce sont des raisons excellentes

Pour pleurer

 

 

 

Louis ARAGON

 

 

 

 

 

Janusz-Miller.jpg

Photo ©Janusz Miller

 

 

 

 

 

 


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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 10:02

 

 

 

Jorge Semprun l’a toujours affirmé : « Je ne suis pas un survivant […] je ne parlerai jamais comme quelqu’un qui a survécu à la mort de ses camarades. Je ne suis qu’un vivant, c’est tout ! »


 

 

Chanson pour oublier Dachau


Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs

Il n'y aura pas à courir les pieds nus dans la neige

Il ne faudra pas se tenir les poings sur les hanches jusqu'au matin

Ni marquer le pas le genou plié devant un gymnasiarque dément

Les femmes de quatre-vingt-trois ans les cardiaques ceux qui justement

 

 

Ont la fièvre ou des douleurs articulaires ou

Je ne sais pas moi les tuberculeux

N'écouteront pas les pas dans l'ombre qui s'approchent

Regardant leurs doigts déjà qui s'en vont en fumée

 

 

Nul ne réveillera cette nuit les dormeurs

 

 

Ton corps n'est plus le chien qui rôde et qui ramasse

Dans l'ordure ce qui peut lui faire un repas

Ton corps n'est plus le chien qui saute sous le fouet

Ton corps n'est plus cette dérive aux eaux d'Europe

Ton corps n'est plus cette stagnation cette rancoeur

Ton corps n'est plus la promiscuité des autre

N'est plus sa propre puanteur

Homme ou femme tu dors dans des linges lavés

 

 

Ton corps

 

 

Quand tes yeux sont fermés quelles sont les images

Qui repassent au fond de leur obscur écrin

Quelle chasse est ouverte et quel monstre marin

Fuit devant les harpons d'un souvenir sauvage

Quand tes yeux sont fermés revois-tu revoit-on

Mourir aurait été si doux à l'instant même

Dans l'épouvante où l'équilibre est stratagème

Le cadavre debout dans l'ombre du wagon

Quand tes yeux sont fermés quel charançon les ronge

Quand tes yeux sont fermés les loups font-ils le beau

Quand tes yeux sont fermés ainsi que des tombeaux

Sur des morts sans suaire en l'absence des songes

 

 

Tes yeux

 

 

Homme ou femme retour d'enfer

Familiers d'autres crépuscules

Le goût de soufre aux lèvres gâtant le pain frais

Les réflexes démesurés à la quiétude villageoise de la vie

Comparant tout sans le vouloir à la torture

Déshabitués de tout

Hommes et femmes inhabiles à ce semblant de bonheur revenu

Les mains timides d'enfants

Le cœur étonné de battre

 

 

Leurs yeux

 

 

Derrière leurs yeux pourtant cette histoire

Cette conscience de l'abîme

Et l'abîme

Où c'est trop d'une fois pour l'homme être tombé

Il y a dans ce monde nouveau tant de gens

Pour qui plus jamais ne sera naturelle la douceur

Il y a dans ce monde ancien, tant et tant de gens

Pour qui tant de douceur est désormais étrange

Il y a dans ce monde ancien et nouveau tant de gens

Que leurs propres enfants ne pourront pas comprendre

 

 

Oh vous qui passez

Ne réveillez pas cette nuit les dormeurs.

 

 

 

Louis ARAGON

 

 

 

Bundesarchiv_Bild_152-11-12-_Dachau-_Konzentrationslager-_B.jpg

Bundesarchiv. Bild 152-11

Dachau, Konzentrationslager. Visite de H.Himmler, Reichsfürher der SS. le 8 1938

 

 

Le camp de Dachau est le premier camp de concentration mis en place par le régime nazi. Son ouverture est annoncée par Heinrich Himmler le 21 mars 1933 et des prisonniers arrivent dès le lendemain. Il reste en service jusqu'à sa libération en avril 1945.

 


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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 09:09

 

 

 

 

Les mains d'Elsa

 

 

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude

Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé

Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude

Donne-moi te mains que je sois sauvé

 

 

Lorsque je les prends à mon pauvre piège

De paume et de peur de hâte et d'émoi

Lorsque je les prends comme une eau de neige

Qui fond de partout dans mes main à moi

 

 

Sauras-tu jamais ce qui me traverse

Ce qui me bouleverse et qui m'envahit

Sauras-tu jamais ce qui me transperce

Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli

 

 

Ce que dit ainsi le profond langage

Ce parler muet de sens animaux

Sans bouche et sans yeux miroir sans image

Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

 

 

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent

D'une proie entre eux un instant tenue

Sauras-tu jamais ce que leur silence

Un éclair aura connu d'inconnu

 

 

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme

S'y taise le monde au moins un moment

Donne-moi tes mains que mon âme y dorme

Que mon âme y dorme éternellement.

 

Louis ARAGON

Le Fou d'Elsa, extrait

 

 

 

 

 

The-Welcoming-Hands.jpg

 

 

 

 

Welcoming-hands.jpg

 

Louise Bourgeois

Welcoming Hands

 

 

 

 


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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 04:52

 

 

 

 

La Constellation

 

Aucun mot n'est trop grand trop fou quand c'est pour elle

Je lui songe une robe en nuages filés

lire la suite ici clic-clic

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 05:00

 

 

Il y a des choses que je ne dis à Personne Alors 


Il y a des choses que je ne dis à Personne Alors

Elles ne font de mal à personne Mais

Le malheur c’est

Que moi

Le malheur le malheur c’est

Que moi ces choses je les sais

 

Il y a des choses qui me rongent La nuit

Par exemple des choses comme

Comment dire comment des choses comme des songes

Et le malheur c’est que ce ne sont pas du tout des songes

 

Il y a des choses qui me sont tout à fait

Mais tout à fait insupportables même si

Je n’en dis rien même si je n’en

Dis rien comprenez comprenez-moi bien

 

Alors ça vous parfois ça vous étouffe

Regardez regardez-moi bien

Regardez ma bouche

Qui s’ouvre et ferme et ne dit rien

 

Penser seulement d’autre chose

Songer à voix haute et de moi

Mots sortent de quoi je m’étonne

Qui ne font de mal à personne

 

Au lieu de quoi j’ai peur de moi

De cette chose en moi qui parle

 

Je sais bien qu’il ne le faut pas

Mais que voulez-vous que j’y fasse

Ma bouche s’ouvre et l’âme est là

Qui palpite oiseau sur ma lèvre

 

O tout ce que je ne dis pas

Ce que je ne dis à personne

Le malheur c’est que cela sonne

Et cogne obstinément en moi

Le malheur c’est que c’est en moi

Même si n’en sait rien personne

Non laissez-moi non laissez-moi

Parfois je me le dis parfois

Il vaut mieux parler que se taire

 

Et puis je sens se dessécher

Ces mots de moi dans ma salive

C’est là le malheur pas le mien

Le malheur qui nous est commun

Épouvantes des autres hommes

Et qui donc t’eut donné la main

Étant donné ce que nous sommes

 

Pour peu pour peu que tu l’aies dit

Cela qui ne peut prendre forme

Cela qui t’habite et prend forme

Tout au moins qui est sur le point

Qu’écrase ton poing

Et les gens Que voulez-vous dire

Tu te sens comme tu te sens

Bête en face des gens Qu’étais-je

Qu’étais-je à dire Ah oui peut-être

Qu’il fait beau qu’il va pleuvoir qu’il faut qu’on aille

Où donc Même cela c’est trop

Et je les garde dans les dents

Ces mots de peur qu’ils signifient

 

Ne me regardez pas dedans

Qu’il fait beau cela vous suffit

Je peux bien dire qu’il fait beau

Même s’il pleut sur mon visage

Croire au soleil quand tombe l’eau

Les mots dans moi meurent si fort

Qui si fortement me meurtrissent

Les mots que je ne forme pas

Est-ce leur mort en moi qui mord

 

Le malheur c’est savoir de quoi

Je ne parle pas à la fois

Et de quoi cependant je parle

 

C’est en nous qu’il nous faut nous taire

 

Louis Aragon

Le fou d'Elsa 

 

 

aragon-par-Matisse.jpg 

Henri Matisse

Aragon

 

 

... O tout ce que je ne dis pas

Ce que je ne dis à personne

Le malheur c’est que cela sonne

Et cogne obstinément en moi ...


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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 17:00

 

 

 

 

 

Lire-Proust.jpg

Image toile

 

 

 

 

 

  « La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière. »

Louis Aragon

Blanche ou l'oubli

 

 


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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 05:14

 

 

 

 

Le dernier des madrigaux

 

 

Permettez

Madame

C'est grand liberté

Que je le proclame

Vous atteignez à la beauté

Ce n'est pas peu dire

Ce n'est pas pour rire

C'est même exactement

Pour pleurer

 

 

 

 

 

 

Votre manière agaçante

De manier l'éventail

Vos airs de reine ou de servante

Vos dents d'émail

Vos silences pleins d'aveux

Vos jolis petits cheveux

Ce sont des raisons excellentes

Pour pleurer

 

 

 

Louis ARAGON

 

 

 

 

 

Janusz-Miller.jpg

Photo ©Janusz Miller

 


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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 06:26

 

 

 

 

Est-ce ainsi que les hommes vivent

 

 

 

Tout est affaire de décor

Changer de lit changer de corps

À quoi bon puisque c'est encore

Moi qui moi-même me trahis

Moi qui me traîne et m'éparpille

Et mon ombre se déshabille

Dans les bras semblables des filles

Où j'ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd

Le temps de rêver est bien court

Que faut-il faire de mes nuits

Que faut-il faire de mes jours

Je n'avais amour ni demeure

Nulle part où je vive ou meure

Je passais comme la rumeur

Je m'endormais comme le bruit.

C'était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d'épaule

La pièce était-elle ou non drôle

Moi si j'y tenais mal mon rôle

C'était de n'y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern

Entre La Sarre et les casernes

Comme les fleurs de la luzerne

Fleurissaient les seins de Lola

Elle avait un coeur d'hirondelle

Sur le canapé du bordel

Je venais m'allonger près d'elle

Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages

Il y volait des oies sauvages

Qui criaient la mort au passage

Au-dessus des maisons des quais

Je les voyais par la fenêtre

Leur chant triste entrait dans mon être

Et je croyais y reconnaître

Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche

Ses cheveux tombaient sur ses hanches

Et la semaine et le dimanche

Elle ouvrait à tous ses bras nus

Elle avait des yeux de faÏence

Elle travaillait avec vaillance

Pour un artilleur de Mayence

Qui n'en est jamais revenu.

Il est d'autres soldats en ville

Et la nuit montent les civils

Remets du rimmel à tes cils

Lola qui t'en iras bientôt

Encore un verre de liqueur

Ce fut en avril à cinq heures

Au petit jour que dans ton coeur

Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

 

 

 

Louis ARAGON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... On prenait les loups pour des chiens ... 

 

 

 

 

loups.jpg

 

... Est-ce ainsi que les hommes vivent ...

 

 

 

 

 

... Elle était brune elle était blanche


MANARA.jpg

 

Milo MANARA

 

 


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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 06:02

 

 

 

 

Il n'aurait fallu

 

 

 

 

 

Il n'aurait fallu

Qu'un moment de plus

Pour que la mort vienne

Mais une main nue

Alors est venue

Qui a pris la mienne

 

 

 

Qui donc a rendu

Leurs couleurs perdues

Aux jours aux semaines

Sa réalité

A l'immensité

Des choses humaines

 

 


Moi qui frémissais

Toujours je ne sais

De quelle colère

Deux bras ont suffi

Pour faire à ma vie

Un grand collier d'air

 

 


Rien qu'un mouvement

Ce geste en dormant

Léger qui me frôle

Un souffle posé

Moins une rosée

Contre mon épaule

 

 

 

Un front qui s'appuie

A moi dans la nuit

Deux grands yeux ouverts

Et tout m'a semblé

Comme un champ de blé

Dans cet univers

 

 

 

Un tendre jardin

Dans l'herbe où soudain

La verveine pousse

Et mon cœur défunt

Renaît au parfum

Qui fait l'ombre douce

 

 

 

LOUIS ARAGON

 

Le Roman Inachevé, 1956

 

 


Monet--le-dejeuner.jpg

Claude MONET

Le déjeuner

vers 1874

 

 

Le déjeuner : panneau décoratif

Après 1870, Monet renonce aux grands formats de ses débuts. Quelques oeuvres cependant font exception : ce sont Le déjeuner exposé à la seconde exposition impressionniste de 1876 comme "panneau décoratif" et les toiles destinées à la décoration du château de Rottenbourg à Montgeron pour Ernest Hoschedé, peintes en 1876-1877. On peut se d'ailleurs demander si ce n'est pas ce Déjeuner, vu dans l'atelier de Monet ou à l'exposition de 1876, qui incite Hoschedé à commander les panneaux destinés à sa propriété.

Le charme du sujet vient surtout de l'impression d'instantanéité, de l'évocation simple d'une vie familiale dont il ne reste que quelques traces. La table n'est pas desservie comme à la fin d'un repas. Un chapeau accroché à une branche d'arbre, un sac et une ombrelle posés sur le banc paraissent avoir été oubliés là. Sous l'ombre fraîche du feuillage, le petit Jean Monet joue calmement avec quelques planchettes de bois.

 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 06:34

 

 

 

-Louis-Aragon-3-oct-71-1.jpg

Louis Aragon, dans une manifestation du P.C.F le 3 octobre 1971 à Paris. ©Photo Bloncourt.

 

 

 

Que la vie en vaut la peine

 

C'est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit

Ces moments de bonheur ces midis... la suite est ici

 

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