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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 10:38

 

 

 

 

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...Je ne suis pas seul

 

 

 

Je ne suis pas seul

 

 

 

Chargée

De fruits légers aux lèvres

Parée

De mille fleurs variées

Glorieuse

Dans les bras du soleil

Heureuse

D'un oiseau familier

Ravie

D'une goutte de pluie

Plus belle

Que le ciel du matin

Fidèle

 

 

Je parle d'un jardin

Je rêve

 

 

Mais j'aime justement

 

 

 

 

Paul Eluard

 Médieuses.

 


 

 

Illustration

FLORAISON NUPTIALE.  On croirait un tableau à la fois impressionniste et surréaliste. Car ce ne sont pas des feuilles mortes qui s’accrochent à ce bosquet de hêtres espagnols, mais des millions de pinsons du Nord, tous revêtus de leur livrée nuptiale– orange, noir et blanc – dont les couleurs imitent à la perfection celles des feuillus en automne. Très grégaires lorsqu’ils remontent en février vers leurs zones de nidification scandinaves, ces passereaux étaient ce jour-là près de 2 millions à observer une halte dans les Pyrénées. Mais cela n’a rien d’un record : en 1951, des ornithologues suisses ont eu le bonheur et la stupéfaction d’en décompter 72 millions dans l’une de leurs forêts !  (© Biosphoto/Juan-Carlos Muñoz)

 

 


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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 06:13

 

 

 

 

"J'étais très flatté que la Monnaie de Paris me demande de créer ces pièces"

©J.J.SEMPE

 

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©Jean-Jacques SEMPE

 


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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 06:34

 

 

extrait    

 

 

 

 

Où l'auteur s'inquiète brièvement du sort d'un genre littéraire si longtemps triomphant et où il entre avec audace dans le vif du sujet.

Vous savez quoi? Tout change. Le climat, à ce qu'on dit. Ou la taille des jeunes gens. Les régimes, les frontières, les monnaies, les vêtements, les idées et les moeurs. Une rumeur court: le livre se meurt. Voilà près de trois mille ans que les livres nous font vivre. Il paraît que c'est fini. Il va y avoir autre chose. Des machines. Ou peut-être rien du tout. Et le roman? Il paraît que le roman est déjà mort. Ah! bien sûr, il y a encore de beaux restes. Des réussites. Des succès. Des... comment dites-vous?... des best-sellers. Pouah! Les romans aussi, c'est fini. Nous les avons trop aimés. Gargantua, Pantagruel, Don Quichotte, Athos, Porthos, Aramis, d'Artagnan, Gavroche, Fabrice et Julien, Frédéric et Emma, le prince André, Natacha et Anna, les frères Karamazov, la cousine Bette, le Père Goriot et ses filles, Anastasie et Delphine, les familles Rougon-Macquart, Forsyte, Buddenbrook -on dirait un faire-part-, Vautrin, Rubempré, Rastignac, le narrateur et Swann et Charlus et Gilberte et Albertine et Rachel-quand-du-Seigneur et la duchesse de Guermantes, lord Jim et lady Brett, Jerphanion et Jallez, mon amie Nane et Bel-Ami, Aurélien et Gatsby, le consul sous le volcan, Mèmed le Mince, l'Attrape-coeurs, le pauvre vieux K à Prague et Leopold Bloom à Dublin qui se prend pour Ulysse: ce monde de rêve et de malheurs changés soudain en bonheur ne durera pas toujours. Ses silhouettes de femmes, de maîtresses, de jeunes filles, ses fantômes de géants s'éloignent dans le passé. L'herbe a du mal à repousser derrière eux. Les seconds couteaux s'agitent. Les truqueurs déboulent. Les poseurs s'installent. L'ennui triomphe. Tout le monde écrit. Plus rien ne dure. On veut gagner de l'argent. Presque une espèce de mépris après tant d'enchantements. Le genre s'est épuisé. L'image triomphe et l'emporte sur l'écrit en déroute.

Voici pourtant encore un livre, quelle audace! voici encore un roman -ou quelque chose, vous savez bien, qui ressemble à un roman: des histoires, quelques délires, pas de descriptions grâce à Dieu, un peu de théâtre, pourquoi pas? et les souvenirs, épars et ramassés pêle-mêle, d'une vie qui s'achève et d'un monde évanoui. Peut-être ce fatras parviendra-t-il, malgré tout, à jeter sur notre temps pris de doute comme un mince et dernier rayon? Et même, qui sait? à lui rendre enfin un peu de cette espérance qui lui fait tant défaut.

Où l'auteur reconnaît qu'il n'est ni Benjamin Constant, ni Émile Zola, ni François Mauriac. Il s'en désole, bien sûr -et il s'en console.

Autant l'avouer tout de suite. Je n'ai aucune intention de vous proposer quelque chose dans le genre d'Adolphe, de Nana ou de Thérèse Desqueyroux. Et pour deux raisons au moins. La première: je ne peux pas. La deuxième: je ne veux pas.

Je ne peux pas. J'aurais du mal à être aussi subtil (et aussi changeant) que Constant, aussi puissant (et aussi pesant) que Zola, aussi tourmenté (et aussi faux jeton) que Mauriac. Ils étaient très patients. Je le suis beaucoup moins. Ils travaillaient beaucoup. Je ne déteste pas m'amuser. Ils avaient comme du génie. Ce n'est pas le genre de la maison. Ils sont arrivés, toutes voiles déployées, sous les acclamations, dans la lumière du port. Je rame encore à l'ombre.

Ce n'est pas seulement que je ne peux pas. Je ne veux pas. Pourquoi? C'est tout simple: ils appartiennent au passé. J'invente autre chose. Ils sont morts. Je suis vivant. Ah! pas pour toujours. Mais pour encore un peu de temps qu'il faut tâcher de ne pas perdre. Et le comble: je suis bon garçon. Voilà déjà un bail qu'à notre époque de dérision et de contestation je fais -et peut-être presque seul- profession d'admiration. Je les admire. Plus que personne. On dirait un benêt toujours prêt à les applaudir. Je les admire, mais je ne les imite pas. Je ne marche pas dans leurs traces. J'admire aussi, et plus encore, Homère, Ronsard, La Fontaine, Racine, et quelques autres. Il ne me viendrait pas à l'esprit, même si j'en étais capable, d'écrire une épopée, un sonnet, une ode ou une tragédie classique. Laissons les morts enterrer les morts.

Nous en avons trop vu. Après tant de désastres et de ruines, le théâtre est méconnaissable. La pièce n'est plus la même. Les décors ont changé. L'histoire galope. Nous n'avons plus le temps. Il n'est pas impossible que les raisins d'hier soient trop verts aujourd'hui. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que nous sommes rassasiés. Il nous faut autre chose. Pour être tant bien que mal et si peu que ce soit à la hauteur de nos maîtres vénérés et trahis, il s'agit d'abord de nous éloigner d'eux, de les combattre, de trouver des chemins qu'ils n'aient pas parcourus. Vous savez ce que nous voulons, ce que nous espérons, ce que nous essayons de faire avec une espèce de désespoir? Du nouveau. Encore du nouveau. Toujours du nouveau.

Où l'auteur, à la surprise du lecteur, et peut-être à son indignation, dénonce les mutins de Panurge et se refuse avec obstination à se prétendre moderne.

Le piège à éviter, c'est de se jeter dans le moderne. Tout le monde veut être moderne et, comme si ça ne suffisait pas, tout le monde veut être rebelle par-dessus le marché. Pour être au goût du jour, tout le monde cherche à grimper dans le train déjà bondé des mutins de Panurge. C'est un joyeux tintamarre, plein d'argent comme jamais, ou plutôt comme toujours. Les mauvaises manières en plus. Tournent dans ce manège non pas tant, comme on pourrait s'y attendre, les plus déshérités, les hors-la-loi, les laissés-pour-compte de l'histoire, mais surtout, sans vergogne, ceux qui ont déjà tout et qui veulent encore le reste, les banquiers ivres de Chine, les milliardaires en perdition qui, à défaut de rendre l'argent, en disent au moins du mal. Le comble du moderne, c'est à la fois de passer pour rebelle, d'avoir le pouvoir et d'être plein aux as. Ah! bravo! Quel chic!

Etre résolument moderne est une tentation que j'ai fini par repousser. Pour la bonne raison que le moderne sent déjà le moisi.

Il y a cent ans, l'histoire s'est emballée. L'avenir, tout à coup, a été autre chose que le passé. Au point que les mots nous manquent pour tenter de nous définir. Le nouveau, à peine né, est aussitôt une vieille lune. Le moderne est hors d'âge et déjà derrière nous. Le postmoderne est dépassé et un peu ridicule. Le contemporain, à son tour, est tombé dans les oubliettes. Nous sommes des écureuils qui courent de plus en plus vite dans une roue sans fin et qui se mordent la queue.

Les événements, les livres, les spectacles, les sentiments, les idées passent à bride abattue, comme l'herbe et comme le vent. La tête nous tourne. Quelques-uns crient qu'ils veulent descendre et essaient de sortir. Mais sortir est interdit. Nous sommes enfermés dans le système et il n'est pas permis de s'échapper. Même si nous le voulions. Et nous ne le voulons pas vraiment. Le système, c'est ce monde que nous avons tricoté tous ensemble et où nous sommes condamnés à vivre avant de faire comme les autres et de nous en aller pour de bon.

Nous sommes prisonniers de nos propres progrès. Je connais ma prison. J'accepte ma condition. Je m'en arrange même assez bien avec ses éclats de voix et ses roulements de tambour auxquels il m'arrive de participer. Mais je ne fais pas le malin. Je ne pousse pas des cris de joie. Je ne suis pas affolé par l'actualité. Je ne suis pas à la mode. Nous le savons depuis toujours: la mode est ce qui se démode. Toutes ces vieilleries triomphantes sont depuis longtemps usées jusqu'à la corde. Je ne pleure pas non plus sur le passé, sur le lait répandu des charmes du temps jadis. Je suis là, et c'est tout. Je m'arrange de mon époque comme je m'arrange d'être au monde. Ni rejet, ni colère, ni amertume -et aucune illusion.

Où l'auteur se souvient de son enfance à Plessis-lez-Vaudreuil et de son grand-père dépeint dans Au plaisir de Dieu.

Longtemps, j'ai été jeune. J'ai eu de la chance. J'avais un père et une mère, un frère, une gouvernante allemande qui s'appelait Fräulein Heller et que j'appelais Lala. Et, comme dans les romans de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles ou Les Vacances, nous nous aimions tous beaucoup. Les bons sentiments coulaient à flots autour de nous. J'adorais Lala qui était très sévère, que je trouvais très belle et qui me donnait des fessées avec une brosse à cheveux. Le monde s'arrêtait là et il était très doux. Il me paraissait immobile, ou à peu près immobile. Les choses changeaient très peu. Très lentement, et très peu. Dans un passé lointain et très flou, il y avait des guerres et des révolutions. L'hiver, avec sa neige et ses étangs couverts de glace où il m'arrivait de patiner, succédait à l'automne, et le printemps à l'hiver. Dès que revenait l'été, j'allais rejoindre mon grand-père à Plessis-lez-Vaudreuil. Et plus rien ne bougeait.

En dépit du temps qui passe et de ses ravages meurtriers, quelques-uns d'entre vous ont peut-être gardé un vague souvenir de ce personnage que j'ai beaucoup aimé lui aussi, qui détestait le monde moderne, qui vomissait le progrès, ses pompes et ses oeuvres, qui vivait dans le passé et qui attachait une importance démesurée aux façons de se tenir et de parler. Sosthène, mon grand-père, dont j'ai essayé de tracer le portrait, il y a près de quarante ans, dans Au plaisir de Dieu et qui se confondait depuis sept ou huit siècles avec Plessis-lez-Vaudreuil.

Plessis-lez-Vaudreuil!... Seigneur!... Vous rappelez-vous?... C'était un autre nom du paradis avant le déluge de fer et de feu qui a tout emporté. Nous ne doutions de rien, et surtout pas de nous-mêmes. Nous ne voyions pas plus loin que notre vieux jardin qui était un parc immense dont les tours, les bosquets, les bancs à l'ombre des tilleuls, les allées entretenues avec soin, les plates-bandes de pensées et de bégonias, les murailles formidables ne prêtaient pas à rire. Dieu se chargeait de tout -et il nous avait à la bonne. Les choses étaient ce qu'elles étaient et ce qu'elles devaient être. Il y avait une vérité et il y avait une justice. Et, depuis des temps à peu près immémoriaux, elles nous avaient faits ce que nous étions.

Je ferme les yeux. Je nous revois. Vêtue de noir depuis toujours, les mains couvertes de mitaines, sans le moindre bijou, un ruban de velours autour du cou, ma grand-mère est assise, immobile et presque absente, dans une guérite d'osier qui la protège du soleil et du vent. C'est une grande vedette du muet. Elle vit encore au temps de ces arrière-grand-tantes de légende qui avaient dansé dans leur jeunesse aux Tuileries avec le prince impérial. Elle n'a jamais ouvert Proust, ni Gide, ni bien entendu Aragon. Elle ignore jusqu'à leurs noms. Elle ne sait rien du monde en train de changer autour de nous. Le reste du clan est installé sous les tilleuls autour de la table de pierre. Il parle de choses et d'autres, de mariages et d'enterrements qui se changent en fêtes sur ses lèvres et du temps qu'il va faire. Il commente le Tour de France dont les héros immortels, successeurs d'Ulysse, d'Achille, de Patrocle et d'Hector, s'appellent alors Antonin Magne, Romain et Sylvère Maes, Lapébie, Bartoli, et dit du mal d'un avenir qui trahira le passé et qui sera communiste et anticlérical. Mon grand-père règne en silence. Il ressemble à un Jean Gabin déjà atteint par l'âge mais toujours solide et très droit, et il lâche de temps à autre une parole meurtrière. Il y a en lui quelque chose de massif et de chinois qui échappe au cours du temps.

Flottent dans l'air autour de nous une certaine lenteur, le culte de l'histoire et de l'immobilité, la méfiance pour l'imagination et pour l'intelligence qui est si mauvais genre. Une violence secrète se cache sous nos dehors policés. Plus encore que dans les chasses, qui nous occupent déjà beaucoup, elle s'exprime dans les chasses à courre qui tiennent dans notre vie une place considérable et qui se prolongent le plus souvent jusqu'à la nuit tombée. Autour de la dépouille du cerf et de la meute des chiens, au son des trompes de chasse, à la lueur des flambeaux tenus par les piqueurs -nous prononçons piqueux-, ce sont des scènes d'une sauvagerie antique où l'élégance se couvre de sang.

Ce qui compte d'abord pour nous, c'est la famille. Elle jette ses tentacules loin dans le passé et dans l'espace. Nous avons des cousins en Belgique, en Espagne, en Autriche, en Bavière et en Prusse, en Hongrie, en Russie, dans les pays baltes. De temps en temps, chassés de leurs forêts et de leurs terres à blé lointaines par l'ennui, par la passion, par les révolutions, ils débarquent à Plessis-lez-Vaudreuil où nous les recevons avec tous les honneurs qui sont dus à notre rang. Nous n'avons pas de cousins en Argentine, au Brésil, au Japon, au Kenya. Et il n'est pas sûr que les États-Unis existent vraiment quelque part. Le sentiment qui nous anime à leur égard est une sorte de dédain. Ils ne nous intéressent pas. Ils parlent une langue impossible. Nous n'y connaissons personne. Nous n'avons pas l'intention de nous mêler de leurs affaires qui reposent sur l'argent. Nous nous sentons plutôt plus proches de la Chine, de l'Égypte, des Indes où il y a des princes, des rajahs, des nizams, des sultans et qui ont, comme nous, une longue histoire derrière elles.

L'argent ne nous manque pas. Il tombe du ciel. Les livres ne nous sont pas indifférents. À condition, bien sûr, d'avoir un peu plus de cent ans, de dire du bien des Romains ou à la rigueur des Grecs, de ne jamais répandre ces idées répugnantes de révolution, de progrès, d'athéisme qui empoisonnent le pauvre monde. Évolution, révolution, art moderne, relativité, transformisme, vers libres, tolérance, progrès sont des mots d'une grossièreté telle qu'ils ne sauraient être prononcés à la table de mon grand-père. Nous n'aimons pas le changement, ce qui bouge, ce qui va trop vite. Nous aimons le passé. Les lendemains nous font peur.

Nous savons, bien entendu, qu'il y a de l'avenir devant nous. Nous préférons de loin le passé derrière nous. Mais nous sommes très gais face à l'inéluctable. Nous mêlons l'orgueil à une sorte de fatalisme et nous sommes convaincus, tout au fond de nous-mêmes, que, jusque dans la défaite, c'est nous qui avons raison. Nous avons le sentiment que les choses ne tournent plus très rond dans ce monde qui nous entoure où nous avons régné jadis et qui est plein, tout à coup, à la fois de nouveaux riches et de radicaux-socialistes. Nous n'y pouvons rien: nous sommes seuls à incarner le bon goût, la sûreté de jugement, la justesse d'esprit, l'élégance. Tout cela, nous le sentons obscurément, est sur le point de s'achever avec nous. Je soupçonne mon grand-père et ma grand-mère de connaître la source de ce dérèglement. Ils en parlent très rarement, mais ils savent, dans leur coeur, que tout s'est déglingué avec la fin brutale de la monarchie légitime.

Ce n'est pas que la monarchie se soit toujours bien conduite dans ce passé qui nous est si cher. Il n'y a que Saint Louis, François Ier, et surtout Henri IV pour remporter tous les suffrages. Philippe le Bel, Louis XI, Louis XIV, Louis XV sont très loin de se situer au-dessus de tout soupçon. Je ne suis pas sûr que mon grand-père et ma grand-mère auraient accepté de se voir traiter de royalistes. La famille s'est bien souvent opposée à une monarchie tyrannique et parfois dépravée. C'est pire avec Napoléon: on ne sait pas du tout sur quel pied danser avec l'Usurpateur. Il incarne une sorte de catastrophe nécessaire, de Providence négative. Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? En ces temps-là, avec les rois ou avec l'Empereur, on savait vivre et les choses n'allaient pas à vau-l'eau.

Au centre et au-dessus de tout, la religion. Ça, c'est du solide. La religion, comme la famille, est au-delà de toute contestation. Elle est la clé et le ressort du monde où nous vivons. À l'ombre du château, dans une curieuse relation dominée-dominant, s'élève l'église où officie le doyen Mouchoux qui croque des noix entières avec leurs coques et ne crache pas sur le bon vin. Il lui arrive d'empester le tabac et l'alcool. Mais nous lui pardonnons: c'est un saint homme. Par un miracle sur lequel nous nous interrogeons très peu -nous avons un faible pour les miracles, nous les cultivons avec soin, nous les acceptons sans rechigner-, il représente Dieu sur cette terre où règnent depuis des siècles les hautes tours rondes et roses de Plessis-lez-Vaudreuil.

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit

Jean d'Ormesson.

Robert Laffont, 264 p., 21 euros.

 

 

 

 



 

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 11:56

 

 

 

 

 

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 14:26

PREFACE DE L’ALBUM D’AUSCHWITZ 

 

AVANT-PROPOS

 

 

Je n’avais pas encore dix-sept ans lorsque j’ai été déportée à Auschwitz. J’étais une jeune fille française, juive, croyant aux valeurs de liberté et de progrès que l’école m’avait enseignées. Je me suis retrouvée jetée dans un univers de mort, d’humiliation et de barbarie. Je voulais grandir, comme tous les jeunes gens de mon âge. Mais on ne grandit pas à Auschwitz. A l’âge des promesses, j’y ai perdu bien des illusions.

 

Quelques semaines après mon arrivée, au printemps 1944, les Juifs de Hongrie sont arrivés en wagons à bestiaux et ont été aussitôt précipités sur la rampe de Birkenau qui, peu de temps avant, venait d’être prolongée pour être plus proche des chambres à gaz. Jour après jour, les trains se sont succédés. En six semaines à peine, alors que le débarquement avait déjà eu lieu sur les plages de Normandie, porteur de l’espoir d’une victoire alliée, les nazis parachevaient leur œuvre de haine et envoyaient à la mort près d’un demi million d’hommes, femmes et enfants de tous âges et de toute condition. De ces enfants, femmes, vieillards, presque aucun n’est entré dans le camp ; presque tous, dès leur descente des wagons, étaient conduits vers les chambres à gaz. Pour nous qui savions, impuissants, ce qui les attendait, c’était une vision d’horreur. Mais ce qui nous hantait, par-dessus tout, c’est que non seulement, nous les Juifs d’Europe, allions, dans l’indifférence des nations, être anéantis, mais c’est qu’il ne resterait aucune trace de notre extermination.

 

Soixante ans plus tard, je suis toujours hantée par les images, les odeurs, les cris, l’humiliation, les coups et le ciel plombé par la fumée des crématoires. C’est pourquoi, « l’Album d’Auschwitz », dont on lira l’histoire et la découverte dans les pages qui suivent, seul témoignage des vivants à leur arrivée et dans les jours suivants, constitue, par les photos des Juifs hongrois qui y ont été collées, un document unique, un témoignage unique de l’anéantissement des Juifs d’Europe

 

C’est l’événement le plus tragique que j’ai vécu au camp d’Auschwitz-Birkenau.. J’ai connu les lumières écrasantes et les regards écrasés de ces photos. J’ai vu, atterrée, ces visages décomposés, ces femmes qui portent les jeunes enfants et soutiennent les grands, ces foules, encore ignorantes de leur destin, qui marchent vers les chambres a gaz. J’ai connu le sourire incrédule de ces vieillards et la vaine détermination à survivre. Cet étonnement, cette innocence, cette incompréhension que chacun de nous, témoins muets, lisions sur leurs visages, ont ravivé des larmes que je pensais ne plus pouvoir verser. Car nous avons pleuré sur eux, nous qui étions de l’autre côté des barbelés mais tout proche d’eux.

 

L’album d’Auschwitz ne montre pas les morts mais les vivants ; il témoigne de l’humanité à laquelle nous appartenions et dont les nazis avaient voulu nous éliminer. En contemplant ces photographies, nous ne pouvons qu’être frappés par ces gestes familiers : gestes de mère, d’angoisse, d’amour. Et surtout les gestes des enfants : ces enfants qui étreignent leurs mères, cette petite fille qui enfouit sa main dans sa bouche, ce petit garçon au regard farouche qui, les mains enfoncées dans ses poches, dévisage l’appareil photographique, ce frère qui tient, serrée dans la sienne, la main de son cadet. J’ai été aussi saisie par les photos des femmes, au moins provisoirement sauvées par le travail forcé, un sort que j’ai partagé. Alignées devant l’objectif, toutes baissent les yeux. Sur une autre photographie, alors qu’on les emmène au camp des femmes, dans leurs uniformes dérisoires, sans foulard pour couvrir leurs têtes rasées, on voit Lida Leibovics et Ella Guttman, aujourd’hui identifiées, discrètement s’enlacer. Car nos corps, bien que brisés par le travail et les sévices, conservaient une dernière chaleur, une solidarité, un signe de notre humanité.

 

Ces photographies sont d’une importance cruciale : elles incarnent les mots, elles montrent des visages, elles sont une preuve incontestable de ce qui devait être effacé de la mémoire des hommes. Elles sont pour la mémoire collective ce que le recensement des noms de tous les disparus, accompli par Yad Vashem et par le Mémorial de la Shoah, pour la France, représente pour les familles des morts et des survivants.

 

C’est pourquoi, aujourd’hui, au moment où nous commémorons le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, il est important que cet Album soit réédité. Je suis heureuse que la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, que j’ai l’honneur de présider, propose cette nouvelle édition en français, enrichie et augmentée, de l’album découvert il y a soixante ans. Ces images sont un appel à la vigilance. Leurs commentaires éclairent notre connaissance de cette époque noire. Elles informent et dénoncent en même temps l’histoire de ce qui ne doit jamais plus arriver. Je souhaite que dans chaque bibliothèque française, on puisse le trouver, aux côtés du film Shoah de Claude Lanzmann et du livre Mémorial de Serge Klarsfeld.

 

Je m’adresse, particulièrement, aux jeunes générations. Cet album est un pont jeté entre nous et vous. Il n’est pas un livre comme les autres mais un livre de vies détruites qui appelle à la réflexion. Il donne à voir des êtres qui ne sont pas loin de vous, vous qui les regardez. Enfin, les commentaires historiques qui le complètent permettent de mieux appréhender ce que fut la Shoah. Je souhaite, qu’à la lecture de l’Album d’Auschwitz, vous preniez encore davantage conscience de l’événement sans équivalent et sans précédent que fut la Shoah. Vous serez demain les citoyens qui aurez la responsabilité de faire échec à tout ce qui pourrait conduire au même engrenage de haine et de meurtre, à la même faillite de l’humanité. Ce travail de mémoire auquel je vous invite est exigeant et douloureux. Mais il est nécessaire pour que nous puissions bâtir notre avenir, en tant que citoyens d’une Europe réconciliée et plus fraternelle.

 

 

Simone VEIL

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

 

 

 

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 07:56

 

 

 

Il y a des jardins qui n’ont plus de pays


 

Il y a des jardins qui n’ont plus de pays

Et qui sont seuls avec l’eau

Des colombes les traversent bleues et sans nids

 

Mais la lune est un cristal de bonheur

Et l’enfant se souvient d’un grand désordre clair

 

 

Georges Schehadé in la revue Dans la lune.

 

 e-toile.png

 

 

...Mais la lune est un cristal de bonheur...

 

 

 

 

 

 

Georges Schehadé est libanais (1905-1989). Il est poète, auteur dramatique et écrit en français. Proche de Beckett, de Ionesco, sa pièce la plus célèbre est Histoire de Vasco -1956 -, créée par son ami Jean-Louis Barrault. Traduite en plus de 25 langues, elle est jouée partout dans le monde.   

 

 

 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 06:01

 

 

 

 

Où c’qu’est la ‘tit’ minoiselle

 

Où c’qu’est la ‘tit’ minoiselle,
La florette des minous,
La mignote si joiselle
Qui florissait parmi nous ?

 

 

NORGE

 

hamilton.jpg 

      Hamilton©

 

 

 

 

NORGE est un poète belge contemporain, né en 1898 et mort en 1990.



 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 05:23

 

 

 

 

 

 

Flamands


ALERTE INFO (source La libre Belgique -)


 

 

Scène navrante de la discrimination ordinaire en Belgique : reconduite à la frontière d’un clandestin français par deux Flamands. Le Français avait pourtant fait un effort d’assimilation.

 


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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 11:06

 

 

 

 

Fin d'année

 

 

Sous des cieux faits de filasse et de suie,
D'où choit morne et longue la pluie,
Voici pourrir
Au vent tenace et monotone,
Les ors d'automne ;
Voici les ors et les pourpres mourir.

 

Ô vous qui frémissiez, doucement volontaires,
Là-haut, contre le ciel, tout au long du chemin,
Tristes feuilles comme des mains,
Vous gisez, noires, sur la terre.

 

L'heure s'épuise à composer les jours ;
L'autan comme un rôdeur, par les plaines circule ;
La vie ample et sacrée, avec des regrets sourds,
Sous un vague tombeau d'ombre et de crépuscule,
Jusques au fond du sol se tasse et se recule.

 

Dites, l'entendez-vous venir au son des glas,
Venir du fond des infinis là-bas,
La vieille et morne destinée ?
Celle qui jette immensément au tas
Des siècles vieux, des siècles las,
Comme un sac de bois mort, l'année.

 

 

Emile VERHAEREN

Toute La Flandre

1904-1911

 

 

 

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 06:09

 

 

 

 

 

 


 

À deviner

 

 

 

 

— Est-ce que c'est une chose ?

 

— Oui et non.

 

— Est-ce que c'est un être vivant ?

 

— Pour ainsi dire.

 

— Est-ce que c'est un être humain ?

 

— Cela en procède.

 

— Est-ce que cela se voit ?

 

— Tantôt oui, tantôt non.

 

— Est-ce que cela s'entend ?

 

— Tantôt oui, tantôt non.

 

— Est-ce que cela a un poids ?

 

— Ça peut être très lourd ou infiniment léger.

 

— Est-ce que c'est un récipient, un contenant ?

 

— C'est à la fois un contenant et un contenu.

 

— Est-ce que cela a une signification ?

 

— La plupart du temps, oui, mais cela peut aussi n'avoir aucun sens.

 

— C'est donc une chose bien étrange ?

 

 

— Oui, c'est la nuit en plein jour, le regard de l'aveugle, la musique des sourds, la folie du sage, l'intelligence des fous, le danger du repos, l'immobilité et le vertige, l'espace incompréhensible et le temps insoutenable, l'énigme qui se dévore elle-même, l'oiseau qui renaît de ses cendres, l'ange foudroyé, le démon sauvé, la pierre qui parle toute seule, le monument qui marche, l'éclat et l'écho qui tournent autour de la terre, le monologue de la foule, le murmure indistinct, le cri de la jouissance et celui de l'horreur, l'explosion suspendue sur nos têtes, le commencement de la fin, une éternité sans avenir, notre vie et notre déclin, notre résurrection permanente, notre torture, notre gloire, notre absence inguérissable, notre cendre jetée au vent...

 

— Est-ce que cela porte un nom ?

 

— Oui, le langage.

 

 

Jean Tardieu

Margeries

poèmes inédits 1910-1985

Gallimard, 1986, p. 297-298.

 

 

 

 

La-cle-des-songes-1930-Magritte.jpg 

 

René MAGRITTE

La clé des songes, 1930   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans TARDIEU Jean
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