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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 06:39

 

 

 

Femme et chatte

 

Elle jouait avec sa chatte,

Et c'était merveille de voir

La main blanche et la blanche patte

S'ébattre dans l'ombre du soir.

 

Elle cachait - la scélérate ! -

Sous ces mitaines de fil noir

Ses meurtriers ongles d'agate,

Coupants et clairs comme un rasoir.

 

L'autre aussi faisait la sucrée

Et rentrait sa griffe acérée,

Mais le diable n'y perdait rien...

Et dans le boudoir où, sonore,

Tintait son rire aérien,

Brillaient quatre points de phosphore.

 

 

 

Paul Verlaine

Poèmes saturniens

Caprices, 1866

1er poème de la section Caprices

 

 

 

 

Les Chats de Léonor FINI


 

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L.FINI-chats.jpg 

 

 

leonor-fini-chats.JPG 

 

 

 

leonor-fini-Psyche.JPG

 

Léonor FINI

Psyché, 1975

 


 


Leonor-Fini-copie-1.JPG

Léonor FINI

Photo

 

 

 

 


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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 06:02

 

 

 

 

   Marin Sorescu  

(poète roumain, 1936-1996)

 

 

                                                 Shakespeare



Shakespeare a créé le monde en sept jours.
Le premier jour, il a créé le ciel, les montagnes et les
   gouffres de l'âme.

Le deuxième jour, il a créé les fleuves, les mers, les océans ;
Et tous les sentiments,
Il les a donnés à Hamlet, à César, à Antoine, à Cléopâtre,
   à Ophélie,
A Othello et à d'autres,
Pour qu'ils soient à eux et à leurs descendants,
Siècle après siècle.

Le troisième jour, il a appelé l'ensemble des hommes
Pour leur apprendre tous les goûts :
Goût du bonheur, de l'amour, du désespoir,
Goût de la jalousie, de la gloire, et ainsi de suite,
Jusqu'à l'épuisement des goûts.
Alors sont arrivés quelques individus de la dernière heure ;
Le créateur leur a caressé la tête avec compassion
En leur disant qu'il leur restait à devenir
Critiques littéraires
Et à contester son œuvre.

Le quatrième et le cinquième jours furent réservés au
    rire
Il a lâché les clowns
Pour faire des pirouettes;
Il a distrait les rois, les empereurs
Et les autres infortunés de la terre.

Le sixième jour, il a résolu quelques problèmes
   administratifs ;
Il a déclenché une tempête,
Et appris au roi Lear
A porter une couronne de paille.
Comme il ne restait de la création du monde que quelques
   déchets,
Il en fit Richard III.

Le septième jour, il regarda s'il avait encore quelque
   chose à accomplir.
Les directeurs de théâtre avaient couvert la terre
d'affiches ;
Shakespeare pensa qu'après tant de la labeur,
Il méritait lui aussi de voir un spectacle.
Mais, tout d'abord, parce qu'il était fatigué à l'extrême,
Il alla mourir un peu.

 

 

 

 

Une traduction d'Alain Bosquet

in Alain Bosquet.

Les cent plus beaux poèmes du monde.

Paris 1979.

 

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 06:04

 

 

Kiefer-05G.jpg

Für Paul Celan

 

 

Toiles d'Anselm Kiefer et dialogue avec Paul Celan: des blocs de matière picturale composés d'une couche croûteuse, plâtreuse, faite de plis et de replis dans lesquels se cache «la fleur de cendre» (Celan), cette impalpable trace de la vie qui n'est plus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Paul Celan est né ce jour, le 23 novembre. Il fut peut-être le plus grand poète de langue allemande de l’après-guerre. Né en Roumanie dans une famille juive, il composa une oeuvre où la Shoah tient une place prépondérante.

 

 

Dein Haus ritt die finstere Welle, doch barg es ein Rosengeschlecht

Als Arche verliess es die Strasse, so wardst du gerettet ins Unheil.

 

Ta maison a chevauché la vague ténébreuse, mais elle cachait un lignage de roses

Arche, elle a quitté la route, ainsi fus-tu sauvé, emmené au malheur.

 

Honorer l’anniversaire de Paul Celan, né un 23 novembre, représente une impérieuse nécessité. En mémoire des tragédies du XXe siècle, dont le poète fut le témoin et la victime. Comme acte de révolte aussi, face aux barbaries qui s’installent de plus belle sous nos yeux.

 

Dans la tradition juive, l’être humain se définit par ses relations avec les autres, une vie se mesurant ainsi à l’aune d’une autre vie. Paul Celan a remplacé le vide que les absents assassinés ont laissé par des poèmes écrits au sang noir. Puis, il s’est noyé dans son époque (Il se donne la mort à Paris en se jetant dans la Seine le 20 avril 1970). La nôtre peut se retrouver dans Celan.

 

L’oeuvre de Celan – majeure s’il en est – demeure une leçon de dignité autant que d’esthétique, tant il est vrai qu’il existe une éthique de l’esthétique.

 

 

 

kiefer_pyramide-copie-1.jpg

 



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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 11:16

 

 

Une grande dame

 

Belle "à damner les saints", à troubler sous l'aumusse

Un vieux juge ! Elle marche impérialement.

Elle parle - et ses dents font un miroitement -

la suite est ici (clic-clic)

 


 

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 05:58

 

 

 

Il s'appelle 11 novembre

 

Il faut aller à Ypres

Il faut essayer de nommer les morts touslesmorts

Il faut réchauffer les morts de dix-huit ans

Il faut réchauffer mon arrière-grand-père qui n'a jamais eu mon âge

Il faut lire les plaques les croix et nommer encore nommer

Il faut croiser les centenaires avec l'accent écossais et le coquelicot en papier à la boutonnière

Il faut se promener à Vimy, sur la crête au-dessus du bassin minier dans la brume bleue et dorée

Un arbre pour un mort une forêt un mémorial immense et les noms les noms gravés encore les noms les noms des morts

Il faut que les larmes montent aux yeux pour la dernière relève

Nommer pour réchauffer nommer dans le bleu et l'or du ciel d'Artois du ciel des Flandres

Nommer les morts tous les morts

 

Jérôme LEROY

 


 

 

vimy_21.jpg

...nommer dans le bleu et l'or du ciel d'Artois... 

 

 

 

 

 

Le parc mémorial canadien de Vimy

 

 

 

Relire ici Jérôme LEROY


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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 05:50

 

 

 

Le Général de Gaulle s'est éteint le 9 novembre 1970.

 

 

 

"Puisque tout recommence toujours, ce que j'ai fait sera,


tôt ou tard, source d'ardeurs nouvelles,


après que j'aurai disparu."



 


  Charles de Gaulle in Mémoires de guerre, tome 3.

 

 

 

 

Faizant de Gaulle

Dessin de Jacques FAIZANT. Le Figaro. 10 novembre 1970. 

 

 

      Le magnifique hommage de Jacques Faizant représente Marianne pleurant ou priant sur le tronc d'un chêne abattu. L'ombre de Victor HUGO est présente et évoque ce vers dans Toute le lyre où se trouve l'éloge de HUGO à Théophile GAUTIER :


(...) Oh ! Quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule ! (...)

 


Les chênes qu'on abat donnera également à André Malraux le titre de son livre paru dès après la mort du Général, en 1971. Ce livre retrace le long dialogue que le Général eut avec Malraux. 

 

 

 

degaulle--ebr-panhard.png

 

Un char EBR Panhard transporte le cercueil du Général depuis

La Boisserie jusqu'à l'église de Colombey.

 

 

 

 

 

On lira sans faute le commentaire ci-dessous de Patrick
Mandon et le témoignage poignant de Pierre.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 05:30

 

 

 

Notre affaire se noue dans une classe de 6 ème, au début du deuxième trimestre de l’année scolaire écoulée, c’est-à-dire en janvier ou février. Le professeur de français propose à ses jeunes élèves de choisir, parmi trois, un poème à apprendre par coeur :

- Soit le très classique Le Loup et l’agneau de Jean de La Fontaine,

- Soit le surprenant La Coquette et l’abeille de Jean-Pierre Claris de Florian, poète injustement tombé dans l’oubli,

- Soit le déroutant mais drolatique poème de Queneau, La Cimaise et la fraction !

 

On nous a confié que la majorité choisit tout naturellement La Fontaine. Seuls trois élèves optèrent pour La Cimaise… Le choix des trois élèves (notre confidente en fit partie) interloque mais nous réjouit. Choisir par goût ce poème est ambitieux. Quant à l’apprendre par coeur, voilà qui relève de la gageure!  Et pourtant, c’est ainsi. Il s’entend que le professeur prit soin d’expliquer le mouvement OULIPO et la méthode S+7.

Mieux encore : la jeune élève et confidente à qui nous demandâmes si elle pouvait encore le réciter six mois plus tard (c’était en juillet) nous le donna sans hésitation !

 

 

 

Voici, pour information, le délicat poème de Florian :

 

La Coquette et l'abeille

 

Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette,

Tous les matins, en se levant,

Se mettait au travail, j'entends à sa toilette ;

Et là, souriant, minaudant,

Elle disait à son cher confident

Les peines, les plaisirs, les projets de son âme.

Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.

Au secours ! Au secours ! Crie aussitôt la dame :

Venez, Lise, Marton, accourez promptement ;

Chassez ce monstre ailé. Le monstre insolemment

Aux lèvres de Chloé se pose.

Chloé s'évanouit, et Marton en fureur

Saisit l'abeille et se dispose

A l'écraser. Hélas ! Lui dit avec douceur

L'insecte malheureux, pardonnez mon erreur ;

La bouche de Chloé me semblait une rose,

Et j'ai cru... ce seul mot à Chloé rend ses sens.

Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère :

D'ailleurs sa piqûre est légère ;

Depuis qu'elle te parle, à peine je la sens.

Que ne fait-on passer avec un peu d'encens !

 

Jean-Pierre Claris de FLORIAN   (1755-1794)

 

 

 

 

Pour ceux qui n’étaient pas en cours de sixième en janvier (!), voici quelques éléments

succincts :  Raymond Queneau et son ami mathématicien François Le Lionnais créent en 1960 l’Oulipo : « OUvroir de LIttérature POtentielle ».  C’est un « atelier » de littérature expérimentale. Par exemple, l’une des contraintes de la langue que s’imposent les membres de l’Oulipo obéit à la méthode S+7. Cette dernière consiste à remplacer chaque mot (substantif, soit S) d’un texte déjà existant par le septième mot qui suit dans le dictionnaire. C’est en partant du S+7 que Raymond Queneau, en 1973, aboutit à une parodie de La Cigale et la fourmi qui mathématiquement donne le poème qui suit :

 

La cimaise et la fraction

 

 

La cimaise ayant chaponné

Tout l’éternueur

Se tuba fort d’épurative

Quand la bixacée fut verdie :

Pas un sexué pétrographique morio

De moufette ou de verrat.

Elle alla crocher fange

Chez la fraction sa volcanique

La processionnant de lui primer

Quelque gramen pour succomber

Jusqu’à la salanque nucléaire.

« Je vous peinerai, lui discorda-t-elle

Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !

Interlocutoire et priodonte. »

La fraction n’est pas prévisible :

C’est là son moléculaire défi.

« Que ferriez-vous au tendon cher ?

Discorda-t-elle à cette énarthrose.

-Nuncupation et joyau à tout vendeur,

Je chaponnais, ne vous déploie.

-Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.

Eh bien ! débagoulez maintenant. »

 

 

Raymond QUENEAU    



 Note 1 : A relire éventuellement de Queneau La fourmi et la cigale ou quelques autres poèmes.

 

Note 2 : Dans le même ordre de pensée, Georges Perec, quant à lui, exécutera un incroyable tour de force en écrivant, en 1969, La Disparition, texte où la voyelle « e » est bannie, puis  Les Revenentes (1972), où la seule voyelle admise est le « e » !...



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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 06:42

 

 

 

 

La cigale et la fourmi

 

La cigale peu rancunière,

Reçut la fourmi sa voisine

En son cabinet dentaire :

- Qu’est-ce qui vous amène, ma chère ?

- Des caries jusqu’à la racine

A chacune de mes molaires !

- Je vous opérerai, lui dit-elle

Avant tout, sans aucun mal ;

C’est votre intérêt principal !

La cigale n’est pas curieuse ;

C’est là son moindre défaut.

- Que faisiez-vous de ces chicots ?

Dit-elle à sa solliciteuse.

- Nuit et jour à tout venant,

Je chuintais, ne vous déplaise...

- Vous chuintiez ? J’en suis prothèse :

Eh bien dentier maintenant !

 

Pierre Ferran

 

 

 

 

Joconde-sourire.jpg

 ...- Qu’est-ce qui vous amène, ma chère ?... 

 

 


 

 

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 06:57

 

 

 

 

 

 

 

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 09:25

 

C'est l'heure exquise

 

La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

O bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…

Rêvons : c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

 


Paul Verlaine

La Bonne Chanson - Chant VI -1870-

 

 

 

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C’est l’heure exquise...

 

 

 

Illustration : Paul Cézanne - Baigneuses - (peint de 1894 à 1905)

 



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