Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
#494
Illustration : Claude à deux ans avec son cheval à roulettes. Picasso -1949-
Les jeux de la poupée
Dans l’armoire aux enfants,
il y a des lumières enchantées,
un pistolet chargé qui inspire la terreur,
une fontaine transparente,
un bassin de pierre dont le trop-plein s’épand sur un lit d’opales,
un chasseur sans souliers,
une fille sans cheveux,
un bateau sur la mer et le marinier chante,
un cheval damassé,
un théâtre ambulant,
un grillon,
des plumes blanches tombées du nid des tourterelles,
de petits paniers creusés en cœur et pleins de crème rose,
une guitare qui fait des étincelles
et une robe qui restera toujours neuve.
Paul Eluard
Note 1: Picasso peint ici son fils Claude.
Note 2 : L'histoire de ce poème :
Hans Bellmer (1902-1975)confectionne en 1934 son oeuvre la plus connue, La Poupée : une sculpture représentant en taille quasi-réelle (1,40 m) une jeune fille multiforme, une grande poupée composée de nombreux membres pouvant être articulés les uns aux autres par des boules. Il joue avec sa Poupée et multiplie les variations avec les différents éléments de son corps. Il colorie ses photos de teintes changeantes, tantôt pastel, chair, rose pâle, mais aussi de couleurs vives, rouge, jaune, bleu canard. La Poupée est érotique, c’est une "créature artificielle aux multiples potentialités anatomiques", par laquelle Bellmer entend découvrir la "mécanique du désir" et démasquer "l’inconscient physique" qui nous gouverne ; elle est enfantine, mais également victime de perversions sadiques ; ainsi démembrée, elle correspond au désir de l’artiste de voir la femme accéder "au niveau de sa vocation expérimentale".
Les photographies de la poupée séduisent les surréalistes qui décident de les publier dans la revue Minotaure. Bellmer s’installe à Paris en 1938 et participe aux expositions surréalistes parisiennes. En 1949, il réalise la seconde Poupée et publie les photographies dans un ouvrage intitulé Les Jeux de la poupée accompagné de ce poème de Paul Éluard.