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Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,

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Patrick MANDON. La coulpe est pleine.

 

Nous avions déjà eu le plaisir de publier un texte de Patrick Mandon, intitulé Laurent Fabius, florentin sans emploi. 

Il a bien voulu nous autoriser à publier l’article qui suit. Il s'inscrit dans le cadre de l'information brute et sans aucun commentaire que nous avions donnée,  le 25 janvier dernier : G.Pepy reconnaissait le rôle de la S.N.C.F. dans la Shoah.

 


 

 

 

 

« C'est un texte un peu vif, le reflet de mon humeur, maussade, de mon agacement. Une fois de plus, une fois de trop selon moi, notre pays, la France, est reconnue complice, par l'une de ses éminences, du plus grand crime du XXe siècle.
Il est juste et nécessaire qu'une grande nation ose interroger, sans ménagement, ses actes passés. Est-il indispensable de faire de cet exercice de lucidité un appareil d'accablement ? Nuageneuf a souhaité publier ces quelques lignes. Quand on aura rappelé qu'elles parurent d'abord dans le mensuel Causeur, on en aura dit l'essentiel. » P.Mandon



La coulpe est pleine ou la France vient de perdre la bataille du rail

Patrick Mandon


Guillaume Pepy, président de la SNCF, l'a reconnu : son entreprise fut « […] un rouage de la machine nazie d'extermination »
. La France, 1000 ans de civilisation, Descartes, Pascal, Pasteur, Bernard Tapie, Madame Claude, Frédéric Mitterrand… Toute cette gloire, cette intelligence, ce prestige, pour finir en « rouage », en pièce secondaire mais essentielle du grand crime racial commis contre les Juifs !
 

On ne veut rien savoir des cheminots collés contre un mur, des garçons de vingt ans tués d'une balle dans la nuque ou achevés à coups de crosse, des mères de famille dissimulant de faux papiers dans le berceau de leur bébé, des prêtres déportés pour avoir caché des réprouvés, des martyrs anonymes, du beau visage d'un préfet réduit à une bouillie de glaire et de sang, d'un général emportant, pour seul bagage, l'esprit de chevalerie, des cent vingt huit pêcheurs de l'île de Sein répondant à l'appel du 18 juin, des concierges et de simples flics courant dans les étages pour avertir les locataires d'une prochaine descente de police et de gestapo…    
 

On veut un peuple bourrelé de remords, épuisé, à la fin, par d’incessants allers-retours à Canossa, un peuple de coupables, contraints à la repentance toujours réactivée… Un peuple privé de souvenirs, mais qui doit accomplir son devoir de mémoire.
Coupables, les descendants, les héritiers, les bâtards de ce peuple jadis débonnaire, qui prenait les trains de la SNCF pour se rendre à la campagne, ou au bord de la mer ! Tous punis ! Tous bannis ! Tous criminels contre l’humanité ! Tous inhumains !
 

Français, salauds, les peuples auront votre peau : vous l’avez si douce, la peau, si fine, si délicate ! Vos hommes aux cheveux crantés, vos femmes en bas de soie… Tous des crapules, toutes des putains, prêts à se vendre pour un croissant-café, une nuit au chaud, une soirée au champagne. Et vos bus parisiens, pendant la grande rafle de juillet 1942, à quoi ont-ils servi ? Et vos wagons à bestiaux, vos trains de marchandise, qu'allaient-t-ils livrer, après un voyage d'effroi absolu ? Dans La traversée de Paris, Gabin vous qualifiait vertement: «Salauds de pauvres !». Il était en deçà de votre sinistre réalité : vous êtes de pauvres salauds ! Français, vous êtes le péché de Dieu, son remords éternel ! Vous êtes l'ultime hoquet de Jésus sur sa croix… La France est une fantaisie lamentable, imaginée un soir de beuverie par un esprit immature et cruel, un démon secondaire mais ambitieux, qui voulait concurrencer l'Enfer…   

France, puissance moyenne gavée de tranquillisants, tu pensais peut-être que tu allais vendre ta belle technologie en Amérique ? Mais même les Chinois t'ont donné une leçon de morale (1) ! C'est bien fait ! Depuis le temps que tu les em… avec un demi-dieu tibétain toujours hilare, habillé d'un rideau décroché d'une tringle !
Bientôt, on ne dira plus SNCF, mais TGV : ça va plus vite, et ça n'engage pas l'honneur national !

 

(1) Août 2010  : la police française cerne des camps de Roms, regroupe puis expulse des femmes, des enfants, des hommes, des vieillards. Les Chinois inversent alors les rôles traditionnellement impartis : d'accusés, ils se font accusateurs. Dans un article plus malicieux qu'indigné, le Quotidien du peuple tance sévèrement la patrie des Droits de l'homme : « Le rapatriement des Roms ternit l'image de la France ». Le journal informe ses lecteurs de la terrible condition des Tziganes pendant la Seconde guerre mondiale, puis prend un malin plaisir à placer les compatriotes de Victor Hugo devant leurs contradictions. Les membres du Comité central en rient encore !


Addendum : en septembre, le gouverneur de la Californie, Arnold Terminator Schwarzenegger, visitant l'exposition universelle de Shangaï, s'émerveille des avancées technologiques du grand peuple Chinois. Emporté par son élan, il lui suggère de participer à l'appel d'offres lancé par son État, relatif à la construction d'un train à grande vitesse. Pékin avait évoqué, comme en passant, quelque temps auparavant, la responsabilité de la SNCF dans le transport des Juifs vers la nuit et le brouillard… Nous aurons perdu l'honneur et les marchés : dans dix ans, nous roulerons à bicyclette et nous fabriquerons à bas coût les chemises et les chaussures de la classe moyenne chinoise.

 




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J
<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je connaissez pas du tout le texte de Patrick, comme d'habitude Patrick est royal, que dire de plus, je suis si petit quand à ses mots, bravo à lui, merci de ne jamais oubliez, comme<br /> souvent la mémoire de l'être humain le fait! Merci à JMT<br /> <br /> <br /> <br />
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