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Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,

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Nietzsche, Seconde considération inactuelle, extrait.

 

 

 

Quand Nietzsche fait fausse route sur Le Silence des bêtes (*)

et montre ici combien la pratique de l'assertion peut égarer...

A son crédit, Elisabeth de Fontenay n'était pas encore née (!)      

 

 

Nietzsche.jpg

 

 

      Nietzsche,

Seconde considération inactuelle,

Chapitre 1 (deux premiers paragraphes)

 

Considère le troupeau qui paît auprès de toi : il ne sait ce que c'est qu'hier ni aujourd'hui, il bondit çà et là, il bâfre, se repose, rumine, refait des bonds et ce, du matin jusqu'au soir et jour après jour, attaché serré par son plaisir et son déplaisir au pieu de l'instant, ce qui lui évite tristesse et lassitude. Cette vision est difficile à soutenir pour l'homme, car, s'il se targue de son humanité face à l'animal, il louche quand même avec envie sur son bonheur, car, ce qu'il veut à l'instar de l'animal -vivre sans tristesse ni lassitude -, lui seul le veut, et, s'il le veut, c'est en vain, puisqu'il ne le veut pas au sens de l'animal. Voici qu'un beau jour l'homme lui demanda : pourquoi ne me parles-tu pas de ton bonheur, au lieu de rester à me regarder ? L'animal aurait bien voulu répondre en disant : cela tient à ce que j'oublie toujours à l'instant même ce que je voulais dire -mais il oublia jusqu'à cette réponse, et il se tut : si bien que l'homme commença à se poser des questions.

 

Mais il s'en pose tout autant sur sa propre incapacité à apprendre l'oubli, sur sa continuelle dépendance envers le passé : il a beau courir plus loin, plus vite, la chaîne court avec. C'est un sortilège : l'instant qui, en un éclair, est là et n'y est plus, qui est un rien juste avant et juste après, revient pourtant comme un spectre et dérange la quiétude de l'instant suivant. Sans cesse se détache un feuillet au rouleau du temps, il tombe et s'envole, et lui retombe brusquement sur ses genoux d'homme. L'homme dit alors " je me souviens " et envie l'animal qui oublie aussitôt et voit chaque instant vraiment mourir, sombrer dans le brouillard et la nuit et disparaître à jamais. Donc l'animal vit anhistoriquement : car il se résout dans le présent comme un nombre sans reste irrationnel, il ne sait se régler, ne dissimule rien et apparaît à chaque moment pour ce qu'il est purement et simplement, et ne peut faire autrement qu'être lui-même. Par contre, l'homme s'adosse à la charge toujours plus grande du passé : elle l'écrase ou le fait verser, elle alourdit sa marche comme un ballot invisible et sombre, qu'il peut faire semblant de nier et ne nie que trop volontiers dans le commerce de ses semblables : pour susciter leur envie. (...)

 

 

Nietzsche (1844 - 1900)

Seconde considération inactuelle, 1874

 

 

 

(*) Allusion au livre Le silence des bêtes. La philosophie à l'épreuve de l'animalité d' Elisabeth de Fontenay.    

 

« Nous vivons et eux et nous sous même tect (toit) et humons mesme air : il y a, sauf le plus et le moins, entre nous une perpétuelle ressemblance. » MONTAIGNE.

 

 

Le lien ci-dessous permet de voir et entendre le "bonus" de l'émission dominicale Philosophie, proposée par Raphaël Enthoven. Il y devise avec madame de Fontenay, juste après l'émission.

http://www.arte.tv/fr/animal-elisabeth-de-fontenay-est-l-invitee-de-raphael-enthoven-dans-philosophie/2235124,CmC=3839930.html

 

 

 

 

 Elisabeth-de-Fontenay.jpg

 

 


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C
<br /> Style littéraire délicieux...<br /> <br /> <br /> Voilà bien le plus beau et le plus enthousiasmant des mots doux reçus dans<br /> ces colonnes !<br />
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N
<br />  <br /> <br /> <br /> Chère Célestine,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Merci beaucoup de votre commentaire et de l'attention dont vous témoignez plus qu'à votre tour. N'y aurait-il pas là quelque confusion d'interlocuteur ? Sauf à louer une fois encore votre style<br /> littéraire délicieux, je n'ai pas souvenir d'avoir commenté quoi que ce soit à la suite de votre fort bel article intitulé NATURE. Certes, je viens de constater que je m'adressai à un de vos fidèles pour lui demander s'il était un<br /> auditeur d'Elisabeth de Fontenay et en effet, ma question est restée sans réponse de sa part. La belle affaire ! Je sais très bien que vous, vous ne laissez jamais un commentaire de côté et<br /> ...ils ne manquent pas !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Aussi croyez bien, chère Célestine, que je n'avais dans mon court propos aucune cause d'opposition aux idées que vous nous avez fait<br /> partager. Vous avez une rare qualité, très enviable et qui éclate sereinement dans vos textes, c'est la tolérance et le respect des idées d'autrui. Je m'espère animé de cette même inclination ;<br /> ainsi sur Nuageneuf, aucun lecteur ne s'est emporté ni n'a déversé de venin. Le quant-à-soi, les postures sont légions sur les blogs et je veux croire fondamentalement que ni vous ni moi ni les<br /> amis très souvent inconnus qui viennent commenter ne les pratiquent pas non plus. C'est là toute la richesse de l'échange.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bien cordialement.<br />
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C
<br /> Une de mes phrases est partie à la trappe! Je trouve qu'il faut commencer par là pour garder une planète viable.<br />
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C
<br /> J'imagine que mon billet sur la nature vous a donné peut-être de moi une image fausse quant à nos amis les bêtes, puisque vous n'avez pas jugé bon de me parler dans le débat occasionné par ce<br /> billet. je voudrais juste dissiper un malentendu, certainement dû au fait que je n'ai pas trouvé les bons mots.<br /> <br /> <br /> Je n'ai rien contre les animaux, je crois au contraire qu'ils font partie de la vie, et qu'ils nous apportent un équilibre. je l'enseigne quotidiennement à mes élèves. Mon propos n'était pas de<br /> fustiger la nature en tant qu'environnement, mais bien d'alerter les défenseurs de la procréation "naturelle" que cette vision des choses pouvait mener à des excès, de la stigmatisation et de<br /> l'intolérance.<br /> <br /> <br /> Je trouve très justes les combats menés contre les tortures infligées aux animaux.Je trouve qu'il faut commencer.<br /> <br /> <br /> En un mot, je m'interrogeais sur la pertinence d'interdire à des homosexuels d'aimer et d'élever un enfant au nom que ce ne serait pas "naturel".<br /> <br /> <br /> Voilà cher Nuagneuf pour dissiper ce malentendu, que j'ai sur le coeur depuis dimanche,mise au point  que votre billet remarquable me permet aujourd'hui.<br /> <br /> <br /> Bien à vous<br /> <br /> <br /> Célestine<br />
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N
<br />  <br /> <br /> <br /> Bonjour cher Axel,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Merci de votre participation et des éléments complémentaires que vous apportez fort justement à la courte publication de ce jour. <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Il est particulièrement inhabituel dans ces colonnes que je m'égare dans des sujets que je ne maîtrise pas ou peu - quoique, mais ceci serait une autre histoire ! -<br /> trop aimanté que je suis par mes satanés poètes, et particulièrement les auteurs de poèmes pour les enfants et les jeunes en général. Mais y a-t-il des poètes à classer par catégories d'âge<br /> ?<br /> <br /> <br /> Je ne le crois pas. Si un enfant de 6 ans ouvre Spleen de Baudelaire et le feuillette, qui dit qu'il ne s'arrêtera pas sur quelques vers qui nouriront ses<br /> fantasmes de l'instant que nous, nous ignorons totalement.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Mais revenons à nos moutons, nos hérissons, nos araignées, notre arche de Noë -excepté bien sûr Le Lapin suicidaire - pour vous remercier de votre intérêt et du temps passé à<br /> compléter l'information des lecteurs (éventuels). Et voici un autre extrait de Montaigne sur le sujet :<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> "Il y a un certain respect qui nous attache et un certain devoir d'humanité, non aux bêtes seulement qui ont vie et<br /> sentiment, mais aux arbres même et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être capables ; il y a quelque commerce entre<br /> elles et nous et quelque obligation mutuelle." <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ou ceci encore :<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> « On sait que la grande majorité de ceux qui, descendant des trains, se<br /> retrouvaient sur les rampes des camps d'extermination ne parlait pas allemand, ne comprenait rien à ces mots qui ne leur étaient pas adressés comme une parole humaine, mais qui s'abattaient<br /> sur eux dans la rage et les hurlements. Or, subir une langue qui n'est plus faite de mots mais seulement de cris de haine et qui n'exprime rien d'autre que le pouvoir infini de la terreur, le<br /> paroxysme de l'intelligibilité meurtrière, n'est-ce-pas précisément le sort que connaissent tant et tant d'animaux ? »<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> — Élisabeth de Fontenay, le Silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bonne journée, bien amicalement.<br />
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N
<br />  <br /> <br /> <br /> Cher Silence des hêtres, chère Virginie,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ravi que l'article du jour vous ait plu. On l'aura compris, le propos n'était certes pas de mettre en lumière un texte du philosophe au marteau, selon l'expression<br /> réjouissante d'Axel, - on pourrait s'aventurer jusqu'à oser un 'le philisophe aux faux cils est-il marteau', mais on ne le fera pas - mais bien de parler de manière détournée de<br /> madame de Fontenay. <br /> <br /> <br /> Elle a su se mettre définitivement à notre portée en donnant depuis deux ans une émission le dimanche après-midi sur France inter Vivre<br /> avec les bêtes, de 15h à 16h, dont on ne peut que recommander l'écoute à tous et surtout aux enfants.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Quant à Répliques d'Alain Finkielkraut, il n'est plus nécessaire de l'évoquer tant son<br /> émission a de succès. Celle consacrée à la corrida dont vous nous donnez à escient le lien a suscité bien des débats, qui continuent d'ailleurs depuis sa diffusion fin novembre de l'an dernier et<br /> c'est tant mieux. Il est impérieux d'y écouter s'exprimer Elisabeth de Fontenay.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Grâce soit rendue à votre lien. <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> ps : on rappellera que le blog de Virginie est en lien dans la liste figurant en colonne droite de cette<br /> page.<br />
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A
<br /> Cher Nuageneuf,<br /> <br /> Ce que dit le philosophe au marteau n’est qu’une peccadille au regard de ce qu’a pu affirmer Descartes avec son animal machine… Le propos de Nietzsche, me semble-t-il, plutôt que rabaisser<br /> l’animal, est ici de souligner cette ‘malédiction’ humaine qu’est l’incapacité à l’oubli.<br /> <br /> De manière plus générale, c’est tout le problème, lorsque des philosophes se mêlent de sujets qu’ils ne maitrisent absolument pas ; ce qui ne les empêchent nullement d’ordinaire de pérorer…<br /> <br /> On pourrait croire ces errements révolus (lié aux époques où la philosophie se mêlait de science), mais il n’en est rien. Et pas plus tard qu’il y a deux ans, le professeur de philosophie de ma<br /> fille croyait encore dur comme fer aux théories fumeuses de Descartes sur les animaux. Et rien ne pouvait l’ébranler !<br /> <br /> Et comme vous avez cité Montaigne, voici une autre de ses belles saillies et à laquelle je souscris volontiers : «il y a plus de différence de tel homme à tel homme qu’il n’y a de tel homme à<br /> telle bête. »<br /> <br /> Quelques liens forts intéressant liés à ce sujet :<br /> Amicalement<br /> <br /> Axel<br /> <br /> <br /> http://agora.qc.ca/documents/animal--lhomme_et_lanimal_par_thierry_gontier<br /> <br /> http://www.remydegourmont.org/de_rg/autres_ecrits/revues/depechedetoulouse/montaigne.htm<br /> <br /> <br /> http://ecole-thema.ens-lyon.fr/IMG/pdf/Article_Giocanti-2.pdf<br />
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V
<br /> "C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas." Victor Hugo<br /> <br /> <br /> Vous ne pouviez pas me faire plus plaisir, cher Nuage; <br /> <br /> <br /> Pour compléter : écoutez Elisabeth de Fontenay avec Alain Finkielkraut (bien que réservée sur certains discours d'Elisabeth, ici ses réponses claires et sans équivoques sont formidables.) <br /> <br /> <br /> Face à la corrida...<br />
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