Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
Illustration : Léonor FINI. Une toile extraite de Miroir de chats paru en 1977.
Déjà évoquée ici, Léonor Fini a regroupé dans cet ouvrage un ensemble de tableaux, esquisses et aquarelles dédiés aux chats, sources intarissables de son inspiration.
Les esclaves.
Difficile de préciser le jour exact. Disons, au commencement. Au commencement donc, Dieu créa le chat à son image. Et, bien entendu, il trouva que cela était bien. Et c'était bien, d'ailleurs. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l'homme. Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d'esclave jusqu'à la fin des temps. Au chat il avait donné l'indolence et la lucidité; à l'homme, il donna la névrose, le goût du bricolage et la passion du travail. L'homme s'en donna à coeur joie.
Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l'invention, la production et la consommation intensives. Civilisation qui n'avait en fait qu'un but secret : offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.
C'est dire que l'homme inventa des millions d'objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallèlement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le bac de sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d'osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique de Tchaïkovski.
Mais de tout cela les hommes ne savent rien. À leurs souhaits. Bénis soient-ils. Et ils croient l'être. Tout est pour le mieux dans le meilleur monde des chats.
Fred Thellery