Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
Je suis enragé. J'aime
Je suis enragé. J'aime et je suis un vieux fou.
- Grand-père ? - Quoi ? - Je veux m'en aller. - Aller où ?
- Où je voudrai. - C'est bien. - Je veux sortir, grand-père.
- Sortons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.
Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu
Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu
Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
- Tu veux ! tu veux ! - Grand-père ? - Eh bien quoi ? - Si je casse
Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher.
C'est donc moi le plus fort. - Parlons sans nous fâcher.
- Je ne me fâche pas. je veux qu'il pleuve. - Ecoute.
Je te donne raison. - Il va pleuvoir ? - Sans doute.
Viens, prenons l'arrosoir du jardinier jacquot,
Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.
Victor HUGO
Note :
AIMER, verbe trans. : Éprouver, par affinité naturelle ou élective, une forte attirance pour quelqu'un ou quelque chose.
Exemples :
« Il y a des moments où c'est trop et c'est trop et c'est trop et c'est assez, et je n'en puis plus, et je suis trop seule, arrachée, arrachée à ce que j'aime! Et je suis trop malheureuse, et je suis trop punie, et je prie de mourir, et j'ai peur de mourir, et je suis contente de mourir! »
Paul CLAUDEL in Partage de midi – 1949 -
« Il savait ce que sa mère pensait et qu'elle l'aimait en ce moment. Mais il savait aussi que ce n'est pas grand-chose que d'aimer un être ou du moins qu'un amour n'est jamais assez fort pour trouver sa propre expression. Ainsi, sa mère et lui s'aimeraient toujours dans le silence. Et elle mourrait à son tour, ou lui, sans que, pendant toute leur vie, ils pussent aller plus loin dans l'aveu de leur tendresse. »
A. CAMUS in La Peste – 1947 -