Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
« Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d’autre »
Je t’aime
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas
Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.
Paul Eluard
Le Phénix
Chaïm Soutine
La Femme en rouge
vers 1923-1924
La Femme en rouge (peinte vers 1923-1924) est l’un des plus beaux portraits de Chaïm Soutine. Assis dans un fauteuil au dossier et accoudoirs chantournés, sur un fond gâché vert, le corps désarticulé d’une femme suit les courbes du siège. Ses mains noueuses et surdimensionnées, faites de touches épaisses et mouvementées, sont traitées comme les cous ou les pattes de ses volailles. Le visage, surmonté d’un chapeau improbable, « monstrueux, brouillé, bosselé de meurtrissures, raviné de trous » (Elie Faure), affiche un rictus niais et annonce les déformations psychologiques des idiots de village, des folles, des vieillards séniles qu’il n’a cessé de peindre à la même période. La couleur rouge domine – couleur qu’il affectionne dans ses portraits (robes, éléments d’uniformes des grooms, valets de chambre ou enfants de chœurs) – et crée une sorte de chaos où lignes et volumes se confondent. Par son expressivité et son matiérisme, l’artiste traduit une vision tragique de l’humanité, qu’il partage avec ses maîtres que sont Rembrandt et Goya.
Eugène Emile Paul GRINDEL, dit Paul ELUARD
Il meurt le 28 novembre 1952.
Cela fait tout juste soixante ans aujourd'hui.
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