Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
Illustration : Femme à la fenêtre
Félix Labisse (1905-1982)
Fortement marqué par la personnalité d’Ensor dans ses œuvres de jeunesse, Félix Labisse se libère des vieilles légendes flamandes et place son œuvre sous le signe de la métamorphose. Lié au mouvement surréaliste (ses amis sont alors Prévert, Masson, Ernst, Queneau, Magritte, Delvaux, Desnos etc…) sans jamais y adhérer, il crée une peinture ambivalente jouant aux frontières du fantastique, du rite, de la magie ou de l’érotisme. Ses personnages féminins aux corps lascifs, aux formes lisses et aux couleurs crues, évoluent dans un monde étrange et figé. Vers les années 60, apparaissent dans sa peinture les premières femmes bleues, thème qu’il développera jusqu’à la fin de sa vie.
Félix Labisse a réalisé également une série de portraits d’amis, Jean-Louis Barrault, Ensor, Desnos.
Ma sirène
Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage
Pour l'instant elle dort sur la nacre
Et sur l'océan que je crée pour elle
Elle peut visiter les grottes magiques des îles saugrenues
Là des oiseaux très bêtes
conversent avec des crocodiles qui n'en finissent plus
Et les oiseaux très bêtes volent au-dessus de la sirène bleue
Les crocodiles retournent à leur boire
Et l'île n'en revient pas
ne revient pas d'où elle se trouve
où ma sirène et moi l'avons oubliée
Ma sirène a des étoiles très belles dans son ciel
Des étoiles blondes aux yeux noirs
Des étoiles rousses aux dents étincelantes
et des étoiles brunes aux beaux seins
Chaque nuit trois par trois
alternant la couleur de leurs cheveux
Ces étoiles visitent ma sirène
Cela fait beaucoup d'allées et venues dans le ciel
Mais le ciel de ma sirène n'est pas un ciel ordinaire
Ma sirène a sept bateaux sur son océan
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi
Samedi et Dimanche
Les uns à vapeur les autres à voiles
Les uns rapides les autres lents
Mais tous beaux mais tous charmants
avec des marins connaissant leur métier
Ma sirène a des savons de toutes formes et de toutes couleurs
C'est pour laver sa jolie peau
Ma sirène a beaucoup de savons
L'un pour les mains
L'autre pour les pieds
Un pour hier
Un pour demain
Un pour chacun des yeux
Et celui-là pour sa queue d'écailles
Et cet autre pour les cheveux
Et encore un pour son ventre
Et encore un pour ses reins
Ma sirène ne chante que pour moi
J'ai beau dire à mes amis de l'écouter
Personne ne l'entendit jamais
Excepté un, un seul
Mais bien qu'il ait l'air sincère
Je me méfie car il peut être menteur.
Note : La mythologie, avec son cortège de personnages héroïques, fantastiques ou monstrueux, offre à la littérature des motifs de réécriture à travers les siècles. Ainsi Homère, dans L'Odyssée, est le fondateur du mythe de la Sirène. Il en fait une créature maléfique qui, par son chant séducteur, charme tous les mortels et attire vers la mort les marins qui ne peuvent lui résister. Desnos annexe ce personnage et en fait le thème de son poème Ma sirène. Poésie surréaliste, portrait d’un être féminin, destinatrice et inspiratrice de son poème.