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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 07:01

#519    

 

 

Amours rouges

 

Se regardant toujours et s’attirant l’un l’autre,

Ils se sont abattus, haletants et troublés.

Et c’est alors un cri des sens, une fringale,

Un assouvissement de désirs et d’instincts,

Un combat chair à chair de gouge avec son mâle,

Des étreintes de corps à se briser les reins,

Des vautrements si fous que l’herbe en est broyée

Comme après un assaut de vents et de grêlons,

Les buissons cassés net et la terre rayée

D’un grattage lascif de pieds et de talons.

Elle sert de sa chair autant qu’elle en demande,

Sans crier, se débattre ou simuler des peurs,

Ne craignant même plus que le village entende

L’explosion d’amour qui saute de leurs cœurs.

Ils songent aux fureurs échauffantes des bêtes,

Aux printemps allumant l’ardeur dans les troupeaux,

Aux chevaux hennissants, aux vaches toujours prêtes

A se courber au joug amoureux des taureaux.

Et lui, - roi de ce corps pâmé, lui maître d’elle,

Le choisi, parmi tous, pour mener le déduit,

La voyant dans ses bras frissonner comme une aile,

Sent son orgueil de gars puissant monter en lui.

Ses assauts enfiévrés comme un choc de rafales

Traversent la fureur de leurs accouplements,

Ses spasmes ont des cris plus profonds que des râles,

Son rut bondit sur elle avec des jappements,

Il voudrait l’accabler dans une ardeur plénière,

Et lui broyer les sens sous des poids de torpeur,

Et ce débordement de lutte dernière

Devient rage à tel point que leur amour fait peur.

 

 

Emile Verhaeren. Extraits du poème « AMOURS ROUGES » in Les flamandes, 1883

 

 


 

Simon-de-VOS-allegorie-des-5-sens-1640.jpg


Illustration : Simon de VOS. Allégorie des cinq sens, 1640.

 

 

brueghelJtE_An_Allegory_of_the_Five_Senses-II.jpg_original.jpg

 

Illustration : Jan BRUEGHEL. Les cinq sens, 1618.

 

 

Dans l’histoire de l’art, le thème des 5 sens, traditionnel depuis le Moyen Age, est illustré de façon symbolique ou allégorique par un bestiaire foisonnant, étrange ou amusant. L’œil du lynx ou de l’aigle, l’oreille du cerf ou de la taupe, le nez du chien ou du vautour, la gueule du singe ou le bec du faucon, la peau de tortue et les amants enlacés…

 

 

 

« A toute erreur des sens correspondent d'étranges fleurs de raison. »
  Louis Aragon in Le Paysan de Paris.

 

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poésies diverses
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commentaires

Airois 02/08/2011 15:48



j'ai beaucoup réfléchi à l'exclusion dont Verhaeren fait l'objet de la part de Pompidou.J'ai failli signer ma provocation " Pinard ",un dangereux récidiviste.Le principe de l'anthologie est
évidemment d'opérer des choix.Je n'ai pas choisi d'aimer Verhaerhen,c'est lui qui a tendu la main à l'élève que je fus .Il lui a transmis une musique qui résonne encore...Merçi pour cette
belle page,pas très représentative de l'ensemble de l'oeuvre mais que n'aurait pas dédaignée un autre flamand nommé Brel.


 


 



Nuageneuf 02/08/2011 14:25






Bien content de vous retrouver sur ces pages après une si longue absence !


 


« Je n’ai pas trouvé un seul vers de Verhaeren digne d’entrer dans cette anthologie » écrit à peu près G.Pompidou dans sa préface.
Il mit hors-jeu bien d’autres poètes.


Ce fut son choix.


 



Airois 01/08/2011 08:54



vous appelez cela de la poésie ?


                      Pompidou.



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