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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 07:58

 

 

L'art de consommer...la rupture.

 

*       *        *

 

 

 

BÉRÉNICE

 

Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez !

 

TITUS

 

Oui, Madame, il est vrai, je pleure, je soupire,

Je frémis. Mais enfin, quand j'acceptai l'empire,

Rome me fit jurer de maintenir ses droits :

Il les faut maintenir. Déjà plus d'une fois

Rome a de mes pareils exercé la constance.

Ah ! si vous remontiez jusques à sa naissance,

Vous les verriez toujours à ses ordres soumis.

L'un, jaloux de sa foi, va chez les ennemis

Chercher avec la mort la peine toute prête;

D'un fils victorieux l'autre proscrit la tête;

L'autre, avec des yeux secs et presque indifférents,

Voit mourir ses deux fils, par son ordre expirants.

Malheureux ! Mais toujours la patrie et la gloire

Ont parmi les Romains remporté la victoire.

Je sais qu'en vous quittant le malheureux Titus

Passe l'austérité de toutes leurs vertus ;

Qu'elle n'approche point de cet effort insigne ;

Mais, Madame, après tout, me croyez-vous indigne

De laisser un exemple à la postérité

Qui sans de grands efforts ne puisse être imité ?

 

BÉRÉNICE

 

Non, je crois tout facile à votre barbarie.

Je vous crois digne, ingrat, de m'arracher la vie.

De tous vos sentiments mon coeur est éclairci.

Je ne vous parle plus de me laisser ici.

Qui ? moi ? j'aurais voulu, honteuse et méprisée,

D'un peuple qui me hait soutenir la risée ?

J'ai voulu vous pousser jusques à ce refus.

C'en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.

N'attentez pas ici que j'éclate en injures,

Que j'atteste le ciel, ennemi des parjures.

Non, si le ciel encore est touché de mes pleurs,

Je le prie en mourant d'oublier mes douleurs.

Si je forme des voeux contre votre injustice,

Si devant que mourir la triste Bérénice

Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur,

Je ne le cherche, ingrat, qu'au fond de votre coeœur.

Je sais que tant d'amour n'en peut être effacée;

Que ma douleur présente et ma bonté passée,

Mon sang, qu'en ce palais je veux même verser,

Sont autant d'ennemis que je vais vous laisser :

Et, sans me repentir de ma persévérance,

Je me remets sur eux de toute ma vengeance.

Adieu.

 

 

RACINE in  BERENICE, Acte IV, scène 5

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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