Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 08:00

 

 

 Amoureuse de Pyrrhus, Hermione se voit supplantée par Andromaque dans le cœur de celui-ci. Furieuse, elle a chargé Oreste de le tuer. Mais, pendant que le mariage de Pyrrhus et d'Andromaque est près d'être célébré, elle semble encore hésiter.

 

 

 

Hermione.

 

Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?

 

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?

 

Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.

 

Ah ! ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais ?

 

Le cruel ! de quel oeil il m'a congédiée :

 

Sans pitié, sans douleur au moins étudiée !

 

L'ai-je vu s'attendrir, se troubler un moment ?

 

En ai-je pu tirer un seul gémissement ?

 

Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,

 

Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ?

 

Et je le plains encore ! Et, pour comble d'ennui,

 

Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui !

 

Je tremble au seul penser du coup qui le menace !

 

Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce !

 

Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux :

 

Qu'il périsse ! aussi bien il ne vit plus pour nous.

 

Le perfide triomphe et se rit de ma rage :

 

Il pense voir en pleurs dissiper cet orage :

 

Il croit que, toujours faible, et d'un coeur incertain,

 

Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.

 

Il juge encor de moi par mes bontés passées.

 

Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas

 

Si l'on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.

 

Il me laisse, l'ingrat, cet embarras funeste.

 

Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste.

 

Qu'il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,

 

Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir...

 

À le vouloir ? Eh quoi ! c'est donc moi qui l'ordonne ?

 

Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione ?

 

Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois

 

Avec tant de plaisir redire les exploits,

 

À qui même en secret je m'étais destinée

 

Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée ;

 

Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États,

 

Que pour venir si loin préparer son trépas,

 

L'assassiner, le perdre ? Ah ! devant qu'il expire...

 

 

Jean RACINE,  Andromaque (1667), acte V, scène I.

 

 

 

 

Comedie-francaise.jpg

 

 

Andromaque.jpg

Représentation à la Comédie Française, dans une mise en scène de Muriel Mayette, en janvier 2011. Photo© Christophe Raynaud de Lage

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : nuageneuf.over-blog.com
  • : Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
  • Contact

Recherche

Pages