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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 04:53

 

 

 

Pompidou, reviens, ils sont devenus flous !

 

 

Lors un récent sondage effectué à Poitiers auprès d’un panel représentatif de 732 personnes par l’Institut Français pour le Redressement Poétique, à la question : « Quel est votre poète préféré ? », les réponses aussi diverses que la diversité elle-même ne manquent pas d’étonner.

 

Ainsi, pour 411 de nos concitoyens, l’heureux élu est « Grand corps malade », suivi de Daniel Balavoine pour 206 esthètes, 80 estiment grandement Marc Levy (qui est pourtant romancier, me semble-t-il) alors que 24 élisent Johnny Hallyday. Quant aux onze restants, ils citent de parfaits inconnus: La Fontaine, Victor Hugo, Georges Pompidou, Arthur Rimbaud, François Villon, Dominique de Villepin… Un hurluberlu s’est même mis à hurler à tue-tête « Plus mon petit Liré que le mont Palatin et plus que l’air marin la douceur angevine » : de qui se moque-t-on ? Quand on pense aux vers immortels de Grand Corps Malade :

« Roméo kiffe Juliette et Juliette kiffe Roméo

Et si le ciel n’est pas clément tant pis pour la météo

Un amour dans l’orage, celui des dieux, celui des hommes

Un amour, du courage et deux enfants hors des normes »

 

Tout y est : les vers alternés de 13, 15, 14, 13 pieds, les rimes impeccables, l’allusion subtile à Clément Marot, Dieu, et même Shakespeare n’ont qu’à bien se tenir. Comme le disait le regretté Georges Pompidou, cantalien à gros sourcils et auteur d’une immortelle anthologie de la poésie française que je déclamais récemment à mon épouse, elle aux pagaies, moi à la poésie dans un canoë-kayak gonflable descendant la Nied : « L’ennui est qu’un pays peut se passer momentanément de grands poètes car il détient ce que le passé lui a légué. La gestion des affaires publiques, elle, ne souffre point d’interrègne. Et c’est pourquoi alternent la grandeur et la médiocrité. Dans ce dernier cas, il ne leur reste qu’à se consoler en se rappelant que les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Du moins c’est ce qu’on dit. »

 

Paradoxalement, il nous disait aussi que « passer sa vie dans l’opposition est pour un homme politique ce que serait pour un poète se condamner à lire et à juger les vers des autres. En somme l’opposant est voué à faire des anthologies » Etonnant, sous la plume de ce grand homme d’action qui fut justement auteur d’une anthologie… Notre époque est-elle encore propice à la poésie ? Je vous le demande un peu, de quel coté du balancier pompidolien sommes-nous ? Qui a dit que Normal premier lui rappelait le grand Georges ? Je m’insurge mais je lui dédie ces vers immortels que je compte bien chanter un de ces jours, quand j’aurais appris à chanter :

 

« Pars courageusement, laisse toutes les villes;

Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin;

Du haut de nos pensers vois les cités serviles

Comme les rocs fatals de l’esclavage humain.

Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,

Libres comme la mer autour des sombres iles.

Marche à travers les champs une fleur à la main.»

 

Alfred de Vigny fecit et il y en a un certain nombre qui peuvent aller se rhabiller…

 

 

Michel KESSLER

©Michel KESSLER

 

 

kess.jpeg

Michel KESSLER est bouquiniste. Son article est paru le 8 août 2012 sur Causeur.fr

 

Notes de Nuageneuf :

Vigny n'a écrit qu'un seul poème d'amour, La Maison du Berger (1840-1844) paru dans le recueil Destinées. Le poème de 336 vers est dédié à Eva. On peut le lire dans son entièreté ici.

 

La Nied qu'évoque Michel KESSLER est une rivière franco-allemande, qui prend sa source en Moselle.

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans billets
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Nuageneuf 14/08/2012 14:17


Bien agréable et revigorante bouffée d'air pur que vous nous ramenez aujourd'hui, cher Endeuxmots, de ces lieux
privilégiés d'Ardennes.


 


Merci pour votre enthousiasme, précieux encouragement pour le rédacteur-passeur que je tente d'être, jour après jour.


 


Toutes mes amitiés.

endeuxmots 13/08/2012 11:52


Ce texte d'Alfred de Vigny ne pouvait mieux tomber ! Je viens de passer une semaine dans les Ardennes bercé par le chant des ruisseaux, surpris par la fuite d'un chevreuil ou l'envol d'un geai,
ébloui par des couchers de soleil cuivrés, ivre de beauté et d'harmonie. Hier, j'ai retrouvé le grondement de la cité servile, de ses ignares qui s'agitent pour apaiser leurs angoisses et
grognent comme des pouceaux devant l'auge. Les machines de fer et de feu hurlent dans mon jardin. Je meurs et me prépare déjà à rejoindre mes terres avec, dans la besace usée de mon grand-père,
un petit recueil de poèmes aux pages jaunies.   Heureux homme qui peut fuir et surtout ignorer la barbarie médiatique et (péri)-urbaine. 


Merci pour vos publications. Lueurs d'intelligence et de sensibilité sur une toile si souvent décevante.


Bien amicalement.

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