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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 07:20

 

 

 

 

« Vous pourriez déranger la chance »

 

 

Le funambule

 

Un sentier de fil tendu et si mince qu’un ange n’y pourrait cheminer que les ailes ouvertes;

 

Rien que l’espace alentour -, très bas et très haut l’espace charmeur et mortel.

 

Ô funambule, il n’est pas de solitude comparable à la tienne et tu n’as d’autre compagnon

 

Que cette mort toujours te parlant à l’oreille et te pressant de lui céder.

 

Ah! quelle danse étrange où le moindre faux pas punit de mort le danseur!

 

Quelle fidélité où le moindre mensonge immole le menteur.

 

De ton pied intelligent, tu choisis le nombre d’or entre cent nombres perfides — et chacun de tes orteils est vainqueur de cent énigmes.

 

Tandis que tes bras levés et tes paumes bien ouvertes semblent toucher une rampe de vent ou calmer les sirènes du vide.

 

Une grâce vigoureuse dicte la foi forte et chaste à tes genoux, à ta nuque.

 

Et tu poursuis un voyage dans la pure vérité.

 

Tu marches; plus rien en toi ne peut dormir ou rêver. Ô justice, ô vigilance.

 

Et tu es comme l’avare qui perdrait tout son trésor en perdant un seul denier.

 

L’oiseau des cimes t’admire en ta haute pauvreté. Il a dans l’air vaste et nu mille soutiens transparents:

 

Toi, tu n’as pour seul appui qu’un fil nié par les yeux, le plus frêle fil du monde entre deux bords de cristal.

 

Tu inventes la balance où rien d’impur ne survit et quel juste partage est fait dans l’équilibre du monde.

 

Entre huit grains de poussière et deux plumes de mésange!

 

Si ta main va s’emparer de quelque invisible pêche, tu sais la fondre en toi-même et goûter son jus profond de la lèvre au bout des pieds.

 

Ô prince du suspens, ô maître de l’audace, chaque pas que tu fais engendre des musiques en des lieux bercés hors du temps;

 

Et la terre envieuse et l’abîme dompté ne pouvant t’engloutir, ont pris parti de t’adorer.

 

Règne donc dans un tourment aux figures de délice; caresse d’une main savante les grands fauves endormis,

 

Puisque tu vois danser ton âme à la distance d’un seul pas et que ta main va l’atteindre.

 

Ô solitaire, ô lucide, risque à chaque instant de perdre un séjour obéissant, un empire de saisons pour gagner un pas de plus.

 

 

NORGE

Oeuvres poétiques

 

 

 

Degas.lala.jpg 


 

 

Edgar DEGAS

Miss Lola au cirque Fernando, 1879

 

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans NORGE
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commentaires

Nuageneuf 08/04/2012 11:29


Bienvenue Fanny (mieux vaut tard que
jamais) et merci pour votre bienveillante attention. La bévue fut corrigée immédiatement, bien sûr...


 


Ce type d'erreur d'inattention montre à quel point il est important d'avoir des lecteurs attentionnés. Vous êtes
ici chez vous, chère Fanny, revenez souvent !

Fanny 12/03/2012 15:23


Edgar DEGAS, non pas Edouard...

Beau blog au passage (plus utile que beau, mais lorsqu'on aime et les poèmes et la peintures, le blog est autant utile que beau) 

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