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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 06:23

 

le misanthrope

 

Le Misanthrope ou l'Atrabilaire amoureux est une comédie de Molière en cinq actes, en alexandrins, créée le 4 juin 1666. Elle est inspirée du Dyscolos de Ménandre. Alceste, idéaliste, prétend se comporter sans hypocrisie. Il clame son intransigeance face au pouvoir et à ses compromissions (et préfère par exemple perdre un procès où son bon droit est établi plutôt que d'influencer le juge comme le fait son adversaire)... mais il est épris de Célimène, jeune femme mondaine et coquette. Désireux de fuir cette société pour laquelle il ne serait pas fait, il souhaite convaincre sa dulcinée de renoncer au monde par amour pour lui.

 

 

 

 

Le Misanthrope, Acte 1, SCÈNE PREMIÈRE

 

 

PHILINTE

Vous voulez un grand mal à la nature humaine!

 

ALCESTE

Oui! j'ai conçu pour elle, une effroyable haine.

 

PHILINTE

Tous les pauvres mortels, sans nulle exception,

Seront enveloppés dans cette aversion?

Encor, en est-il bien, dans le siècle où nous sommes...

 

ALCESTE

Non, elle est générale, et je hais tous les hommes:

Les uns, parce qu'ils sont méchants, et malfaisants;

Et les autres, pour être aux méchants, complaisants,

Et n'avoir pas, pour eux, ces haines vigoureuses

Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

De cette complaisance, on voit l'injuste excès,

Pour le franc scélérat avec qui j'ai procès;

Au travers de son masque, on voit à plein le traître,

Partout, il est connu pour tout ce qu'il peut être;

Et ses roulements d'yeux, et son ton radouci,

N'imposent qu'à des gens qui ne sont point d'ici.

On sait que ce pied plat, digne qu'on le confonde,

Par de sales emplois, s'est poussé dans le monde:

Et, que, par eux, son sort, de splendeur revêtu,

Fait gronder le mérite, et rougir la vertu.

Quelques titres honteux qu'en tous lieux on lui donne,

Son misérable honneur ne voit, pour lui, personne :

Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit,

Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.

Cependant, sa grimace est, partout, bienvenue,

On l'accueille, on lui rit; partout, il s'insinue;

Et s'il est, par la brigue, un rang à disputer,

Sur le plus honnête homme, on le voit l'emporter.

Têtebleu, ce me sont de mortelles blessures,

De voir qu'avec le vice on garde des mesures;

Et, parfois, il me prend des mouvements soudains,

De fuir, dans un désert, l'approche des humains.

 

(...)

 

 

 

 

desert.jpg

...Et, parfois, il me prend des mouvements soudains,

De fuir, dans un désert, l'approche des humains.


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 11/04/2012 10:35


Cher Gaël,


Parfaitement remarqué ! Nous nous souvenons tous beaucoup plus de la fille que nous n'osions pas vraiment regarder en face que des alexandrins de Molière que nous devions apprendre et réciter par
cœur. Mais l'âge venant, ce sont des alexandrins dont nous nous souvenons aujourd'hui et dès la relecture, nous nous apercevons que nous pouvons bien vite nous les remémorer et les réciter
presque par coeur sans difficulté.

G.MAR 10/04/2012 17:59


Exact pour le: contre la remise en cause des professeurs. Les classiques possèdent ce goût, à l'âge où on nous les enseigne, disons d'un film de Chaplin pour un gamin de cinq ans. Cela ne
ressemble pas assez à ses dessins animés préférés, donc ses goûts. Et puis ça manque de sexe... ce qui n'explique pas tout. Certes. Mais je me souviens encore de la fille qui était assise à côté
de moi au moment où l'on m'offrit le loisir de lire à voix haute l'un des passages du Don Juan...

Nuageneuf 10/04/2012 12:07





Nous avons tous souvent tendance à en vouloir à nos professeurs de n’avoir pas su, ou pu, nous faire savourer les classiques. Mais à y réfléchir un peu, sans doute étions-nous alors de
jeunes godelureaux indisciplinés et rétifs plus enclins à chahuter qu’à être réceptifs à leurs enseignements ?


 


Vos avis à chacun m’enchantent et enrichissent le débat. On dira, en vrac, deux ou trois choses ;


1/ Reconnaissons que Molière situe promptement son personnage ! Acte 1, scène 1 et voilà notre Alceste campé. Pour mémoire, rappelons que dans Le Tartuffe ou
l’Imposteur, Tartuffe fait son entrée en scène en début de 3ème acte !...


2/ Molière nous donne un Alceste outrageusement machiste et sans doute peu cultivé.


3/ Célimène est belle, brillante, c’est une précieuse, avec tout l’aura positif du terme, particulièrement cultivée, enjouée, sure de ses charmes, de sa beauté qu’on
imagine aisément et de son pouvoir de séduction.


4/ L’insoutenable posture d’Alceste le rend pitoyable : il n’est qu’un homme bien petit et bien ridicule face à  la brillante Célimène,
que bien maladroitement il voudrait réduire.


5/ Enfin, Molière nous apparaît dans cette pièce un avant-gardiste de la défense et du respect de la femme et nous l’applaudissons des deux mains.


 


Merci encore à Soluto, Cédric, Patrice et Gaël pour leurs éclairages et leur confiance. Recevez tous mes bonnes
amitiés.


 


Ah ! j'oubliais ! Alceste menace à reculons de partir pour un illusoire désert; c'est un peu du genre "Arrêtez ou je fais un malheur !", ou ici " Retenez-moi, retenez-moi sinon je
pars ! "    

G.MAR 09/04/2012 16:02


Merci pour ce rappel qui vaut découverte (et toutes les autres nouritures). Même sentiment que Soluto sur ces cours de français dont je me demande parfois si l'accablant appareil
conceptuel censé nous mener à l'intelligence du texte n'est pas utilisé dans le seul but de gâcher le plaisir de la lecture. Reste que les professeurs de Français auront aussi su être
pourvoyeurs de nouritures et de découvertes. Pour la cristalisation avec l'Alceste et la distance cathartique qu'il faut avoir face à cette figure je vous suis, cher monsieur. Mais quand même
c'est trés bon, son discours, et trés tentant. Cet extrait me rapelle ce passage (en contrepoint) des frères Karamazov, et ce médecin qui aime l'humanité ''en général'' mais ne supporte pas les
individus qui patientent dans sa salle d'attente en se râclant la gorge... Bien des mysanthropes me semblent à l'inverse ne porter leur haine qu'au genre humain et se trouver des plus charitables
quand aux singularités que nous sommes. Il existe sans doute un humanisme de l'antihumanisme qui mériterait d'être exploré dans ce sens. Et ne parlons pas de Céline et de toutes ses
ambiguités... Bien à tous, et au plaisir.

endeuxmots 09/04/2012 14:10


Tête bleue, ce me sont des mortelles blessures,


De voir qu'avec le vice on garde des mesures;


Crédieu l'Alceste vous m'échauffez trop le sang !


Contre ces faquins j'aurai toujours une dent ! Dussè-je y perdre santé, fortune et amitiés. Je maintiendrai ! Envers et contre tout ! N'en déplaise aux accomodants ! S'il faut un dernier
héros, je le serai ! Jusqu'à la mort. Ils l'auront voulu !


Tiens. Il ne me semble pas trop difficile de me couler dans le personnage. Méfiance. Surveillons-nous. Bien amicalement ! 


 

Cédric 09/04/2012 11:30

Mais l'humain que l'on est soit, jamais on ne le fuira.

Soluto 09/04/2012 11:21


J'ai beau bien connaitre ce texte je le trouve admirable, et même extraordinaire. Il m'a fallu longtemps et beaucoup de chance pour me déprendre de ce que mes professeurs de français avaient fait
de Molière et d'autres classiques... De loin, en s'aidant de mauvais souvenirs, on les trouve poussiéreux. Dès qu'on s'approche un peu ils retrouvent un éclat que chaque relecture rend plus
vif... Merci pour votre blog... Il est riche, doux et paisible... C'est dire s'il est singulier et généreux...

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