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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 11:00

 

L-Avare.jpg 

      

Le rideau s'ouvre. Valère, le fils d'Anselme aime Elise, Elise, la fille d'Harpagon l'aime tout autant. Difficile de faire plus simple comme situation. Leur dialogue amoureux est une pure merveille.

 

     

Valère
Hé quoi ? charmante Elise, vous devenez mélancolique, après les obligeantes assurances que vous avez eu la bonté de me donner de votre foi ? Je vous vois soupirer, hélas ! au milieu de ma joie ! Est−ce du regret, dites−moi, de m'avoir fait heureux, et vous repentez−vous de cet engagement où mes feux ont pu vous contraindre ?

Elise
Non, Valère, je ne puis pas me repentir de tout ce que je fais pour vous. Je m'y sens entraînée par une trop douce puissance, et je n'ai pas même la force de souhaiter que les choses ne fussent pas. Mais, à vous dire vrai, le succès me donne de l'inquiétude ; et je crains fort de vous aimer un peu plus que je ne devrais.

Valère
Hé ! que pouvez−vous craindre, Elise, dans les bontés que vous avez pour moi ?

Elise
Hélas ! cent choses à la fois : l'emportement d'un père, les reproches d'une famille, les censures du monde ; mais plus que tout, Valère, le changement de votre coeur, et cette froideur criminelle dont ceux de votre sexe payent le plus souvent les témoignages trop ardents d'une innocente amour.

Valère
Ah ! ne me faites pas ce tort, de juger de moi par les autres. Soupçonnez−moi de tout, Elise, plutôt que de manquer à ce que je vous dois : je vous aime trop pour cela, et mon amour pour vous durera autant que ma vie.

Elise
Ah ! Valère, chacun tient les mêmes discours. Tous les hommes sont semblables par les paroles ; et ce n'est que les actions qui les découvrent différents.

Valère
Puisque les seules actions font connaître ce que nous sommes, attendez donc au moins à juger de mon coeur par elles, et ne me cherchez point des crimes dans les injustes craintes d'une fâcheuse prévoyance. Ne m'assassinez point, je vous prie, par les sensibles coups d'un soupçon outrageux, et donnez−moi le temps de vous convaincre, par mille et mille preuves, de l'honnêteté de mes feux.

Elise
Hélas ! qu'avec facilité on se laisse persuader par les personnes que l'on aime ! Oui, Valère, je tiens votre coeur incapable de m'abuser. Je crois que vous m'aimez d'un véritable amour, et que vous me serez fidèle ; je n'en veux point du tout douter, et je retranche mon chagrin aux appréhensions du blâme qu'on pourra me donner.



MOLIERE
L'avare
Scène 1 de l'acte premier



Molière écrit L'Avare en 1668, une comédie en cinq actes et en prose. L'Avare est la seconde pièce de Molière la plus jouée derrière Tartuffe.







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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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