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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 05:16

 

 

      Enfin Malherbe vint...

 

 


 

Malherbe 1Malherbe-2.jpg

Extrait d'un Mémoire présenté par Monsieur et Madame DEJOURNO de l'Université de Toronto. en 1817.

 

 

Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,

Fit sentir dans les vers une juste cadence,

D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,

Et réduisit la muse aux règles du devoir.

Par ce sage écrivain la langue réparée

N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.

Les stances avec grâce apprirent à tomber,

Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.

Tout reconnut ses lois; et ce guide fidèle

Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle.

Marchez donc sur ses pas; aimez sa pureté,

Et de son tour heureux imitez la clarté.

Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,

Mon esprit aussitôt commence à se détendre,

Et, de vos vains discours prompt à se détacher,

Ne suit point un auteur qu'il faut toujours chercher.

Il est certains esprits dont les sombres pensées

Sont d'un nuage épais toujours embarrassées;

Le jour de la raison ne le saurait percer.

Avant donc que d'écrire apprenez à penser.

Selon que notre idée est plus ou moins obscure,

L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Surtout qu'en vos écrits la langue révérée

Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.

En vain vous me frappez d'un son mélodieux,

Si le terme est impropre, ou le tour vicieux;

Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,

Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.

Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin

Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain

 

Nicolas Boileau

L’art poétique,

Chant I, v.131-162 

 

 

 

 

Beauté, mon cher souci

 

Beauté, mon beau souci, de qui l'âme incertaine

A, comme l'Océan, son flux et son reflux,

Pensez de vous résoudre à soulager ma peine,

Ou je me vais résoudre à ne le souffrir plus.

 

Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise,

Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté;

Mais pour me retenir, s'ils font cas de ma prise,

Il leur faut de l'amour autant que de beauté.

 

Quand je pense être au point que cela s'accomplisse

Quelque excuse toujours en empêche l'effet;

C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse,

Dont l'ouvrage du soir au matin se défait.

 

Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire

De me l'avoir promis, et vous rire de moi;

S'il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire,

Et s'il vous en souvient, vous n'avez point de foi.

 

J'avais toujours fait compte, aimant chose si haute,

De ne m'en séparer qu'avecque le trépas;

S'il arrive autrement, ce sera votre faute

De faire des serments et ne les tenir pas.

 

 

François de Malherbe

Stances, 1598.

 

 

 

 

 

Wright-of-Derby.jpg

...C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse,

Dont l'ouvrage du soir au matin se défait...

 

 

 

Illustration:

Joseph Wright of Derby, 1734-1797

Pénélope

 

 

 

 M.Laurencin.Coco-Chanel.jpg

 Marie Laurencin

Coco Chanel

 

 

audrey-hepburn.jpg

 

(...)  Vos yeux ont des appas que j'aime  (...)

 

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 29/09/2013 11:14


 


 


Merci cher Jacques de vos encouragements à continuer de défoncer des portes ouvertes...


 


...Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,


Et les mots pour le dire arrivent aisément...


 


 



Jacques 28/09/2013 14:12


Quel mépris pour Malherbe ! Quelle injustice ! Comment l'expliquer ?


Ce poème annonce le meilleur de Jean Racine. Sous la tunique un peu roide le coeur bat follement.


Merci et encore et encore, pour cette... petite réhabilitation.


 

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