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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 06:09

 

 

 

Décembre allume ses fenêtres

 

 

Tout à coup, j’ai toute la vieillesse du monde dans les os.

Décembre allume ses fenêtres

Et c’est la benne des saisons qui bascule en me fendant l’être.

Voici le vieil hiver fumant, éventrés de soleils fourchus

On attend sur l’étang du gel l’écart éblouissant d’un prince

Mais le ciel de Seine a terni les feux mordorés des vitrines

Et la brume qui vient aux dents est trouble du brouillard des mots.

Je suis étranger à ces lieux où la publicité, la mort sont sourdement complices

Je suis né contre des forêts où l’air vert était sec de houx.

Ma mère, à cette saison-ci rentrait des lessives gelées :

La chemise aux deux bras levés, le drap raidi comme un chemin.

J’ai trop vécu pour refuser fidélité à mon enfance

Fidélité à mon amour et belles rives au temps pourri.

Tu peux venir au creux de moi comme une barque qui s’amarre

Escomptant qu’un arbre haleur délimite la contrée.

 

 

 

Luc Bérimont

Un feu vivant

 

 

 

 

Orange, Red, Yellow 1961

 

Mark ROTHKO

Orange, Red, Yellow

1961


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 11/12/2013 14:47


 


Bonjour k. role,


 


Le receuil Un feu vivant, paru en 1968, nous est tombé entre les mains et nous a subjugué. Ce poème a
été recopié sans moyen de retrouver un exemplaire imprimé. Le "s" a "éventrés" semble évidemment inapproprié, il ne s'accorde avec rien. Si vous avez une idée, elle sera la bienvenue. Merci de
votre fidélité ici.



Nuageneuf 11/12/2013 14:35


 


Bonjour icilondres,


 


Votre appréciation mystérieuse sur Rothko est partagée sur Nuageneuf! 


 

k.role 11/12/2013 12:22


merci. Cher Nuage. C'est très beau... Nous savons bien que nous vivons dans un monde factice, de plus en plus éloigné des réalités, et la nostalgie n'a pas fini de nous faire signe, comme ici.
Cette voix, là, je la connais en moi.

icilondres 11/12/2013 07:49


Ah Mark Rothko ! Si je savais...pourquoi je peux plonger des heures dans sa noirceur colorée, comme si une de mes vérités était intimement prise dans sa toile et que je m'épuise à la chercher en
vain...


Merci


 

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