Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 05:46

 

 

 

 

 

Les deux amis

 

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa (1) :

L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre :

   Les amis de ce pays-là

   Valent bien dit-on ceux du nôtre.

Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,

Et mettait à profit l’absence du Soleil,

Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :

Il court chez son intime, éveille les valets :

Morphée avait touché le seuil de ce palais.

L’Ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ;

Vient trouver l’autre, et dit : Il vous arrive peu

De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme

À mieux user du temps destiné pour le somme :

N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?

En voici. S’il vous est venu quelque querelle,

J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point

De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle

Était à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?

— Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;

J’ai craint qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.

    Ce maudit songe en est la cause.

Qui d’eux aimait le mieux, que t’en semble, Lecteur ?

Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.

Qu’un ami véritable est une douce chose.

Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

   Il vous épargne la pudeur

   De les lui découvrir vous-même.

   Un songe, un rien, tout lui fait peur

   Quand il s’agit de ce qu’il aime.

 

 

 

Jean de La Fontaine

1621-1695

 

Fables

Second recueil (1678), fable 11

 

 

 

Verlaine--Rimbaud.jpg

Deux amis (à gauche Verlaine et à son coté Rimbaud)

 

 

Henri FANTIN-LATOUR

1836 - 1904

Un coin de table, 1872

Henri Fantin-Latour expose au Salon de 1872 Coin de table, représentant une société de poètes réunis à la fin d'un repas. De ces huit convives, la postérité n'en a guère retenu que deux : Verlaine et Rimbaud, assis côte à côte, comme isolés des autres dîneurs, pour l'éternité.

 

 

Cyrano---Le-Bret.jpg

 Deux amis : Cyrano et Le Bret

 

 

 

 


(1)  L'Empire Monomotapa n’est pas une invention de La Fontaine ! C’était un royaume médiéval (1450-1629) situé en Afrique australe et recouvrant les territoires des actuels Zimbabwe et Mozambique. Sa capitale était le Grand Zimbabwe.

 

Monomotapa.jpg

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans LA FONTAINE Jean de
commenter cet article

commentaires

Nuageneuf 21/05/2012 15:28


Chers Lamarée et Endeuxmots


 


Merci de vos avis généreux et très heureux que ce La Fontaine peu connu et surprenant vous plaise ! 


 


Quant à Clélie, la voici vue "à la Rubens" !!! (pas sûr du tout que cela fonctionne mais bon, à tout le moins, vous aurez le lien...)


file:///Users/jmt/Desktop/47949164.parisaug05435.JPG

endeuxmots 20/05/2012 20:32


Soyez certain, cher ami, que vous savoir souffrant m'inquièterait grandement


Comme vous le fûtes d'ailleurs, à mon corps défendant, en cette nouvelle d'année.


Dame Nature nous ayant doté d'une robuste santé, dormons en paix


Et  savourons encore longtemps notre belle amitié n'en déplaise aux chagrins.


 

La marée 18/05/2012 22:27


désolé : déconseillent

La marée 18/05/2012 22:26


Bien d'accord, c'est d'ailleurs une maxime qui peut se décliner à la famille, mais La Fontaine a l'intelligence de n'en concerner que les amis, cette famille que l'on a choisie, et qui nous a
choisis.


Par ailleurs, j'avouerai que me pencher sur Clélie serait une entreprise que mes lombaires me déconseille, elles doivent être de connivence avec votre réticence à approfondir le Tendre... ;-)


(à en remettre une couche, la demande va finir par tomber !)

Nuageneuf 18/05/2012 22:07


Cher La Marée,


Absolument d'accord avec vous au point que j'ai bien failli illustrer cette fable avec la carte du Tendre ! Et c'est ma fainéantise qui l'emporta : en effet, il
m'aurait fallu rédiger un minimum d'explication, notamment pour les jeunes lecteurs mais allez résumer le Tendre en cinq ou six lignes !... Certes j'ai commencé mais j'avoue que je ne
m'en sortais pas...


 


Reste le principal : La Fontaine ! Cette fable est surprenante, on attend une traîtrise, un mauvais coup. Que nenni ! C'est une véritable ode à
l'amitié qu'il nous offre-là ; nous devrions tous connaître par coeur les six derniers vers, non ? 

La marée 18/05/2012 10:50


On eu pu croire qu'ils venaient tous deux du pays de Tendre, où Monomotapa eût aussi bien pu être une escale.

Présentation

  • : nuageneuf.over-blog.com
  • : Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
  • Contact

Recherche

Pages