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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 06:00

 

 

 

 

L-insoutenable-legerete.-Film.jpg

Affiche du film tiré du roman.    

 

L'Insoutenable Légèreté de l'être (Nesnesitelná lehkost bytí en tchèque) est le cinquième roman de Milan Kundera, écrit en 1982 et publié pour la première fois en 1984, en France.
L'intrigue se situe à Prague en 1968,et s'articule autour de la vie des artistes et des intellectuels, dans le contexte de la Tchécoslovaquie du Printemps de Prague, puis de l'invasion du pays par l'URSS.

 

kundera.jpg 

 

  (...) Tereza caresse la tête de Karenine qui repose paisiblement sur ses genoux. Elle se tient à peu près ce raisonnement : Il n'y a aucun mérite à  bien se conduire avec ses semblables. Tereza est forcée d'être correcte avec les autres villageois, sinon elle ne pourrait pas y vivre, et même avec Tomas elle est obligée de se conduire en femme aimante car elle a besoin de Tomas. On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou de notre haine, et dans quelle mesure elles sont d'avance conditionnées par les rapports de force entre individus.

    La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité ( le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux   . Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent.

 

    Une génisse s'est approchée de Tereza, s'est arrêtée et l'examine longuement de ses grands yeux bruns. Tereza la connaît. Elle s'appelle Marguerite. Elle aurait aimé donner un nom à toutes ses génisses, mais elle n'a pas pu. Il y en a trop. Avant, il en était encore certainement ainsi voici une trentaine d'années, toutes les vaches du village avaient un nom. (Et si le nom est le signe de l'âme, je peux dire qu'elles en avaient une, n'en déplaise à Descartes.) Mais le village est ensuite devenu une grande usine coopérative et les vaches passent toute leur vie dans deux mètres carrés d'étables. Elles n'ont plus de nom et ce ne sont plus que des "machinae animatae". Le monde a donné raison à Descartes.

 

     J'ai toujours devant les yeux Tereza assise sur une souche, elle caresse la tête de Karénine et songe à la faillite de l'humanité. En même temps, une autre image m'apparaît : Nietzsche sort d'un hôtel de Turin. Il aperçoit devant lui un cheval et un cocher qui le frappe à coups de fouet. Nietzsche s'approche du cheval, il lui prend l'encolure entre les bras sous les yeux du cocher et il éclate en sanglots.

     Ça se passait en 1889 et Nietzsche s'était déjà éloigné, lui aussi, des hommes. Autrement dit : c'est précisément à ce moment-là que s'est déclarée sa maladie mentale. Mais, selon moi, c'est bien là ce qui donne à son geste sa profonde signification. Nietzsche était venu demander au cheval pardon pour Descartes. Sa folie (donc son divorce avec l'humanité) commence à l'instant même où il pleure sur le cheval.

     Et c'est ce Nietzsche-là  que j'aime, de même que j'aime Tereza, qui caresse sur ses genoux la tête d'un chien mortellement malade. Je les vois tous deux côte à côte : ils s'écartent tous deux de la route ou l'humanité, "maître et possesseur de la nature", poursuit sa marche en avant.(...)

 

Milan Kundera

L'insoutenable légèreté de l'être, 1984 

 

 

 

 

Sandrine1 

 

 

Sandrine2

 

Illustrations de ©Sandrine Rotil— Tiefenbach     

 

 

 

 

 

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Textes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 14/02/2014 17:02


Chère Célestine,


 


-Etonnant, non?


 


 

Celestine 12/02/2014 15:27


Un livre qui m'avait épantelée, en son temps.


C'est drôle, un des héros de mon roman à deux balles le pose sur la table de son vestibule.

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