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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 05:44

 

 

 

C'est la rentrée !... 


*    *    *  

 

      ... Quand Victor HUGO fait mine de s'énerver,

ça déménage ! 

Nuageneuf souhaite une fructueuse rentrée à tous les enseignants et à tous les élèves, en rêvant qu'à l'instar de Victor Hugo, tous fassent, chacun à sa manière, leur tempête personnelle au fond des encriers...

 

 




 

 

…Je fis une tempête au fond de l'encrier…

 

 

 hugo 

 

 Réponse à un acte d'accusation 

 

 

(...)

             Quand je sortis du collège, du thème,

Des vers latins, farouche, espèce d'enfant blême

Et grave, au front penchant, aux membres appauvris ;

Quand, tâchant de comprendre et de juger, j'ouvris

Les yeux sur la nature et sur l'art, l'idiome,

Peuple et noblesse, était l'image du royaume ;

La poésie était la monarchie ; un mot

Etait un duc et pair, ou n'était qu'un grimaud ;

Les syllabes, pas plus que Paris et que Londres,

Ne se mêlaient; ainsi marchent sans se confondre

Piétons et cavaliers traversant le pont Neuf ;

La langue était l'Etat avant quatre-vingt-neuf ;

Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes ;

Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,

Les Méropes, ayant le décorum pour loi,

Et montant à Versailles aux carrosses du roi ;

Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,

Habitant les patois ; quelques-uns aux galères

Dans l'argot ; dévoués à tous le genres bas,

Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas,

Sans perruque ; créés pour la prose et la farce ;

Populace du style au fond de l'ombre éparse ;

Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas leur chef

Dans le bagne Lexique avait marqués d'une F ;

N'exprimant que la vie abjecte et familière,

Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière.

Racine regardait ces marauds de travers ;

Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers,

Il le gardait, trop grand pour dire : Qu'il s'en aille;

Et Voltaire criait : Corneille s'encanaille

Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi.

Alors, brigand, je vins ; je m'écriai : Pourquoi

Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?

Et sur l'Académie, aïeule et douairière,

Cachant sous ses jupons les tropes effarés,

Et sur les bataillons d'alexandrins carrés,

Je fis souffler un vent révolutionnaire.

Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.

Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !

Je fis une tempête au fond de l'encrier,

Et je mêlai, parmi les ombres débordées,

Au peuple noir des mots l'essaim blanc des idées ;

Et je dis : Pas de mot où l'idée au vol pur

Ne puisse se poser, tout humide d'azur !

Discours affreux ! - Syllepse, hypallage, litote,

Frémirent ; je montai sur la borne Aristote,

Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.

Tous les envahisseurs et tous les ravageurs,

Tous ces tigres, le Huns, les Scythes et les Daces,

N'étaient que des toutous auprès de mes audaces ;

Je bondis hors du cercle et brisai le compas.

Je nommai le cochon par son nom ; pourquoi pas?

Guichardin a nommé le Borgia ! Tacite

Le Vitellius ! Fauve, implacable explicite,

J'ôtai du cou du chien stupéfait son collier

D'épithètes ; dans l'herbe, à l'ombre du hallier,

Je fis fraterniser la vache et la génisse,

L'une étant Margoton et l'autre Bérénice.

Alors, l'ode, embrassant Rabelais, s'enivra ;

Sur le sommet du Pinde on dansait Ça ira ;

Les neuf muses, seins nus, chantaient la Carmagnole ;

L'emphase frissonna dans sa fraise espagnole ;

Jean, l'ânier, épousa la bergère Myrtil. (...)

 

 

 

V. Hugo

Réponse à un acte d'accusation. L'Aurore.

 Les Contemplations, Livre I, poème VII. -1834-

 

 



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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans HUGO Victor
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commentaires

endeuxmots 05/09/2012 17:54


Quel souffle ! Quelle carrure !

Nuageneuf 05/09/2012 11:56





Bonjour Virginie, 


Merci de votre présence si fidèle et de l’intérêt que vous portez à mon travail par le biais de vos commentaires plus suaves les uns que les autres.


 


Hugo ! Il a 14 ans et dans son cahier d’écolier, il écrit "Je veux être Chateaubriand ou rien ". Jusqu’à adopter, bien plus tard, la devise « EGO
HUGO » ! Merveilleux homme de génie.


 


Sa vie est un roman peuplé d'événements plus forts les uns que les autres : une enfance de rêve, le mariage controversé avec Adèle Foucher, la bataille
d'Hernani, la trahison de son ami Sainte-Beuve, une longue liaison avec la comédienne Juliette Drouet, la noyade de sa fille Léopoldine à Villequier,
son combat contre Napoléon III, dix-neuf années d'exil : "Je resterai proscrit, voulant rester debout", un retour à Paris qui lui permet d'être député puis sénateur, la folie de sa fille Adèle,
la vieillesse paisible et glorieuse avenue d'Eylau et enfin des obsèques nationales suivies par une foule immense qui lui rend hommage en criant "Vive Victor
Hugo !"…


 


Confidence : pour moi, impossible de dissocier Hugo de mon père qui récite sans une hésitation des pages et des pages d’alexandrins des Châtiments ou des
Contemplations. Mais tout cela est une autre histoire, bien trop personnelle.

Virginie. 03/09/2012 18:44


On voyait dans les cieux, avec leurs larges ombres,


Monter comme des caps ces édifices sombres,


Immense entassement de ténèbres voilé !


Le ciel à l’horizon scintillait étoilé,


Et sous les mille arceaux du vaste promontoire,


Brillait comme à travers une dentelle noire.


 


Les Orientales, "Le Feu du ciel"


 


 


Hugo, l'homme océan, cher Nuage.


BNF - bien sûr...

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