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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 08:00

 

 

 

 

 

Dangereuse

 

Vous dangereuse ? mais sans doute !

Très dangereuse, c’est certain ;

Comme la peur que l’on écoute,

Comme le bois près de la route

Vers les six heures du matin ;

 

Comme l’éloquence imagée,

Comme un titre sur parchemin,

Comme le vin et la dragée,

Ou comme l’arme trop chargée

Qui vous éclate dans la main ;

 

Car toute femme est dangereuse,

Très dangereuse et c’est charmant,

Comme la mer... que le vent creuse ;

Comme la fillette de Greuze,

Qui ne s’en doute aucunement ;

 

Comme la petite Ingénue

Quand la cruche... va se casser,

Comme une veuve toute nue,

Comme une femme dans la rue,

Une femme qu’on voit passer.

 

Oui, toute femme est dangereuse,

Soit qu’elle allaite ses enfants

Avec sa mamelle amoureuse,

Soit qu’elle ait la cruche de Greuze

À ses petits doigts triomphants ;

 

Qu’elle soit grave ou qu’elle joue,

Plus à craindre encor que le feu,

Que l’aviron ou que la roue,

Que le commandement : En joue !

Que le cri : Commencez le feu !

 

Dangereuse comme la plume,

La plume au vent, et l’eau qui dort,

Et l’obus... un obus qui fume ;

Comme la guerre qu’elle allume,

Elle peut amener la mort.

 

Si vous êtes la plus aimée,

Ne seriez-vous point ici-bas

Plus dangereuse... qu’une armée

Victorieuse et parfumée

Des lauriers de trois cents combats ?

 

Vous êtes la plus redoutable,

Moi, c’est pour cela que je veux...

C’est pour ta grâce... épouvantable

Qui ferait à la Sainte Table

Tous les saints se prendre aux cheveux.

 

Oui, vous êtes la plus à craindre,

Car votre lit est le plus doux,

C’est pour ça que j’aime à T’étreindre,

Toi qu’un Homère pourrait peindre

Avec du sang jusqu’aux genoux !


Germain NOUVEAU

Valentines, 1887

 

 

 

 

 

 

Jean-Baptiste_Greuze_-_Innocence_-_WGA10667.jpg

... Car toute femme est dangereuse,

Très dangereuse et c’est charmant,

Comme la mer... que le vent creuse ;

Comme la fillette de Greuze,

Qui ne s’en doute aucunement ; ...

 

 

 

Jean-Baptiste GREUZE

Innoncence, 1790

 

 

 

 

Déja publié L'âme ainsi qu'une courte bio de Nouveau.


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 11/12/2013 14:32


 


Bonjour et bienvenue Commentaire,


 


Bienvenue et merci de votre appréciation pertinente sur NOUVEAU. On le retrouvera bientôt avec d'autres poèsies.


 

CommenTaire 08/12/2013 16:00


Quel érotisme dans ce beau poème dont bien des sens de lecture sont possibles! Le troisième quintil pariculièrement. Quant à Greuze, idéalement choisi...

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