Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 05:21

 

 

cecile-duflot-anne-lauvergeon.jpg

 

 


Voici un billet relevé récemment sur l'éblouissant site de Canal Académie (1) (2)

que nous sommes heureux de vous faire partager :


 

 

 


Farfelu

 

Mon mot de sept lettres commence comme une note de musique et se finit comme un petit gâteau. Le tout n’est pas très sérieux et a pour anagramme affluer. 
 

C’est par le petit gâteau qu’il est sans doute plus facile de commencer, un Lu, le gâteau nantais par excellence, quant à la note, il s’agit du fa, et comme mon mot n’est pas sérieux, peut-être puis-je deviner qu’il s’agit de l’adjectif farfelu... 

 

Voilà un mot qui ne manque pas de charme parce que son étymologie est pour ainsi dire « farfelue ». Pour s’en convaincre, il suffit de suivre le sens très variable du mot chez nos écrivains et dans nos dictionnaires. 
 

Ainsi, quand en 1545, dans le Tiers Livre, Rabelais évoque les « andouilles farfelues », ne faisons pas de confusions, il ne s’agit pas de désigner quelque chose de bizarre ou de drôle, mais c’est le gourmet qui s’exprime et qui nous fait monter l’eau à la bouche en parlant d’andouilles dodues. « Dodu » tel est bien en effet le premier sens du mot farfelu, et du même coup, signalons pour rendre encore plus « farfelu » le mot, qu’au tout départ on ne disait pas du tout « farfelu », mais « fafelu », sans « r ». 
 

Lorsque Madame de Sévigné évoque la « petite infante éveillée et fafelue, qui étoit à la portière du carrosse de sa mère », dans une lettre du 19 février 1690, ce n’est pas d’une enfant espiègle qu’il est question mais bel et bien dodue à souhait. 

 

Il est possible que le mot fafelu, farfelu, soit un croisement de plusieurs influences. Tout d’abord, l’influence du mot fanfelue, devenu aujourd’hui fanfreluche, et qui en ancien français désigne déjà une « bagatelle ». Ce mot venait en fait du mot grec « pompholux », bulle d’air, d’où sans doute le sens de « dodu » donné à « farfelu ». Une andouille farfelue ressemble en somme à quelque chose qui serait gonflé comme un ballon. 
 

Mais comment expliquer le changement de sens qui fait que le mot est d’abord assimilé au XIXe siècle par Bescherelle dans son Dictionnaire national à un synonyme de « farouche, rébarbatif », puis au XXesiècle, à quelque chose de surprenant, saugrenu. Il suffit en réalité qu’un écrivain célèbre emploie le mot dans un sens particulier, en le rapprochant inconsciemment de par sa prononciation du mot farfadet, l’esprit follet, pour que le mot farfelu qui n’était pas si courant prenne un autre sens et s’installe petit à petit dans la langue. 
 

C’est Malraux qui en fait en l’ayant utilisé dès 1944, selon Maurice Rheims  (Dictionnaire des mots sauvages, Larousse, 1969), aurait relancé et le mot et cette perception plaisante. Dans les Antimémoires, il le reprend en évoquant le fait que « tous les vrais farfelus sont maintenant à Hongkong, mais la race se perd… »

 

Mais on appréciera tout particulièrement la définition qu’en donne le facétieux poète Jacques Dor dans Le Dico de ma langue à moi publié en 2000 : le farfelu y devient l’ « Individu fréquentable dans lequel l’austère et le raisonnable se diluent en quantité de fantaisies. En général le farfelu, ajoute-t-il, est du dimanche, car en semaine, pour survivre, il doit reprendre son sérieux ». Soyons résolument farfelus et pourquoi pas dodus. 

 

 

Jean Pruvost 


jpruvost.jpegJean Pruvost
 est professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise et où il enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise consacré aux dictionnaires et à leur histoire.

 


 

Images farfelues, au gré de l'humeur du jour

 

 

 

papier-Royal-copie-2.jpg

 

 

 

avions.jpeg

 

 

 

 

Montebourg.jpeg

 

 

 

souris.jpeg

 

 

clavier.jpg

 

 


 

Pas farfelu

 

hollande.jpg

 

Toute la pluie tombe sur moi...

 

 

 

 

 

 

 

B.J.THOMAS. Raindrops keep falling on my head.

 

 

Sacha DISTEL. Toute la pluie tombe sur moi.

 

 

 

 

 


 

Pas farfelu du tout

 

 


peynet-copie-1.jpg

Les amoureux de Peynet ©Peynet

 

 

 

 


(1)

 A l'intention des petits zenfants farfelus :

Ce petit (1) s'appelle une apostille. Une apostille est un addendum, un ajout en marge ou en bas d'un écrit.

 

 

(2)

Le lien vers Canal Académie ici

 

 

 


 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Nuageneuf nuageneuf - dans billets
commenter cet article

commentaires

Patrick Mandon 03/06/2012 15:25


Il est vrai que la dérision relative au physique, ou au nom des gens est un procédé déplorable, qui signale un très déplaisant esprit. Avons-nous ici usé de ce procédé ? Je n'en suis pas certain,
mais, si on me le démontrait, je n'en serais pas heureux. Personnellement, je prends le risque - énorme ! - de signer de mon nom mes messages et mes articles, et de publier mon portrait
photographique ; c'est assez dire que je connais les risques de raillerie, de quolibet, voire de menace qu'entraînent une telle publicité. Est-on ce qu'on paraît être ? Non, certes ! Mais ne
finit-on pas par paraître ce qu'on est ? Un peu, tout de même, si peu que ce soit…

Nuageneuf 03/06/2012 11:32


Cher Axel,


 


Parmi les milliers de "clichés" - comme ce mot est bien choisi ! Bravo ! - dont on pouvait illustrer le billet, celui-là vaut en
effet son pesant de pétrole. On notera en outre l'ambiguïté que montre la main refermée sur elle-même de N.S. ...


 


Ici, la tempête fait rage, la mer n'est qu'un immense déferlement d'écume, Chateaubriand serait à son affaire !...


 



Axel 03/06/2012 07:56


Cher Nuageneuf,


 


"Un mariage disgracieusement souriant de la carpe et du lapin"


Sans vouloir remuer un douloureux passé n'était-ce point là aussi ce genre de cliché ? - j'ai choisi le terme cliché à dessein.


 


Désolé de ce mouvement d'humeur que je n'ai pu retenir.


 


Fort bon Dimanche


 



Nuageneuf 02/06/2012 23:05





Cher Endeuxmots,


 


Vous me trouverez bien navré que les propos tenus dans ce billet aient provoqué votre courroux. Et vous avez vraiment bien raison de l’exprimer. Je ne chercherai aucune sorte d’excuses en ce sens
que j’ai publié-là en toute simplicité un billet personnel d’humeur, ce qui arrive de temps en  temps, et que j’assume. Je crains dans le genre en
avoir commis auparavant quelques-uns bien plus vifs et acides, tant sur F.Hollande, D.S.K. ou d’autres sans doute et qu’à chaque fois le physique ou la posture de la photo d’illustration s’y
prêtaient.


 


Tout me laisse à penser que vous vous référez à la photo en chapeau. On y découvre côte à côte ce que tout devrait opposer. A gauche, la prétendue représentante du parti politique des Verts et à
droite le très socialiste mitterrandolâtre P.D-G de Areva, société multinationale française spécialisée dans le développement de l’industrie nucléaire. Un mariage disgracieusement souriant de la
carpe et du lapin. Si vous aviez entendu s’exprimer ne serait-ce que cinq minutes madame Duflot, vous en seriez venu à dire comme nous tous «  Si elle change de voix, je suis prêt à lui
donner la mienne ! ». Quant à madame Lauvergeon, que Nicolas Sarkozy a eu bien tort de conforter dans ses fonctions pendant près des cinq années de son mandat de Président, les montants
abracadabrantesques d’indemnités de départ qu’elle à touchées ne dépassent certes pas sa suffisance et son culot politique mais vous dégoûteraient à tout jamais de la doctrine socialiste.


 


Patrick Mandon a commis plusieurs articles dans la presse sur madame Duflot. Je vous incite très amicalement à lire son dernier article paru
sur Causeur.fr :


http://www.causeur.fr/cecile-duflot-recoit-a-domicile,17726


 


Avec toutes mes amitiés.

endeuxmots 01/06/2012 18:01


Le texte passionnant de Jean Pruvost méritait d'être mieux encadré. Je suis très déçu de voir la goujaterie se glisser dans ces pages. En toute amitié, je dois vous dire, que pour la première
fois, le nuage dérive vers une zone qui me déplaît. 


Si je suis en désaccord avec une personne j'argumente mais je ne cherche pas à l'humilier en me moquant de son physique. 


Si des lecteurs ont droit à l'insulte j'ai moi le droit de leur faire connaître ma désapprobation. 


Se taire ou s'aligner par conformisme est plus facile que réagir mais je crois que l'indignation est une vertu nécessaire.


Vivement que l'on rejoigne Desnos, Prévert, Eluard et les autres grands poètes. En bonne compagnie pour de bonnes causes. 


Avec toute mon amitié.


 

Patrick Mandon 01/06/2012 16:05


Fafelue, donc mafflue !

Nuageneuf 01/06/2012 15:30


Chère Nadia, Cher Cédric,


 


Lorsque dans son article Jean Pruvost convoque Rabelais en ces termes :


"Ainsi, quand en 1545, dans le Tiers Livre, Rabelais évoque les «
andouilles farfelues », ne faisons pas de confusions, il ne s’agit pas de désigner quelque chose de bizarre ou de drôle, mais c’est le gourmet qui s’exprime et qui nous fait
monter l’eau à la bouche en parlant d’andouilles dodues."


nous tenons à préciser que la première photo en tête d'article répond scrupuleusement à la formule "Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant
existé (...) serait purement fortuite." 


 


Pour Nuageneuf,


La direction et l'ensemble des personnels responsables de ce blog.



nadia 01/06/2012 14:54


La première photo qui illustre votre billet n'a rien de farfelu ni de délicieux... Mais son sujet est affreusement... dodu ! Bigre, quel volume !

Cédric 01/06/2012 10:45


Excellent en effet ! Merci pour le partage !

Présentation

  • : nuageneuf.over-blog.com
  • : Poésie, Poésie pour enfant, Poésie pour la jeunesse, Textes classiques et modernes, Mémoire de la Shoah,
  • Contact

Recherche

Pages