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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 07:01

 

 

 

 

Amours Rouges (extrait)

 

 

(...)    

Se regardant toujours et s’attirant l’un l’autre,

Ils se sont abattus, haletants et troublés.

Et c’est alors un cri des sens, une fringale,

Un assouvissement de désirs et d’instincts,

Un combat chair à chair de gouge avec son mâle,

Des étreintes de corps à se briser les reins,

Des vautrements si fous que l’herbe en est broyée

Comme après un assaut de vents et de grêlons,

Les buissons cassés net et la terre rayée

D’un grattage lascif de pieds et de talons.

Elle sert de sa chair autant qu’elle en demande,

Sans crier, se débattre ou simuler des peurs,

Ne craignant même plus que le village entende

L’explosion d’amour qui saute de leurs cœurs.

Ils songent aux fureurs échauffantes des bêtes,

Aux printemps allumant l’ardeur dans les troupeaux,

Aux chevaux hennissants, aux vaches toujours prêtes

A se courber au joug amoureux des taureaux.

Et lui, - roi de ce corps pâmé, lui maître d’elle,

Le choisi, parmi tous, pour mener le déduit,

La voyant dans ses bras frissonner comme une aile,

Sent son orgueil de gars puissant monter en lui.

Ses assauts enfiévrés comme un choc de rafales

Traversent la fureur de leurs accouplements,

Ses spasmes ont des cris plus profonds que des râles,

Son rut bondit sur elle avec des jappements,

Il voudrait l’accabler dans une ardeur plénière,

Et lui broyer les sens sous des poids de torpeur,

Et ce débordement de lutte dernière

Devient rage à tel point que leur amour fait peur.

 

 

 

Emile Verhaeren

Extraits du poème AMOURS ROUGES  

Les flamandes, 1883

 

 

 

Egon-Schiele--l-etreinte-1917.jpg 

 

Egon SCHIELE

L'étreinte, 1917   

 

 

 

 

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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 02/05/2012 11:18


Cher Patrice,


 


Il est vrai que Verhaeren, votre condisciple, -encore un !- nous surprend : lui que l'on connait avec ses grands moustaches, sa veste de
velours et sa pipe fumante, image idéalisée du grand-père qu'on rêverait d'avoir, s'emporte pour notre plaisir en un texte débordant de furie, de vie et d'amour, de vautrements si fous que
l'herbe en est broyée.


Et on se surprend à rêver à nos 20 ans...


 


ps : à l'évidence, Brel eut de bonnes lectures. Le poème de Verhaeren est un extrait du recueil Les
Flamandes.


 

endeuxmots 02/05/2012 07:48


Qui a dit que le XIXéme siècle était pudibond ? 


A relire aussi la chanson de Jacques Brel "Les Flamandes" 


 

Nuageneuf 30/04/2012 22:38


A tout le moins, chère Virginie. Et convenons que Verhaeren, ici, ne fait pas dans la dentelle...

Virginie 30/04/2012 19:49


Effusions printanières…

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