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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 05:59

 

 

 

” Qu’elle a été grande, la France ! De l’individualisme et du culte de la liberté pour lesquels, autrefois, elle avait versé son sang – elle n’a retenu, dans sa forme crépusculaire, que l’argent et le plaisir.

Quand on ne croit à rien, les sens deviennent religion. Et l’estomac finalité. Le phénomène de la décadence est inséparable de la gastronomie. Depuis que la France a renié sa vocation, la manducation s’est élevée au rang de rituel. Les aliments remplacent les idées. Les Français depuis plus d’un siècle savent qu’ils mangent. Du dernier paysan à l’intellectuel le plus raffiné, l’heure du repas est la liturgie quotidienne du vide spirituel.

Le ventre a été le tombeau de l’Empire Romain, il sera inéluctablement celui de l’Intelligence française. Rien n’est plus gênant que de voir une nation qui a abusé – à juste titre – de l’attribut ” grand “, grande nation, grande armée, la grandeur de la France -, se dégrader dans le troupeau humain haletant après le bonheur. La France n’a plus de destin révolutionnaire, parce qu’elle n’a plus d’idées à défendre.

Les peuples commencent en épopées et finissent en élégies. “ 

 

E-M CIORAN

1911-1995

De la France, 1941

Traduction : Alain Paruit

Manuscrit inédit de Cioran, écrit en roumain et paru en 1941, aujourd’hui publié chez l’Herne.

 

 

Cioran.jpg

 

Né en 1911 en Roumanie, où il publie "Sur les cimes du désespoir" à l'âge de 22 ans, Emil Cioran, s'est exilé définitivement en France en 1941, avant de renoncer à sa langue maternelle à partir de 1947. Proche de Ionesco, Eliade, Beckett ou Michaux, on lui doit notamment "Précis de décomposition" (1949), "La Tentation d'exister" (1956), "De l'inconvénient d'être né" (1973) et "Aveux et anathèmes" (1987). Il est mort à Paris en 1995.

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans billets
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commentaires

endeuxmots 21/01/2013 14:20


Sans bière, ni frites sur le clavier, sans intention de me cacher, fier de ma belgitude qui ne mérite aucun apitoiement, persuadé que mon accés à vos colonnes ne relève pas de votre seule
bienveillance ni de ma maîtrise de la langue, je m'amuse de voir dans votre réponse une confirmation éclatante et très minutieuse de mes impressions premières.  


Bravo car connaissant votre sens de l'humour, je suppose que c'était voulu quoique un peu surprenant. 

Nuageneuf 21/01/2013 13:52


 


Bonjour Cristophe, bonjour Endeuxmots,


 


Bienvenue sur Nuageneuf, Cristophe !


Content de vous lire, cher et sage Endeuxmots, après une absence remarquée. Mais j'imagine que la neige est tombée sur votre
ordinateur, gelant les touches et vous avez probablement dû verser de la bière bien chaude sur les touches de votre clavier. C'est normal, n'êtes-vous pas belge ? Parce que c'est bien beau de se
cacher derrière une signature anonyme, la vérité est toute autre : non seulement vous êtes étanger mais en plus vous êtes belge ! Mon pauvre ami...


 


Mais notre charité chrétienne (!)  légendaire nous force à vous laisser doctement vous exprimer ici dans cette langue, étrangère pour vous, qu'est le français.
Vos efforts sont louables, soyez-en félicités !


 


A tantôt, mes gens.


 



endeuxmots 21/01/2013 12:03


C'est amusant. A vous lire les amis, on jurerais que vous vous liguez pour illustrer le conte bien connu où tandis que l'un montre la lune l'autre ne voit que le doigt.


Ce qui me frappe dans ce texte c'est d'y déceler l'attachement passionné des ecrivains à leur patrie spirituelle , la France ! Cioran se montre attristé de voir se développer une sorte de
frénésie gourmande au sein du peuple français. Il souffre et il en appelle aux nationaux :"De grâce, chers amis, ne me cochonnez pas mon beau rêve !" Cette attitude n'est pas unique parmi les
artistes français d'adoption. La plupart ont idéalisé la Patrie de l'Intelligence, des Arts et de la Culture et sont, à ce titre, très sensibles à tout ce qui pourrait défigurer la Bien-Aimée. Le
problème est que ce type d'appel est souvent mal entendu car il se heurte à la susceptibilité maladive des français. Ainsi, face à l'outrecuidance de l'étranger, qu'on taxerait à tort
d'ingratitude, il ne resterait plus qu'à le discréditer.


Quand viendra le temps de grâce où les intellectuels français écouteront les avis venus d'ailleurs sans préjugé ? Un commentaire contrariant n'est pas une insulte au génie français. La réponse ne
doit pas corriger une offense imaginaire. Il faut être prudent. La vérité même difficile doit être lue et entendue. Est-ce converser et débattre que de prendre pour règle : "Le mot me déplaît, je
flingue l'auteur !"


Il faudrait à l'école apprendre aux petits enfants à savoir répondre par " Votre avis est intéressant, il me surprend mais je vais y réfléchir. Il est toujours bon de bénéficier d'un regard
extérieur. Je crois même que vous venez de nous indiquer une voie nouvelle, pleine de promesses."  Ce serait la deuxième Révolution Française !


Chers Amis, nous vous aimons, beaucoup, même si c'est parfois un peu difficile.


L'Etranger.

Cédric 20/01/2013 10:56


 


Peut-être est-ce parce que tu prends ses textes trop à coeur ?  Moi, au contraire, je trouve que ses textes n'appellent aucune réponse, ni suicide ni quoi que ce soit.


Ce sont juste des constats qu'il fait sur lui ou sur ce qu'il voit. Et ça ne me concerne donc pas. Jamais. Les mots de quelqu'un d'autre ne me concernent pas, ils ne concernent véritablement que
celui qui les émet, les écrit.


Bref, les textes de Cioran ne me font ni chaud ni froid, ne m'influencent d'aucune manière. La seule façon dont je réagis à ses aphorismes, c'est en souriant, j'aime son style, son intelligence
et son humour. Mais je n'ai jamais rien ressenti de "négatif" en moi en le lisant. Je n'ai jamais pensé "prenons une corde" ;-)


 

Celestine 20/01/2013 00:13


Ah mais je n'ai jamais douté pas qu'il aimât la vie.


Et j'adore ses aphorismes.je dis juste que certains de ses textes désespérés n'appellent que le suicide comme réponse...


Sinon, que penses-tu de celui-ci: 


Par quelle supercherie deux yeux nous détournent-ils de notre solitude? Est-il faillite plus humiliante pour
l'esprit? 


Je crois que je vais mettre des lunettes de soleil...

Cédric 19/01/2013 14:53


 


Fondamentalement, tout au fond de lui, Cioran aimait la vie, il adorait la vie, sinon, il n'aurait jamais vécu 84 ans...son propre corps l'aurait lâché avant, s'il n'y avait eu en lui que du
ressentiment à être né.


 


( Célestine, je ne sais pas si tu as lu beaucoup de ses aphorismes, mais il en a écrit beaucoup de très drôles et de très justes ! :-) )

Celestine 19/01/2013 14:27


On reconnaît bien là le délicieux et sublime optimisme de ce grand philosophe...


Elle est où, la corde? Il est où, le couteau? Courage, mourons. Il n'y a plus rien d'autre à faire.

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