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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 08:36

 

 

 

 

Charles-Guillaume ETIENNE est un poète et académicien français, né en 1777. On lui attribue l'apophtegme "On n'est jamais si bien servi que par soi-même"Laissons-nous embarquer avec Chateaubriand dans un va-et-vient entre l'œuvre et la vie, pour des pages dont la confondante érudition s'oublie dans le talent entraînant du conteur.

 

*   *

 

"Comment exprimer cette foule de sensations fugitives que j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un cœur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d’un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.
L’automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans le mois des tempêtes. Tantôt j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes ; tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste, lors même qu’il exprime le bonheur. Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.
Le jour, je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu’il fallait peu de chose à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s’élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du Nord sur le tronc d’un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire s’élevant au loin dans la vallée a souvent attiré mes regards ; souvent j’ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j’aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait : je sentais que je n’étais moi-même qu’un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : « Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

« Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! » Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon cœur."

 

 

François-René de Chateaubriand

René 

1802

 

 

 

chateaubriand.jpg

François-René de Chateaubriand

 

 

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Textes à Lyre
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commentaires

Nuageneuf 06/07/2013 12:48


 


Chère Stella,


 


Curieux de constater comme on relit les grands textes classiques selon l'âge qu'on a !


A l'école, c'était bien différent...


Bien à vous.


 


 

Stella No. 05/07/2013 14:04


C'est magnifique! Il est vrai que ses talents de conteur sont prodigieux. Je trouve que les mouvements et les sensations s'en trouvent facilement perceptibles. Il joue avec les mots avec une
telle dextérité que j'en suis bouleversée. 


Merci de me faire (re)découvrir des auteurs qui m'émeuvent!

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