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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 06:07

 

 

 

 

 

 

L'emmêlement de nos genoux

 

 

Il n'est pas un instant où près de toi couchée

Dans la tombe ouverte d'un lit,

Je n'évoque le jour où ton âme arrachée

Livrera ton corps à l'oubli. [...]

 

Quand ma main sur ton coeur pieusement écoute

S'apaiser le feu du combat,

Et que ton sang reprend paisiblement sa route,

Et que tu respires plus bas,

 

Quand, lassés de l'immense et mouvante folie

Qui rend les esprits dévorants,

Nous gisons, rapprochés par la langueur qui lie

Le veilleur las et le mourant,

 

Je songe qu'il serait juste, propice et tendre

D'expirer dans ce calme instant

Où, soi-même, on ne peut rien sentir, rien entendre

Que la paix de son coeur content.

 

Ainsi l'on nous mettrait ensemble dans la terre,

Où, seule, j'eus si peur d'aller ;

La tombe me serait un moins sombre mystère

Que vivre seule et t'appeler.

 

Et je me réjouirais d'être un repas funèbre

Et d'héberger la mort qui se nourrit de nous,

Si je sentais encor, dans ce lit des ténèbres,

L'emmêlement de nos genoux...

 



Anna de Brancovan, comtesse de Noailles

 

Nude-in-motion.-C.H.Carter-1978.jpg

 

@C.H.Carter

Nude in motion, 1978

 

 




Adorée de tous, mais moins qu’elle ne s’adorait elle-même, la comtesse Anna de Noailles connut de son vivant une grande célébrité.

La postérité lui fut moins favorable. Elle aurait pu devenir une icône incontournable du féminisme, des droits de l’homme, ou de l’intégration (elle était mi-Grecque, mi-Roumaine). D’autres qu’elles aujourd’hui occupent ces places. Certes, quelques rues, quelques collèges portent son nom, mais on aurait pu s’attendre à mieux. D’où vient cette relative désaffection ?
Cela ne résulte sans doute pas d’un réflexe de rejet de la haute aristocratie. Grande dame, certes, née princesse, la comtesse de Noailles fut surtout une figure de ce qu’on appelle de nos jours la « gauche caviar ». En 1924, on la surnomma même « l’égérie du Cartel ». Et elle eut des admirateurs dans tous les milieux et exerçait, dit-on, un rare pouvoir de fascination sur ses interlocuteurs.

Il n’y a sans doute pas d’autre explication que l’effacement du genre poétique dans nos sociétés, dont elle n’est pas, tant s’en faut, la seule victime. Elle a aussi écrit des romans ; mais sa renommée vient avant tout de la poésie, genre désormais qui semble tomber dans l’oubli...

 

                                   le-genou-de-Claire.jpg
 

Photo extraite du film d’Eric Rohmer (1971), Le genou de Claire. Ce film a la grâce et la légèreté des jeunes filles en fleur.

 

 

 

 


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Published by Nuageneuf nuageneuf - dans Poèmes à Lyre
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Nuageneuf 23/11/2013 23:26


Cher Max, Chère Célestine,


 


Merci de vos visites. On avouera en toute franchise ne pas goûter plus que ça à Madame de Noailles. Nous nous sommes déjà permis de faire remarquer que souvent dans
ces poèmes on trouvait des passages-remplissages-vagabondages indignes de son talent, certes indéniable. Elle n'en reste pas moins une grande poétesse et l'apanage de tenir un blog permet cette
exceptionnelle liberté de ton et de choix. Si dans le poème rapporté par Max, on remplace "Nature" par "Anna",le poème devient vite "Offrande d'Anna à Anna"! Aux extrêmes, Cabrel que nous
connaissons très mal, enfonce des portes ouvertes -en bois sans doute!- mais tonnerre, qu'il les enfonce bien! 


Amitiés.

Celestine 21/11/2013 23:31


Le poème malgré tous ces accents mortels, respire la vie que seul donne l'amour.


la photo du film me fait irrésistiblement penser à ce très beau poème de Francis Cabrel: (extrait)


 


Un sourire, une main tendue
Et par le jeu des transparences
Ces fruits dans les plis du tissu
Qui balancent

Il ne s'agissait pas de monter bien haut
Mais les pieds sur les premiers barreaux
J'ai senti glisser le manteau
De l'enfance

On n'a rien gravé dans le marbre
Mais j'avoue souvent y penser
Chaque fois que j'entends qu'un arbre
Est tombé

Un arbre, c'est vite fendu
Le bois, quelqu'un a dû le vendre
S'il savait le mal que j'ai eu
A descendre

D'ailleurs en suis-je descendu
De tous ces jeux de transparence,
Ces fruits dans les plis des tissus
Qui balancent ?

J'ai trouvé d'autres choses à faire
Et d'autres sourires à croiser
Mais une aussi belle lumière
Jamais

A la vitesse où le temps passe
Le miracle est que rien n'efface l'essentiel
Tout s'envole en ombre légère
Tout sauf ce goût de fièvre et de miel

Tout s'est envolé dans l'espace
Le sourire, la robe, l'arbre et l'échelle

Max 21/11/2013 21:16



Max 21/11/2013 21:14



Max 21/11/2013 21:11



Max 21/11/2013 21:10


Bon, je recommence...



Max 21/11/2013 21:07


Et mon hommage à la Comtesse


 



Max 21/11/2013 21:03


ANNA un poème d'elle que j'aime beaucoup:


L'offrande à la nature


Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n'aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L'eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains.

J'ai porté vos soleils ainsi qu'une couronne
Sur mon front plein d'orgueil et de simplicité.
Mes jeux ont égalé les travaux de l'automne
Et j'ai pleuré d'amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence,
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d'animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l'onde où l'arbre se reflète
J'ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature,
Ah ! Faut-il que mes yeux s'emplissent d'ombre un jour
Et que j'aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l'amour...


 



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